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Agriculture écologique

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Table des matières

 

Enjeux Sociaux, Économiques et Politiques

Les coûts sociaux de l’agriculture conventionnelle

L’agriculture d’aujourd’hui implique des coûts sociaux importants. En effet, si le panier d’épicerie devient de moins en moins cher pour les consommateurs québécois (plus ou moins 12 % du budget), notamment en raison de l’ampleur que prennent les transnationales alimentaires, le contribuable n’en dépense pas moins pour résoudre les problèmes environnementaux, de santé et économiques engendrés par la forme actuelle de l’agriculture conventionnelle. En 2001-2002, les contribuables québécois ont aidé à soutenir cette agriculture avec 632,6 millions de dollars; 154,1 millions pour les fonctionnaires et 478,5 millions pour les agriculteurs. De plus, on constate une concentration du soutient à l’agriculture où « 80 % des aides publiques sont accaparées par 20 % des exploitations, soit les plus grandes et les plus intensives » (UQCN : 2002). Des recherches ont actuellement cours afin de mesurer les autres coûts, notamment environnementaux, qui ne sont actuellement pas pris en compte ni collectivement (État) ni par les consommateurs (achats).

L’intensification de la production agricole, qui représente aujourd’hui 1,5 % du PIB du Québec, peut sembler a priori une bonne chose puisqu’elle a contribué à générer de fortes baisses de prix pour les produits alimentaires et une augmentation des revenus de l’entreprise. Par contre, lorsqu’on analyse ces réussites de plus près, on constate de profondes contradictions. Les élevages intensifs et les monocultures ne pourront croître éternellement. La seule logique économique ne garantit aucunement un environnement sain et une nourriture saine aux générations qui suivront et elle met même en péril la qualité de vie des populations humaines.

Certes, tous les individus ont une part de responsabilité dans la tangente qu’a prise l’agriculture conventionnelle. Les agriculteurs, pris dans une logique marchande imposée depuis 1994 par l’OMC, voient souvent les améliorations environnementales à apporter à leurs entreprises comme un obstacle à leur rentabilité. Les gouvernements, en accordant leur soutien simplement aux entreprises avec le plus gros volume de production, c’est-à-dire à celles qui utilisent le plus de pesticides, fongicides, engrais et médicaments vétérinaires. Finalement, nous, les consommateurs, exigeant des aliments esthétiquement parfaits aux coûts les plus bas possible.

Les coûts sociaux, ce sont également ceux qui se mesurent en dollars requis pour la dépollution des lacs, des rivières, des sols et aussi de l’air. On sait que l’agriculture est la principale source de pollution des cours d’eau. Par exemple, aux États-Unis, le coût annuel de la dégradation de l’eau s’élève à 2,6 milliards de dollars US. (MacRae : 2001) En ce qui concerne la pollution des sols et l’érosion, c’est un milliard d’hectares de terres fertiles qui ont été stérilisées en un siècle par « l’agrochimie », soit 25 % des terres cultivables de la planète (Boukharie : 1999). Selon la FAO, nos voisins américains auraient plus de 28 % de leurs superficies cultivables réduites à la stérilisation. Avec l’érosion, c’est la superficie de la France qui disparaît du paysage agricole chaque année (Ibid).

Les coûts sociaux, ce sont les problèmes de santé liés à la pollution, les pertes d’emplois, le délaissement des régions par les jeunes, la baisse de revenu net des agriculteurs qui, en plus de leur ferme, doivent souvent avoir un second revenu. En matière de santé, mentionnons que « chez la majorité des Québécois, la présence des pesticides et de leurs résidus dans les aliments est considérée comme la principale source d’exposition aux pesticides » (UQCN : 2002). On sait que les pesticides causent de nombreux problèmes de santé.

La logique du marché dans laquelle est ancrée l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui pose directement des problèmes aux agriculteurs, qui voient le prix pour leurs produits stagner depuis au moins 25 ans. Dans le système alimentaire, les détaillants ont maintenant l’essentiel du pouvoir et les producteurs le déplorent tous.

