Agriculture écologique
   

La Rubrique biologique
bulletin de veille stratégique sur l'agriculture biologique
Volume 3, numéro 6, avril 2004

Pourquoi les Américains
achètent-il des aliments bio?
Une recherche sur les mythes et réalités

Une étude récente, menée aux États-Unis par The Hartman Group, une firme conseil située à Bellevue (Washington), examine les raisons pour lesquelles les Américains achètent des aliments biologiques et met en lumière les principaux mythes entourant cette question. Pour mener cette recherche, le Hartman Group a choisi de suivre des consommateurs dans leur vie quotidienne, du supermarché à  la pratique de soccer avec les enfants. Des entretiens et des inspections des garde-manger et réfrigérateurs sont venus compléter la recherche. Pourquoi mener une recherche si approfondie? Le Hartman Group a observé que lorsqu’ils participent à des enquêtes, les gens tendent à fournir des réponses allant dans le sens du comportement qu’ils souhaiteraient adopter ou qu’ils aspirent à adopter. De plus, les résultats des enquêtes sur les attitudes et les opinions en matière d’alimentation ne correspondent pas toujours à ce qu’on peut retrouver dans le placard, le réfrigérateur ou les emballages qui se retrouvent dans les déchets. Ce que les consommateurs achètent et la personne qui effectue ces achats peuvent donc être très différents en réalité, et dans certains cas, être très différents de ce que les compagnies peuvent présumer sur l’acheteur typique.

Le premier mythe: les consommateurs achètent des aliments bio pour des raisons environnementales. Quoique cela soit vrai pour 26% des consommateurs, la principale motivation réside dans le fait qu’ils perçoivent les produits bio comme meilleurs, plus «santé» que les aliments réguliers. Pour nourrir leur famille et leurs amis, ils considèrent que ces aliments sont plus sains. Le deuxième facteur de motivation est le goût, lequel était considéré important par 38% des répondants de l’étude. La sécurité alimentaire arrive en troisième avec 30% des réponses. Les deux plus importantes raisons (ce qui diffère des motivations) qui amènent les consommateurs a acheter bio est leur préoccupation envers les pesticides et autres produits chimiques appliqués sur les plantes, et les antibiotiques et hormones de croissance administrés aux animaux. Les principaux éléments déclenchant l’achat d’aliments bio seraient l’arrivée d’enfants, les conditions de santé d’un membre de la famille (allergies alimentaires, cancer, etc.) et l’influence d’un réseau social. Parmi les autres éléments déclencheurs, on retrouve ce que certains considèrent comme le «bon sens» («si les pesticides ne sont pas bons pour les insectes, comment pourraient-ils être bons pour nous?») ou différents mythes urbains, tels que l’histoire d’agriculteurs ne consommant pas leurs propres cultures, par exemple.

Le deuxième mythe: le seul type de consommateur bio est un individu de type caucasien possédant une éducation et un revenu de haut niveau. Quoique les caucasiens fassent partie des acheteurs de produits bio, les Afro-américains et les Américains d’origine asiatique et hispanique en sont aussi d’importants consommateurs, souvent plus motivés par des facteurs familiaux que monétaires. Aussi, plus de la moitié des «grands» consommateurs de produits bio ont des revenus familiaux inférieurs à 50 000$ - un «grand» consommateur achetant en moyenne neuf produits bio par mois. Parmi les facteurs poussant l’achat de produits bio, le Hartman Group souligne le fait que les consommateurs ont le sentiment de ne rien contrôler dans le monde, et que l’achat de produits bio leur donne le sentiment d’avoir exercé un choix leur permettent d’avoir un certain impact. Les autres facteurs incluent l’attention des médias pour les aliments bio, une expérience de vie transformante (maladie sévère) et la frustration face aux soins de santé. Les 10% des consommateurs de produits bio formant un noyau solide achètent principalement pour les bénéfices apportés à la communauté – en achetant aux agriculteurs locaux – et l’authenticité, i.e. savoir ce que l’on achète. Les acheteurs «moyens», qui représentent 53% des acheteurs de produits bio, sont ceux qui recherchent l’expérience mais aussi qui accordent leur confiance à l’opinion des experts en matière de choix alimentaires. Les acheteurs «périphériques», qui composent le reste des consommateurs bio, fondent leurs achats de produits bio principalement sur le prix et la commodité. Tous les segments considèrent les bénéfices intrinsèques (les bénéfices pour la santé) comme importants.

Le troisième mythe: la principale raison empêchant les consommateurs de produits réguliers d’acheter des produits bio est le prix. En réalité, la raison première est qu’il ne les ont jamais considérés auparavant. Le prix arrive second en liste, mais ce facteur est complexe puisqu’il dépend de la valeur intrinsèque que lui accorde le consommateur. Par exemple, une mère peut être prête à débourser 1,50$ de plus pour des fraises bio pour ses enfants, mais ne pas avoir la même disposition envers l’achat de brocoli bio pour son mari. La troisième raison est la non-disponibilité des produits bio. La disponibilité perçue en magasin est particulièrement importante pour les consommateurs «moyens» de bio, puisque ceux-ci magasinent de manière machinale et ne cherchent pas activement les nouveaux produits bio. Il est par conséquent important de ne pas placer les produits bio dans une section à part.

