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COP22 à Marrakech : Après l'inquiétude, une détermination inébranlable

par : 
Annie Bérubé
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Marrakech, Maroc, le vendredi 18 novembre 2016

Les négociations de la 22ème Conférence des Parties (COP) de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques se sont conclues vendredi aux petites heures du matin à Marrakech. La COP22 avait pour but d’instaurer une mise en œuvre conforme à l'esprit et à l'espoir de l'Accord de Paris. La délégation canadienne, pour sa part, a continué de jouer un rôle de premier plan dans les négociations complexes nécessaires à la mise en application de l’accord.

Ce que je retiendrai surtout, ce sont les allocutions rassurantes, et souvent émouvantes, réaffirmant cette nouvelle ère d'action et d’urgence d’agir sur les changements climatiques des chefs d'État, des représentant des gouvernements locaux, des peuples autochtones, des jeunes et de représentants de la société civile.

Ces appels à l’action ont été en partie provoqués par le résultat des élections américaines et ce que cela représente pour la participation future des États-Unis à l’Accord de Paris.

On a déployé l’artillerie lourde à Marrakech : le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, le secrétaire d’État américain John Kerry, alors que Barack Obama avait envoyé son conseiller politique en matière de changements climatiques pour rassurer les participants. En tout, plus de 100 chefs d’états se sont déplacés pour faire une intervention en faveur d’une mise en œuvre rapide de l’Accord de Paris.

C’est madame Laurence Tubiana, architecte principale de l’Accord de Paris, qui a rappelé à tous la robustesse de cet accord, puisqu’il a été conçu pour survivre aux vents tournants des changements de gouvernements. Madame Tubiana a réitéré l’importance et le rôle crucial des gouvernements infranationaux et des gouvernement locaux pour réduire les GES et rencontrer les obligations sous l’Accord de Paris.

La Chine : Un nouveau champion pour l’Accord de Paris

La Chine n’a pas tardé à réagir aux implications potentielles de la position de la nouvelle administration américaine sur l’Accord de Paris. « La politique chinoise reste inchangée. La volonté de la Chine de travailler avec les autres pays demeure et je crois qu'un dirigeant avisé suivra la voie mondiale et historique de la lutte contre le réchauffement », a déclaré jeudi dernier Xie Zhenhua, le négociateur chinois. La délégation de la Chine a ajouté qu’un désengagement de la Maison Blanche ne changerait en rien la politique de la Chine vis-à-vis des changements climatiques.

Tout un changement depuis le sommet de Copenhague en 2009, durant lequel la Chine était sur la défensive et voyait les sommets sur les changements climatiques avec méfiance! Aujourd’hui, l’action sur les changements climatiques est une question d’intérêt national pour cette superpuissance économique.

Pourquoi ce revirement? Les technologies propres, incluant les énergies renouvelables, représentent pour la Chine un potentiel d’exportation énorme. La Chine est le plus grand investisseur mondial dans les technologies propres en ce moment et investit massivement dans sa transition énergétique domestique. Rappelons que ce pays est aux prises avec une crise de la qualité de l’air causée par la production d’électricité au charbon, et souhaite assurer sa sécurité énergétique par le biais de production d’énergie renouvelable locale.

Le sous-ministre aux affaires étrangères de la Chine est allé aussi loin que d’interpeler directement les Etats-Unis : « Nous espérons que les États-Unis continueront de jouer un rôle de leadership dans le processus de négociations sur les changements climatiques », une déclaration sans précédent pour la Chine, qui ne se prononce d’ordinaire jamais sur les résultats d’élections à l’étranger.

Finalement, ce sont plus d’une centaine d’entreprises américaines qui ont publié une lettre ouverte au nouveau résident de la Maison Blanche, l’implorant de maintenir le soutien des États Unis envers l’Accord de Paris.

J’irais même jusqu’à dire que le spectre de « vous-savez-qui » a eu un effet mobilisateur sur les pays rassemblés à Marrakech ; sans cette incertitude quant à la participation future des États-Unis, les pays auraient peut-être été plus complaisants et auraient pris pour acquis les gains fais lors des négociations de l’an dernier à Paris.

L’argent toujours l’argent…

Il faut se rappeler que cette COP était la COP de l’Afrique, où les pays sous-développés ont imploré à maintes reprises les parties de l’Accord de Paris d’accorder plus de 100 milliards de dollars d’ici 2020 au financement international. Ce sont des pays très vulnérables et déjà sévèrement affectés par les changements climatiques, qui ont besoin de financement pour s’adapter à ces impacts.