Les coûts sociaux de l’agriculture se font sentir autant en milieu rural qu’en milieu urbain. Ainsi, en milieu rural, les liens économiques avec le milieu local se font le plus souvent avec les entreprises agricoles de petite et de moyenne tailles. Les entreprises agricoles de grande taille s’approvisionnent le plus souvent à l’extérieur de la région, que ce soit pour les intrants, les dépenses en investissement et les services. Cela n’est pas sans effets pour le développement régional.

En milieu urbain, les coûts sociaux, c’est aussi la faim grandissante, car en se capitalisant rapidement, le secteur agroalimentaire répond de moins en moins à l’impératif du droit à l’alimentation et de plus en plus à celui de la rémunération de ce capital. À Montréal, 300 000 personnes dont 150 000 enfants ont régulièrement recours aux banques alimentaires, un chiffre en croissance soutenue depuis 15 ans. La répartition des supermarchés sur l’île de Montréal n’est pas liée à la concentration démographique, mais à celle du capital. Selon une étude de la Direction de la santé publique, il y a en effet des secteurs de l’île où les supermarchés sont absents et où les dépanneurs sont omniprésents. Et ces quartiers sont systématiquement des endroits économiquement défavorisés.

Pourrons-nous soutenir encore longtemps une telle industrie, d’autant qu’elle s’adresse au besoin fondamental qu’est l’alimentation?

 

sources consultées
Boukharie, Sophie. « Sols au bord de l’épuisement », Le courrier de l’UNESCO, 1999 7 p. URL : http://www.unesco.org/courier/1999_01/fr/planete/txt1.htm

Landry, Danielle. « Profil environnemental du Québec – L’agriculture »
Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), 7 p. URL : http://ecoroute.uqcn.qc.ca/envir/profil/6_3.htm

Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN). « Construire ensemble une agriculture durable », dans le cadre du forum itinérant Pour une contribution citoyenne à une agriculture durable : réflexions et débats. 1er trimestre 2002, 19 p. URL : http://uqcn.qc.ca

MacRae, Rod, et al. « Plan stratégique pour le secteur agricole et agroalimentaire biologique canadien ». Collège agricole de la Nouvelle-Écosse (NSCA) 2001 30 p. URL : http://www.nsac.ns.ca/pas/staff/rma/draf%203_Strat_Plan_FRANÇAIS.pdf

Rédaction : Sophie Caron
Révision : Frédéric Paré
© Équiterre, juillet 2003

 

La sécurité alimentaire

Dans une logique de mondialisation des marchés, comment arriver à répondre à la fois aux besoins des habitants de la planète en nourriture et à ceux des entreprises multinationales de l’agroalimentaire de faire des profits? Comment, en exportant une proportion grandissante des production agricoles, en transformant nos terres agricoles en mégafermes d’élevages intensifs ou de monocultures, pouvons-nous assurer notre souveraineté alimentaire? Puisque la vente de produits alimentaires est de plus en plus concentrée entre les mains d’industriels puissants et que les aliments se transigent, comme n’importe quelle autre marchandise, nous sommes en droit de nous poser la question si l’alimentation est réellement un droit fondamental pour l’être humain et si notre sécurité alimentaire est assurée. Les derniers évènements concernant la vache folle démontrent bien la fragilité d’un système quasi exclusivement centré sur les exportations.

« Il y a sécurité alimentaire quand l’ensemble de la population a accès, en tout temps et en toute dignité, à un approvisionnement alimentaire suffisant et nutritif. » L’approvisionnement alimentaire doit se faire à des coûts raisonnables et les individus doivent posséder un pouvoir d’achat suffisant. De plus, l’information donnée aux consommateurs sur les produits se doit d’être claire, car elle doit lui permettre de pouvoir faire des choix éclairés.

Les gens sont en droit de manger des aliments sains. Manger des aliments biologiques ne devrait pas constituer un luxe, mais un droit pour tout un chacun, car la nourriture biologique ne contient pas de poison, comme les résidus de pesticides. La sécurité alimentaire, c’est également le pouvoir d’une population sur son alimentation. Or, le système alimentaire, comme notre société, en est de plus en plus un à deux vitesses. Les mieux nantis ont droit à une alimentation de qualité et les plus démunis non seulement ne peuvent se la procurer faute de moyens, mais en plus servent de cobayes à des nouveaux produits tels que les OGM. En effet, ces derniers se retrouvent dans 60 % des produits alimentaires transformés non biologiques et les produits contenant des OGM ne sont pas étiquetés comme tels.