Le quatrième mythe: la reconnaissance des marques est importante. Or, 60% des consommateurs de bio ne pouvaient pas nommer une seule marque bio. D’autre part, le Hartman Group affirme que les consommateurs seraient plus enclins à essayer des produits bio lorsque ceux-ci portent le même nom de marque que l’original.

Le cinquième mythe: l’attribut bio prend le dessus sur tous les autres attributs (du moment où une personne achète bio, elle continuera en ce sens ou achètera tous ses aliments en version bio). Ce serait faux puisque les consommateurs perçoivent leurs achats comme une série de compromis, reprenant le processus de décision d’achat bio pour chaque produit. Les consommateurs recherchent l’équilibre et achètent parallèlement des aliments conventionnels et des aliments bio.  Les motivations d’achat diffèrent pour chaque catégorie d’aliment.

Source: www.organicconsummers.org

Australie: plusieurs États
interdisent les cultures transgéniques

Les États d’Australie Occidentale, de Victoria, de Tasmanie, d’Australie Méridionale et les Territoires du Nord ont décidé d’interdire, en partie ou en totalité, la culture de plantes transgéniques à des fins commerciales. Jusqu’ici, l’Australie ne produit que du coton et des œillets transgéniques, mais l’organisme fédéral de réglementation du génie génétique a autorisé, l’an passé, la culture de canola transgénique utilisé sous forme d’huile dans la cuisson. Les gouvernements des états ont toutefois le pouvoir d’interdire les cultures transgéniques à des fins commerciales. Tous les États australiens où l’on cultive du canola ont adopté des moratoires. Cependant, l’État de Nouvelles Galles du Sud annoncera bientôt s’il autorise la culture d’essais à grande échelle proposé par les compagnies Monsanto et Bayer. Une grande quantité de semences de canola sont produites dans cette région, ce qui créerait d’importants problèmes si une contamination des semences se produisait et était envoyée aux autres états.

L’état de Victoria annonçait le 30 mars dernier un moratoire de 4 ans sur la culture commerciale du canola transgénique, décision qui vient renouveler l’interdiction préexistante. Ce geste à été applaudi par la Biological farmers of Australia, le plus grand groupe représentant les intérêts du bio en Australie. Les compagnies Monsanto et Bayer avaient récemment proposé des essais allant jusqu’à 5000 hectares en superficie, essais qui seront aussi interdits durant la période couverte par le moratoire. Ces essais auraient vraisemblablement sonné le glas des cultures de canola non-transgéniques et biologiques se situant dans un rayon de 10 km. Ils auraient été conçus pour maintenir la contamination – sans garantie toutefois – en deçà de 0,9%, lequel est 9 fois plus élevé que le niveau permis par la réglementation sur les marchés. Selon cette décision, seuls des essais à des fins de recherches scientifiques rigoureusement contrôlés pourraient être permis. Cette décision vise à maintenir sain le marché d’exportation des grains et produits laitiers, qui s’élève à 3,5 milliards $ pour Victoria.

Cette annonce se fait entendre peu après l’annonce par le plus grand état australien, l’Australie Occidentale, d’une interdiction de toute culture transgénique. Pour le premier ministre de cet état, cette décision vise à conserver les marchés non transgéniques, à permettre d’en trouver de nouveaux et reflète le rejet du public face à l’intrusion du génie génétique dans la chaîne alimentaire. Le moratoire décrété dans l’état de Victoria exerce une importante pression sur le gouvernement de Nouvelles Galles du Sud pour le rejet des essais à grande échelle proposés par Monsanto et Bayer.

L’Australie est le deuxième exportateur de canola en importance, après le Canada, dont la majorité du canola est transgénique.

Source: BFA et New Zealand Herald

La République Tchèque
prend le virage bio

Le gouvernement de la République Tchèque désire voir la pratique de l’agriculture biologique s’étendre à 10% de son territoire agricole. Le petit pays d’Europe de l’Est compte déjà 6% de ses superficies agricoles en production bio, ce qui dépasse la moyenne de l’Union Européenne, qui se situe à 3,5% (2% pour l’Europe entière). Le ministre de l’Agriculture a annoncé un plan de développement pour le secteur bio, qui comporte 300 millions de Koruny Tchèques (Kc). 300 millions de Kc équivalent approximativement à 15 millions de $CAN. L’aide étatique à l’agriculture biologique était de 231 millions Kc en 2003, ce qui est presque cinq fois plus élevé que les montants accordés en 1998.

Source: CTK Czech News Agency

États-Unis: déréglementation des produits bio non alimentaires

Le National Organic Program (NOP) du ministère de l’Agriculture des États-Unis a récemment publié de nouvelles directives minant les efforts d’établir des normes crédibles concernant les produits biologiques non alimentaires. Le document publié stipule qu’il sera illégal, à compter du 21 octobre 2005, d’afficher le logo bio du NOP sur les produits de soins personnels, les suppléments alimentaires, les fertilisants, les amendements, les fumiers ainsi que la nourriture pour animaux.