Les pays se sont donc engagés à Marrakech à fournir 81 millions $ au fond de financement pour l’adaptation, un bon départ.

Outre un besoin urgent de financement pour l’adaptation aux changements climatiques, les pays moins développés veulent également contribuer à l’essor et au développement des technologies propres. On a assisté à la COP à un étalage important et très encourageant de nouvelles entreprises africaines (dont la première course Formule 1 100 % électrique qui s’est tenue au Maroc!) désireuses de prendre une part du marché mondial des technologies propres en pleine croissance.

Le Canada : toujours champion de l’Accord de Paris, à quelques contradictions près

Suite aux résultats des élections américaines, les regards se sont tournés vers le Canada, afin de voir ce à quoi allait ressembler l’Amérique du Nord en termes d’engagements pour le climat. L’honorable Catherine McKenna, ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, était présente à Marrakech pour réitérer sans équivoque l’appui du Canada envers l’Accord de Paris.

La délégation du Canada avait de toute évidence reçu un mandat de mener à terme et prendre les devants sur plusieurs dossiers, dont l’intégration du genre, le soutien pour une juste transition pour la main d’œuvre et l’augmentation de la capacité des pays moins développés pour la mise en œuvre de l’accord.

La ministre McKenna pour sa part a maintenu un horaire chargé à Marrakech, avec de multiples allocutions et rencontres bilatérales avec ses homologues des autres pays et d’organismes internationaux, telle la Banque Mondiale. Le Canada, avec les États-Unis, l’Allemagne et le Mexique, ont été les premiers pays a déposer leur stratégie de décarbonisation à l’horizon 2050, une exigence de l’Accord de Paris.

Le premier ministre Couillard ainsi que les ministres de l’environnement de l’Ontario et de la Saskatchewan étaient également présents pour faire part des progrès des provinces canadiennes en termes de transition énergétique, et plus particulièrement sur les mérites de la bourse carbone entre le Québec, l’Ontario et la Californie.

Le ministre de l’environnement du Québec a rappelé aux états américains la leçon du Canada : en l’absence de leadership d’un gouvernement national, feu vert aux initiatives des gouvernements infranationaux. Plusieurs représentants d’états américains ont expliqué leurs politiques et programmes en changements climatiques et rassuré les participants que leurs actions n’allaient que s’accroitre. On entrevoit la possibilité de coopération accrue entre les provinces canadiennes et les états américains, dont potentiellement de nouveaux états membres de la bourse carbone entre le Québec, l’Ontario et la Californie.

Seule ombre majeure au tableau pour le Canada : la communauté internationale n’est pas aveugle à la contradiction entre le leadership du Canada sur la scène internationale quant aux changements climatiques, et l’approbation récente de projets d’infrastructures d’hydrocarbures, comme le projet de terminal de gaz naturel de Pétronas récemment approuvé en Colombie-Britannique. Plusieurs participants de la société civile et des représentants des Premières Nations en ont profité pour exprimer leur opposition au pipeline Kinder Morgan à la ministre McKenna lors de sa visite à Marrakech.

Des décisions reportées

Marrakech n’était pas Paris et les attentes étaient plutôt hautes, voir même irréalistes. L’Accord de Paris fut en quelque sorte victime de son propre succès. Il semble évident que la ratification rapide de l’accord n’a pas laissé le temps nécessaire à plusieurs pays pour bien se préparer à négocier sa mise en œuvre. De ce fait, à Marrakech, les incontournables questions de procédures, de gouvernance, de modalités et autres, avec plus de 190 pays autour de la table, ont occupés beaucoup de temps.

Plusieurs délégations, incluant celle du Canada, ont exprimé leur impatience et déplorent que plusieurs décisions soient reportées à plus tard.

Un aspect important de l’accord est le mécanisme de « dialogue facilitatif », introduit à Marrakech, qui permettra aux pays d’augmenter l’ambition de leur cible de réduction de GES, et qui se doit d’être adopté d’ici 2018.

Rappelons qu’après la ratification du Royaume-Uni jeudi dernier, il y a présentement 111 pays qui ont ratifié l'Accord de Paris. Et que malgré le scepticisme d’un « certain- nouveau-chef-d’état », c’est une volonté inébranlable des états, incluant les plus larges économies mondiales et les plus importants émetteurs de GES, qui a dominé la COP22 à Marrakech.

Les parties de l’Accord de Paris poursuivront leurs négociations à Bonn en mai 2017 pour une séance de mi-session, avant la COP23 qui devrait se tenir à Bonn également, mais présidée par les Iles Fidji.

Vous pouvez lire le résumé des ententes conclues à Marrakech ici.