Les gens s’éloignent de plus en plus de la source de leur nourriture. Les aliments parcourent en moyenne 2 400 km. Souvent, les fruits et légumes, après avoir été aspergé de pesticides et d’herbicides, sont cueillis par des machines, transformés et emballés avec des agents de conservation dans des usines stérilisées, font un long voyage pour être finalement mis sur des tablettes de supermarchés selon des stratégies marketing savamment étudiées, pour nous faire consommer. Semaine après semaine, le consommateur retourne dans ces supermarchés impersonnels s’approvisionner à bas prix. Sa sécurité alimentaire ne semble aucunement menacée jusqu’ici. Le panier d’épicerie, au Québec, est en effet l’un des moins chers en Amérique du Nord et l’alimentation ne représente environ que 15 % du budget des Québécois, contrairement à 24 % en Europe. Pourtant, ce qui ce cache derrière la formule du « beau, bon, pas cher », c’est une forme d’agriculture qui détruit l’environnement et qui fait fi des autres besoins humains (Jobin : 2002).

À Montréal, 300 000 personnes dont 150 000 enfants ont régulièrement recours aux banques alimentaires, un chiffre en croissance soutenue depuis 15 ans. La répartition des supermarchés sur l’île de Montréal n’est pas liée à la concentration démographique, mais à la démographie économique. Selon une étude de la direction de la santé publique, il y a en effet des secteurs de l’Île où les supermarchés sont absents et où les dépanneurs sont omniprésents. Ces quartiers sont systématiquement des endroits économiquement défavorisés. Petit à petit, « le droit à l’alimentation prend davantage la forme du droit à la charité alimentaire » (Paré : 2003). Les soupes populaires, les cuisines collectives, les banques alimentaires et les regroupements d’achat se multiplient.

L’agriculture est aujourd’hui livrée aux forces du marché et à la loi de l’offre et de la demande manipulée par des stratégies publicitaires d’envergure. Il ne semble plus y avoir de limites aux pouvoirs que peuvent exercer les multinationales. Le brevetage du vivant est sans doute le meilleur exemple d’assaut à la souveraineté et à la sécurité alimentaire (Paré : 2003). En créant une semence transgénique et en la faisant breveter, la firme possède alors sur celle-ci les droits de propriété intellectuelle. En raison de ceux-ci, nous nous retrouvons à l’intérieur d’un système où les mêmes firmes réalisent les recherches, créent les semences, les vendent et fournissent les données sur leurs propres produits. Le système de brevets risque de nuire aux communautés du tiers-monde en leur confisquant l’accès à leurs propres ressources.

En effet, les plantes transgéniques semées sur des millions d’hectares sont presque entièrement destinées à l’alimentation animale (soja et maïs) ou à des usages industriels (coton). Les pays en développement sont d’autant plus inquiets qu’à terme, des productions par génie génétique, en culture tissulaire dans les laboratoires du Nord, pourraient supplanter totalement les productions naturelles et fragiliser sérieusement les économies locales puisque, faute de terres, ils auront de plus en plus recours aux importations.

Les promesses des tenants de la révolution génétique font écho à celles professées lors de la révolution verte. Au début des années 1960, l’industrie agrochimique brandit le spectre de la croissance démographique et de la famine afin de pousser gouvernements et agriculteurs à produire de façon plus intensive. Quoique la révolution verte ait permis l’augmentation de la production alimentaire, elle échoua singulièrement à résoudre le problème de la faim. Environ 35 ans après ses débuts, le nombre de gens qui meurent de faim n’a jamais été si élevé dans toute l’histoire humaine.