Cette décision fut immédiatement critiquée par le groupe de pression Organic Consumers Association (OCA), qui dénonce le laxisme réglementaire du gouvernement, en particulier pour les produits de soins personnels. Selon Ronnie Cummins, directeur général de OCA, cette décision vient déréglementer le marché des produits de soins personnels bio, «ouvrant ainsi la porte à des fraudes d’appellation massives, tout en punissant les compagnies qui ont fait des investissements significatifs en ingrédients certifiés bio dans les dernières années». M. Cummins affirme que cette décision réduira la demande pour les ingrédients certifiés biologiques, ce qui pénalisera éventuellement les agriculteurs. L’OCA menace donc de mobiliser son réseau de 500 000 personnes pour contrecarrer le projet du NOP.

Source: USDA et Organic Consumers Association

Naissance d’une association
mondiale de commerçants bio

La nouvelle association, dont le nom sera Organic Retailers Association, s’est donnée pour but d’avoir pour membres au moins une association de commerce de détail bio de chaque pays. Les fondateurs de la nouvelle association ont profité de BioFach pour faire connaître leur projet et insister sur l’importance d’une collaboration avec l’International Federation of Organic Agriculture Mouvements (IFOAM). Ils affirment ainsi qu’une telle coopération est importante, surtout lorsqu’il s’agit d’être représenté au niveau international. C’est la raison pour laquelle le nouveau président de l’IFOAM, Thomas Czierpa, avait été invité comme second rapporteur. Un des buts de cette réunion était d’atteindre dans les magasins spécialisés européens une part la plus importante possible en produits bio. Un des organisateurs, Tom Vaclavik de la République Tchèque, a cité comme exemple que les 52 magasins membres de Pro Bio n’ont pu jusqu’à présent obtenir qu’une part bio de 50%. Une réflexion est menée sur l’opportunité d’une certification de commerçants bio pour obtenir un plus haut niveau de qualité.

www.o-r-a.org

Source: BioFach

Vers une utilisation obligatoire
du logo bio européen

Le Plan d’action européen pour l’agriculture biologique, qui devrait être adopté sous peu, rendra obligatoire l’utilisation du logo biologique européen, actuellement peu connu. Plusieurs personnalités connues s’opposent déjà au logo européen, affirmant qu’il existe un risque de confusion avec les autres logos européens d’apparence similaire. La ministre allemande de l’Agriculture, Renate Künast, désapprouve son utilisation obligatoire.

D’autres personnes, tels Franz Fischler, commissaire à l’agriculture de l’UE, croient que l’affichage obligatoire du logo européen accroîtra les ventes de produits bio. Une campagne d’information pourrait également faire la promotion du logo bleu orné d’un cercle d’étoiles au centre duquel est situé un épis de maïs. Fischler prédit que le marché des aliments bio restera un marché de niche, pouvant toutefois atteindre jusqu’à 15% du marché alimentaire total (le taux actuel en UE se situe à 3%).

Source: BioFach Newsletter 08-04-2004

L’ Université des
sciences gastronomiques

La première Université «des sciences gastronomiques» ouvrira ses portes cet automne en Italie. Soixannte étudiants de plusieurs pays débuteront leurs études au prochain semestre dans la petite ville de Pollenzo, 50 km au sud de Turin. L’Université comportera deux facultés: la faculté gastronomique et la faculté agroécologique. Cette dernière s’attaquera à des sujets comme la biodiversité, les races animales, les végétaux et les techniques culturales.

Source: www.slowfood.de


En bref

Angleterre: pas de cultures transgéniques à des fins commerciales pour les 5 ans à venir

La compagnie Bayer, qui avait obtenu l’autorisation de cultiver une variété de maïs transgénique en Angleterre, renonce à son projet en raison des conditions imposées par la secrétaire à l’environnement. En raison de ces conditions, cette culture aurait été non-viable économiquement. Cette décision met un terme aux cultures transgéniques à des fins commerciales en Angleterre pour au moins 5 ans. La décision de Bayer marque la fin des efforts personnels déployés par Tony Blair afin de faire de l’Angleterre le centre d’activité européen génie génétique.

Les OGM bientôt étiquetés en Europe

Depuis le 18 avril, la nouvelle législation sur l’étiquetage des OGM est entrée en vigueur. Selon celle-ci, les étiquettes des tous les produits alimentaires contenant plus de 0,9% de produits modifiés génétiquement devront en indiquer la présence. Cette obligation s’applique aux produits vendus en vrac, aux produits préemballés, et aux services de restauration sous leurs différentes formes. Cette législation est qualifiée d’incomplète par les groupes écologistes puisqu’elle ne s’applique pas aux produits dérivés d’origine animale, tels que la viande, le lait et les œufs.

Source: InfOGM et Terre-Net.


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