Skip to Content

Geste du mois de mars : Comment se tirer des conversations épineuses sur les changements climatiques

2020-02-24_2.jpg

On connait tous quelqu’un qui connait quelqu’un qui n’est pas concerné par l’environnement.

Tout le monde côtoie même au quotidien une, un ou des individus qui ne se préoccupent pas, ou ne réalisent pas l’ampleur de la crise climatique. Pas évident lorsque c’est papa, maman, un ami, l’oncle, la grand-mère, le collègue ou fiston qui croient dur comme fer que recycler suffit pour sauver la planète! Pire, quand ces derniers répliquent que réduire le gaspillage de nos ressources nécessite trop de sacrifices personnels (temps, argent, habitudes, confort) pour faire leur part (dixit le sympathique voisin de l’auteure de cet article!).

Voici des trucs et conseils pour optimiser vos échanges quotidiens sur l’environnement avec les membres de votre entourage, même les plus néophytes, climatosceptiques, climato-passifs, climato-inactifs ou autres étiquettes du genre!

Inspirer les autres par ses propres gestes et actions

Primo. Puisque l’urgence climatique vous interpelle et que vous posez des gestes positifs pour l’environnement, votre influence est déjà énorme! Sans même parler, vos choix du quotidien, comme ne pas acheter neuf ou pour rien, choisir des aliments nutritifs ou emballer des cadeaux avec du papier journal (mais ''cute''), incitent les autres à réfléchir. Sans besoin d’argumenter, les gens autour de vous se posent des questions sur votre mode de vie, réfléchissent à leurs propres choix, et initient la discussion! Essayer, c’est l’adopter!

Ne pas critiquer ou culpabiliser

De deux, cela n’aide personne à agir que de pointer du doigt, de culpabiliser, ou de tenir un discours de peur ou de tristesse. Selon la chercheure et docteure en psychologie sociale et environnementale, Anne-Sophie Gousse-Lessard, « Ça démotive, ça amène de la résignation. On entre ensuite dans des mécanismes de déni des problèmes ».

Prenons par exemple les différences de discours entre véganes ou végétariens, et flexitariens. Reprocher à quelqu’un de manger de la viande risque peu de l’inciter à en consommer moins. Par contre, partager des recettes ou blogues de cuisine coup-de-coeur, ou encore concocter de beaux plats savoureux à base de protéines végétales, à faible empreinte écologique et à peu de frais sont plus probables d’inciter et d’encourager les gens à varier leur alimentation.

Sensibiliser sans offusquer ni braquer

En parlant d’environnement, on s'aperçoit parfois vite que tous ne sont pas au même niveau et que certains partent de loin. Parfois, le simple fait de signaler un geste non-écologique peut offusquer une personne, surtout si elle voit cela comme une critique. Vous aurez peut-être remarqué que les parents sont parfois champions de la susceptibilité à cet effet... Pourtant, saviez-vous que les parents climatosceptiques sont plus sujets à tenir compte des arguments de leurs enfants parce qu’ils ne les voient pas comme des adversaires idéologiques? C’est ce que rapporte une étude publiée en mai 2019 dans la revue scientifique Nature Climate Change.

Sensibiliser progressivement en mettant l’emphase sur l’écoute, l’empathie et la compréhension est donc une stratégie à essayer pour éviter la confrontation. Voici quelques trucs d’approche (1):

  • Explorez. Demandez ce que le changement climatique signifie pour quelqu’un personnellement : « D’après toi, quelle influence est-ce que cela va avoir sur ta vie ?/sur ta génération ?/sur ta famille ?/sur ton travail ? »
  • Soyez curieux. Cherchez à savoir ce qui a permis à une personne d’ouvrir les yeux sur la situation climatique : « Tu as réalisé tout ça quand…? »
  • Reconnaissez qu’il y a de bonnes raisons d’être inquiet : « Je comprends ton inquiétude. »
  • Écoutez. Encouragez la discussion : « On dirait que tout ça te perturbe... »
  • Admettez que ces émotions vives sont justifiées : « C’est normal d’être inquiet/la situation climatique est catastrophique… »
  • Faites preuve d’empathie. Aidez à mettre des mots sur l’angoisse. Acceptez les larmes, la tristesse ou la colère : « Je veux connaître ton point de vue./Tu as l’air bouleversé par la situation./Il y a de quoi être triste… »
  • Partagez. Si votre expérience a été similaire, partagez-la : « Moi aussi, j’ai eu du mal avec tout ça »… Si ce n’est pas le cas, soyez honnête en concédant que ceci est tout à fait normal : « Plus je t’écoute et plus je me dis qu’il y a peut-être des choses pour lesquelles je me suis voilé le visage... »

  • Encouragez le passage à l’action. Aidez vos proches à réfléchir à ce qu’ils peuvent faire à un niveau politique, communautaire, professionnel et personnel : « Passer à l’action permet souvent de se sentir mieux/Travailler à plusieurs peut redonner un sentiment de contrôle et d’efficacité. »
  • Ne cédez pas face au désespoir et aux points de vue apocalyptique : « On ne sait pas vraiment ce qu’il va se passer./ Il faut passer à l’action parce que c’est ce qu’il y a de plus juste./Le moindre geste permet d’empêcher que la situation ne s’aggrave. »
  • N’essayez pas de donner un faux sentiment de sécurité ou de mettre un terme à la conversation.
  • Restez aimable, compréhensif et solidaire.

Jouer sur le côté gratifiant de faire partie de la solution

De quatre, valorisez le sentiment de faire sa part et qu’un geste repris collectivement fait une différence auprès de ceux croyant qu’ils ont peu d'emprise sur les enjeux environnementaux globaux. Par exemple, n’hésitez pas à dire combien vous vous plaisez à vous déplacer en vélo! Que c’est un geste non seulement bon pour la planète, mais qu’il vous permet aussi d’avoir plus d'argent dans vos poches et qu’il est bon pour votre santé. Cela donne plus de la valeur à l’action et démontre qu’il procure des bénéfices positifs au quotidien.

Être bien renseigné et conscient de l’impact de ses propres actions

Enfin, pour parler en toute connaissance de cause et avoir en poche les arguments nécessaires pour dialoguer avec tout type d’interlocuteur, il peut être intéressant de connaître d’abord la portée environnementale de ses propres actions. Il existe plusieurs outils pour mesurer son empreinte écologique, comme les plateformes québécoises recensées ici, ou encore celui-ci : https://www.footprintcalculator.org/.

Rappelez-vous que pour bien exposer ou défendre un sujet, mieux vaut être bien renseigné et s’appuyer sur des sources fiables (attention aux fausses nouvelles et aux contenus véhiculés sur les réseaux sociaux). Et pour apporter de la crédibilité à votre discours, utilisez des chiffres, des preuves, des éléments concrets et des exemples...ça aide à avoir du poids!

Plusieurs organisations environnementales dynamiques au Québec sont spécialisées dans divers champs d'actions et détiennent une mine d’informations sur différents sujets, dont : Équiterre, la Fondation David Suzuki, Greenpeace.

Bonne discussion !

 

(1)Exemples cités par Rosemary Randall, thérapeute, pour le Carbon Conversations Project, rapportés dans l’article Comment parler du changement climatique avec sa famille, publié sur le blogue EcoSia.org le 20 décembre 2019.

Flux d'information :