La promesse selon laquelle les plantes transgéniques permettront de nourrir la population croissante revêt un grand attrait moral. Pourtant, « aujourd’hui, le monde produit assez de céréales pour fournir à elles seules 3 600 calories à chaque être humain de la planète – assez pour nous rendre presque tous dodus. Le problème tient à la distribution inéquitable des ressources de même qu’au manque d’accès aux ressources pour produire ou acheter de la nourriture . « Quatre-vingt pour cent des enfants qui souffrent de malnutrition dans les pays en voie de développement vivent dans des régions où il existe un surplus alimentaire. »

La faim ne se résoudra seulement que par la souveraineté alimentaire des pays du tiers-monde, par la reconnaissance de leur droit à se protéger des importations déloyales et du dumping économique, social et écologique des pays riches. Perdre sa sécurité alimentaire signifie, pour un pays, se mettre sous la domination économique et politique d’un autre ou encore sous la coupe des multinationales de l’alimentation. Ici aussi, pour préserver la sécurité alimentaire, « l’action citoyenne paraît comme la meilleure stratégie de changement, à commencer par l’achat tourné vers des produits issus de l’agriculture bio et locale, car de tous les langages, celui de l’économique est le mieux compris en Occident. » (Paré : 2003).

 

sources consultées
Paré, Frédéric. « Responsabilité citoyenne et respect de la vie : des passages obligés de la sécurité alimentaire », Les Cahiers du 27 juin, vol. 1, no 1, février 2003. p. 55-61.

Jobin, Pierre. « Les grands enjeux du développement agroalimentaire », À table (Bulletin de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain), vol. 7, no 1, janvier 2003, p. 3-7.

Shiva, Vandana. Le terrorisme alimentaire : Comment les multinationales affament le Tiers-Monde, traduit de l’anglais par Marcel Blanc, France, Éditions Fayard, 2001. 197 p.

Rédaction : Sophie Caron, Nadine Bachand
Révision : Josée Breton, Mélissa Filion
© Équiterre, janvier 2003

 

La chaîne agroalimentaire

En raison de la mondialisation des marchés, la chaîne agroalimentaire de la ferme à l’assiette s’est complexifiée. La ferme est d’ailleurs devenue une entreprise et les agriculteurs, des entrepreneurs. Le travail s’est spécialisé et les producteurs s’éloignent de plus en plus du consommateur en raison de l’allongement de la chaîne; dans le temps, dans l’espace et dans les structures commerciales.

Au Québec, les producteurs se partagent les profits par un plan conjoint, c’est leur fédération respective qui s’occupe de commercialiser leurs produits. On assiste donc à une prolifération des publicités sur le porc, le lait, les oeufs, etc. Augmenter la consommation des individus, pour augmenter la production, pour faire toujours plus de profit, voilà la donne du marché agroalimentaire conventionnel.

À la base, la chaîne agroalimentaire compte quatre acteurs importants dans la mise en marché des produits: les producteurs, les abattoirs/transformateurs, les distributeurs/détaillants et les consommateurs. À l’intérieur de ces instances, on retrouve d’autres intervenants nouvellement arrivés dans le milieu agricole: publicitaires, économistes, analystes financiers, comptables, courtiers, fiscalistes, conseillers en gestion, maison de commerce, maison d’importation, bureaux de vente, grandes entreprises ou multinationales.

Les agriculteurs, premier maillon de la chaîne, sont de moins en moins nombreux, leurs exploitations sont de plus en plus vastes. Ils participent désormais à une économie mondiale, alors qu’elle n’était que régionale ou locale, il y a une quarantaine d’années. En moins de vingt ans, le nombre de fermes a diminué de moitié au Québec. Leur nombre est passé de plus de 51 600, en 1976, à 41 400, en 1986, pour atteindre 36 000 en 1996 (MAPAQ: 1997). Parallèlement à la diminution du nombre de fermes, on assiste à une augmentation de la taille des exploitations et à une concentration de la production dans un nombre de plus en plus restreint d'exploitations.

Les producteurs sont de plus en plus nombreux à être salariés dans leur propre entreprise, notamment parce que des multinationales deviennent propriétaires des animaux que des agriculteurs s’engagent à élever en échange d’un salaire. De plus, le phénomène de l’intégration ne fait que s’accroître, parce que les capitaux requis par l’agrobussiness sont toujours plus importants et les pratiques toujours plus complexes. En région, l’agriculture emploie de moins en moins d’individus. Par ce que les producteurs se regroupent entre eux pour prendre de l’expansion et faire face au marché, la gestion de l’entreprise devient de plus en plus complexe. La ferme est désormais plus difficilement transférable et de moins en moins accessible pour la relève (enfants d’agriculteurs). Le système d’élevage conventionnel est complexe, mais reste fragile, car il fluctue avec les prix du marché, les taux d’intérêt, les quotas imposés, etc.

Au Québec et au Canada, à quelques différences près, le marché de tous les produits de la viande issus d’agricultures conventionnelles fonctionne de la même façon. La chaîne peut se résumer ainsi:

Les producteurs:
Leurs fédération ou office commercialise le produit selon la demande des consommateurs. Suite à cette évaluation, un prix par unité de production est déterminé. C’est le prix du quota. Les agriculteurs peuvent ainsi acheter des droits de produire. Dans le cas de la production laitière par exemple, le droit de produire un kilo-jour de gras de lait se vend aujourd’hui à plus de 30 000 $. Il en coûtait un peu moins que 12 000 $ il y a dix ans (chiffres du GREPA:2003). Ce système permet aux éleveurs de connaître à l’avance et d’avoir une garantie quant au prix qu’il recevra pour son litre de lait. L’augmentation du prix et le système de droit de production sont intéressants pour ceux qui en font déjà partie. Pour les autres, il constitue une barrière importante à l’entrée en agriculture. Les surplus de lait ou de porc invendus sont écoulés à perte sur les marchés mondiaux ou jetés.

Saviez-vous que?

Au Québec, la vente des porcs aux abattoirs doit ce faire par l’encan électronique. Dans ce cas, le prix de base servant de référence pour la vente des porcs québécois est établit par le Département américain de l’agriculture selon les prix du marché mondial. Les prix varient donc selon l’offre et la demande.

Abattoir/ transformateurs:
«L'industrie de l'abattage et de la transformation du porc est dominée par trois groupes majeurs (Olymel, le groupe Brochu-Lafleur et les Viandes DuBreton) qui assurent à eux seuls environ 80% de l’abattage. Dans la volaille, deux organisations (Aliments Flamingo et Groupe Dorchester/St-Damase) accaparent également 80% du volume d'abattage des poulets. Le même scénario se répète pour le secteur laitier, dominé par de grandes entreprises tant coopératives (Agropur, 38% des approvisionnements; Lactel et les autres coopératives, 18%) que privées (Parmalat, Saputo).»

Distributeurs/Détaillants:
La distribution alimentaire est l’affaire de quelques distributeurs. Elle se divise entre Loblaw Compagnies ltd (20 milliards de chiffres d’affaires en 1999), Sobeys inc. (11 milliards) Canada Safeway ltd (5 milliards) Métro inc. (4 milliards).Chaque distributeurs/détaillants détiennent leurs marques privéesou maison, qui créent des pressions importantes sur les entreprises de transformation et qui obligent une augmentation importante de la capacité de production pour être en mesure d’en obtenir la fabrication. «Les trois principaux distributeurs déterminent les conditions d’accès aux tablettes. Ils fixent un prix de vente momentanément bas pour éliminer les détaillants voisins. Ils obligent de livrer aux entrepôts, augmentant les coûts des frais de transport et de manutention du produit. Ils réduisent le nombre de produits par catégorie et établissent une politique de ristourne pour obtenir l’espace tablette disponible.»

Consommateur:
Il connaît difficilement l’origine de la fabrication du produit, s’il est transformé ou s’il s’agit de viande. Se trouve face à de plus en plus de marques privées et de moins en moins de marques nationales. Il voit ainsi ses possibilités de choix très restreintes. Il y a un risque pour les produits locaux en émergence, en raison de la stratégie des grandes chaînes pour développer sous marques privées des catégories de produits à fort potentiels, comme les produits biologiques.

 

sources consultées
Agricom. Les producteurs inquiets face à la menace de l’intégration.
Les publications Franco-ontariennes inc. Adresse URL: http://www.lavoieagricole.ca/cgi/economie_agricole/fullnews.cgi?newsid1022114965,38910,
(page consultée le 24 novembre 2002)

Fédération des producteurs de porcs du Québec. Mise en marché. Adresse URL: http://www.leporcduquebec.qc.ca/pages/MM/Page-mmENCAN.html
(page consultée le 25 novembre 2002)

Fédération des producteurs de lait du Québec. La mise en marché expliquée: Gros plan sur la mise en marché. Adresse URL: http://www.lait.org/zone3/mise-marche/marche1.asp
(page consultée le 26 novembre 2002)

Fédération des producteurs de lait du Québec. Un nouveau système de gestion du Quota: le quota continu. Adresse URL: http://www.lait.org/zone4/index.asp (fichier pdf)

Lepage, Richard. Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation. Guide d’accès au marché de détail 1997: pratiques commerciales en vigueur et stratégies marketing, gouvernement du Québec c2002

Morin, Normand. Direction de l’analyse et de l’information économique. Les distributeurs spécialisés en alimentation: un monde à découvrir. Octobre 1998 vol.1 no4 (MAPAQ)

Mémoire de l’union des producteurs agricoles présenté au Ministre de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du Québec. Établissement d’une politique québécoise. Sept.2001. 21 pages. Adresse URL: http://www.upa.qc.ca/memoires/politique_transformation.pdf
(page consultée le 29 novembre 2002)

Conseil national des produits agricoles. Gouvernement du Canada c2002. Comment fonctionne le système: Aperçu de l’industrie. Adresse URL: http://nfpc-cnpa.gc.ca/francais/industryf.html#agencyprofiles
(page consultée le 13 novembre 2002)

Isabelle Éthier, agr. Haro sur une agriculture contre nature Le coopérateur agricole (coopérative fédérée de Québec) http://www.coopfed.qc.ca/cooperateur/articles_archives/fevrier_02/p30_agri_bio.htm
(page consultée le 11 novembre 2002)

Gilbert, Diane. Directrice adjointe du groupe AGÉCO. Groupe de recherche en économie et en politique agricoles GREPA de l’Université Laval (pour les données sur le droit de produire du lait) courrier électronique diane. Adresse URL du GREPA: http://alpha.eru.ulaval.ca/grepa.html

 

Les systèmes alimentaires alternatifs

Souvent, lorsque l’on parle d’alimentation biologique, on entend des commentaires sur le prix élevé de ces aliments. Plusieurs personnes s’abstiennent de manger bio, car leur budget ne le leur permet tout simplement pas. En effet, le prix des aliments biologiques en épicerie est parfois le double et même le triple de celui des produits alimentaires conventionnels. La nourriture saine et biologique ne semble être que l’affaire des groupes les mieux nantis. Par contre, en se regroupant entre citoyens, en établissant des partenariats avec des agriculteurs, on arrive à manger bio à des coûts moindres. Parce qu’il faut bien se l’avouer, les aliments produits de l’agriculture conventionnelle, bien qu’abordables, ne reflètent pas, la plupart du temps, leurs coûts réels de production (salaires des travailleurs, transport, dommages à l’environnement).

Il n’y a pas qu’une seule façon de s’alimenter. Faire son épicerie en solitaire dans les supermarchés en est une, mais elle ne constitue certainement pas la solution la plus économique et écologique lorsque l’on veut s’alimenter sainement en produits biologiques. Partout dans le monde, divers systèmes alternatifs en alimentation se développent, dans le but de contourner le modèle unique de consommation alimentaire qu’on nous propose. Regardons ensemble quelques solutions de rechange québécoises au système alimentaire conventionnel.

 

L’agriculture soutenue par la communauté
C’est pour contourner ce système complexe qu’Équiterre a fondé, en 1996, le Réseau québécois des projets d’agriculture soutenue par la communauté.
Les systèmes d'Agriculture soutenue par la communauté (ASC) ont d'abord été instaurés dans les années 1980 en Suisse, puis ailleurs en Europe et en Amérique du Nord. Au Japon, un équivalent de l'ASC a été développé en 1965 et portait le nom de Teikei, qui signifie « l'alimentation avec le visage du fermier ». Plus de 1 000 projets de ce type fonctionnent actuellement en Amérique du Nord, dont plus d'une centaine au Canada. Ce système prend aussi le nom de « paniers bio », lesquels sont livrés hebdomadairement à des points de chute.

Le fonctionnement de ces projets est fort simple. Les personnes achètent à l’avance leur part de la récolte et deviennent ainsi « partenaires » de la ferme. Être partenaire, c’est accepter de partager avec la ferme les risques et les bénéfices que Mère Nature apportera durant la saison. En payant à l'avance leur part de récolte, les partenaires signifient leur confiance en l'agriculteur. Cela représente un atout pour ce dernier, car il peut bénéficier tôt en saison d'un montant couvrant les dépenses reliées au démarrage printanier (achat de semences, début des semis, travaux au champ, etc.). Ce faisant, la ferme peut éviter en partie l'endettement en attendant les fruits de la récolte. Elle planifie aussi sa saison en fonction du nombre de partenaires qu’elle vise. En plus d’être intéressant pour les producteurs, ce type d'approvisionnements représente plusieurs avantages pour les partenaires. Leur panier hebdomadaire regorge d'aliments des plus frais et savoureux puisqu’ils sont souvent cueillis le jour même. Le partenaire devra toutefois faire le sacrifice du choix de ses légumes. Par contre, la découverte de légumes peu communs (généralement accompagnés de recettes) est un aspect très intéressant. Également, selon une comparaison faite dans les supermarchés, le prix d’un panier de légumes bio est sensiblement le même ou moins cher que le prix des mêmes légumes provenant de l’agriculture conventionnelle achetés en épicerie. C’est sans parler du prix des aliments bio achetés dans les magasins de produits naturels, lequel peut facilement être le double de celui d’un panier provenant de l’ASC.

Entre 1996 et 2003, le Réseau québécois des projets d’ASC est passé de 7 à 73 fermes. De ces 73 fermes, on en compte 50 qui offrent des paniers hebdomadaires directement aux consommateurs. Les 23 autres sont les « fermes associées », lesquelles proposent des produits complémentaires aux fermes qui font des paniers. Les autres sont les « amis du Réseau », ceux qui désirent le soutenir. Ces fermes couvrent un territoire de l'Outaouais au Bas-Saint-Laurent, en passant par l'Abitibi-Témiscamingue et par les régions de Québec, de la Mauricie, de la Montérégie, de l'Estrie, des Laurentides, pour ne nommer que celles-ci. En 2003, presque 10 000 personnes s’approvisionnent en légumes bio par cette formule.

Les Garderies bio
Équiterre a également créé en 2003 le projet des Garderies bio. C’est d’abord des parents qui ont fait germer l’idée du projet, en proposant à Équiterre de mettre en contact des fermes du réseau ASC avec des Centres de la petite enfance (CPE). En octobre dernier, après ces réflexions, débutait alors le projet pilote. Il compte six CPE et permet de nourrir 430 enfants avec des aliments biologiques et locaux durant toute une saison, soit de juillet à novembre. De ces CPE, deux se trouvent en milieu défavorisé. Ce qui a fait dire à la directrice de l’un d’eux que le droit pour les enfants à une alimentation exempte de poisons devrait être un droit pour tous les enfants et non un luxe. D’autres idées de partenariats seraient intéressantes à développer. Par exemple, lier des producteurs locaux d’aliments biologiques avec des écoles, des entreprises, des hôpitaux ou bien des centrales syndicales.

Les coopératives alimentaires
Les coopératives alimentaires sont également une façon de s’alimenter sainement à plus faibles coûts et elles constituent une façon de réduire la longueur des circuits de mise en marché. En effet, les coopératives de consommation en alimentation choisissent elles-mêmes leurs fournisseurs. Certaines d’entre elles offrent non seulement des produits sains, mais souvent des produits certifiés biologiques. Il y a encore d’autres avantages à faire partie d’une coopérative et à y faire ses achats. En effet, puisque la coopérative est détenue collectivement par ses clients, elles ne retire pas d’avantages à afficher des prix que ces membres n’acceptent pas. On dit des coopératives qu’elles sont des régulatrices de marchés. Certaines offrent à leurs membres des informations sur l’alimentation afin de les soutenir dans leur démarche alimentaire.

Les fiducies foncières
Avec cette formule, une organisation sans but lucratif (OSBL) se donne pour mission de sauvegarder une terre agricole. L’organisation achète la terre en vendant des « parts sociales vertes » à ces membres, afin qu’elle soit exploitée en mode bio et qu’elles servent à alimenter les citoyens collectivement propriétaires. La terre est donc vendue par l’agriculteur au groupe, mais l’agriculteur continue de la cultiver pour les membres. Lorsqu’il prendra sa retraite, les travaux seront confiés à d’autres travailleurs agricoles par un contrat, mais le groupe restera toujours propriétaire du fond de terre. Les parcelles biologiques pourront ainsi être conservées à perpétuité.

Groupe d’achat et cuisines collectives
On peut aussi former son propre groupe d’achat ou groupe de cuisines collectives. Dans les deux cas, il s’agit d’individus se réunissant afin de bien se nourrir avec peu d'argent en mettant leurs économies en commun et en achetant, en plus grande quantité, des aliments de qualité. Composées de groupes de quatre à six personnes qui, lors de rencontres mensuelles, planifient le menu et préparent les repas de plusieurs jours, les cuisines collectives ont l’avantage également de briser l’isolement des personnes vivant dans des conditions économiques difficiles, de favoriser des liens d'entraide entre ces personnes, de remédier en partie aux difficultés économiques des citoyens à faibles revenus et de réaliser une réelle économie dans la préparation de plusieurs repas sains.

Les jardins communautaires et urbains
Répartis à travers Montréal, 76 jardins communautaires desservent annuellement près de 10 000 citoyens jardiniers. Pendant la belle saison, les citadins deviennent locataires d'un petit lopin de terre. Afin de maintenir et de développer le programme des jardins communautaires, la Ville de Montréal demande à chaque jardinier une contribution minime de l'ordre de 10 $. Pour couvrir les déboursés en outils, l'organisme partenaire ou le comité jardin responsable de la gestion du jardin communautaire exige, quant à lui, de ses jardiniers un montant généralement entre 2 $ et 15 $.

Le jardinage urbain, de plus en plus présent dans nos villes, peut nous permettre quant à lui de cultiver notre propre petit lopin de terre bio. Le réseau des jardins de la Victoire, Éco-initiatives collabore avec les gens du quartier, les groupes communautaires, les services sociaux et les écoles pour renforcer la solidarité et la sécurité alimentaire au sein du quartier. Ils se servent des jardins collectifs pour rapprocher les gens, développer des aptitudes, verdir la ville et produire des aliments biologiques de qualité pour tous et toutes. Chaque jardin produit un surplus constitué des récoltes non consommées par les jardiniers et jardinières. Ce surplus est acheminé, par l'entremise de partenaires, à des banques alimentaires, des projets de cuisines collectives, des restaurants communautaires et des popotes roulantes.

Voilà donc plusieurs issues auxquelles adhérer si l’on désire manger bio à faibles coûts et contribuer à rendre le système alimentaire plus écologique, plus sain et plus juste. Vous pouvez aussi visiter dans notre site Internet le bottin, un répertoire de l’alimentation biologique et de la consommation responsable, ainsi que le répertoire de recettes « bio et locales », pour découvrir des façons de cuisiner des légumes locaux moins connus.

 

sources consultées
Paré, Frédéric. « L’agriculture pour qui pour quoi? » Conférence sur le rôle du citoyen dans l’avènement d’une agriculture respectueuse de l’eau, Montréal, décembre 2003.

Les jardins de la Victoire, Éco-Initiatives. URL : http://www.cam.org/~ecoini/french/fvictory.html

Jardins communautaires de Montréal. URL : http://www2.ville.montreal.qc.ca/loisirs/04_loisirs/04_jardins_comm.htm

Rédaction : Sophie Caron, Isabelle Joncas
Révision : Josée Breton, Mélissa Filion
© Équiterre, juillet 2003

 
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