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Enquête sur les déplacements urbains : constat d’échec pour les écolos

par : 
Sidney Ribaux
Blog - Sidney Ribaux

Dans les années 60, on imaginait un futur avec des voitures volantes. Il y a même des quartiers en Californie qui ont été conçus pour que de petits avions puissent se stationner dans les entrées et se promener dans les « rues », jusqu’à la piste de décollage « de quartier ». Ces expériences furent de courte durée. Sans adhérer à cette vision, il faut avouer qu’au moins, elle était originale et inspirante!

La vision dominante du transport urbain à cette époque fut plutôt axée autour de la voiture (terrestre) privée. Nous avons construit des routes, des autoroutes, des centres commerciaux, des parcs industriels et des quartiers en banlieue. Il est rapidement devenu presque impossible de se déplacer autrement qu’en voiture.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la motorisation n’a cessé d’augmenter et les distances que l’on parcourt, pour aller à l’école, au travail, au gym ou à l’épicerie, ont elles aussi crû à un rythme ahurissant. Rares sont les Québécois qui aujourd’hui ne consomment pas un litre d’essence pour aller acheter un litre de lait!

La plus récente enquête Origine-Destination de l'Agence métropolitaine de transport pour la région de Montréal (2008-2013) confirme encore une fois cette tendance. Alors que la population de la métropole est actuellement de seulement 5 % supérieure à celle de 2008, le nombre de voitures, lui, a augmenté de 11 %, donc deux fois plus rapidement. Il y a maintenant 2,2 millions de voitures dans une métropole qui compte 4,2 millions de personnes, qui habitent de plus en plus loin du centre et qui sont de plus en plus âgées.

Si vous aviez l’impression qu’il y a plus de voitures dans les rues et sur les autoroutes, je vous le confirme, ce n’est pas une impression, c’est la réalité.

Le transport en commun a réussi à maintenir sa part de marché, mais n’eut été de l’ouverture du métro à Laval, il aurait sans doute reculé.

Il y a de plus en plus de Montréalais qui marchent et qui pédalent pour aller travailler, principalement dans les quartiers centraux. Le Bixi n’est sans doute pas étranger à cette tendance. Il y en a même de plus en plus qui pédalent l’hiver! Environnement jeunesse et Vélo Québec prévoient d’ailleurs que le nombre de personnes qui participeront au « Tour de l’Île » hivernal, Vélo sous Zéro, va doubler de 500 à 1000 le 15 février prochain; avis aux intéressés!

Quels constats devons-nous tirer de ce méga-sondage qui a rejoint 188 000 personnes?

Le premier constat est simple : build it and they will come. À Laval, où on a construit trois stations de métro, l’achalandage du transport en commun a augmenté de 28 % alors qu’à Longueuil sa progression fut de seulement 4 %. Il y a, après tout, une limite au nombre de personnes que l’on peut mettre dans un train ou un autobus! Les Montréalais qui ont accès au Bixi et à de nouvelles voies cyclables, se sont mis à pédaler davantage. L’inverse est aussi vrai. En retirant de l’espace à la voiture privée, comme le fait l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, nous favorisons l’utilisation du vélo, de la marche et du transport en commun.

Deuxième constat : il devient extrêmement difficile, voire impossible de sortir les automobilistes de leur voiture, surtout en banlieue et surtout pour des déplacements autres que pour faire la navette vers le travail ou les études. Si l’on veut diminuer les gaz à effet de serre, il faudra que ces voitures soient moins polluantes. En ce sens, l’arrivée sur le marché de véhicules électriques est encourageante même si ça ne règlera pas d’autres enjeux importants comme la congestion routière, les accidents de la route, l’espace dévolue à la voiture, et ainsi de suite.

Troisième constat : en dépit des discours sur les changements climatiques, force est de constater que nous reculons dans le secteur des transports. Devant cet échec, les environnementalistes et les amoureux de villes plus sereines devront changer leurs approches de lobby et de sensibilisation.

Devrions-nous redoubler d’efforts pour exiger que l’on cesse enfin de financer de nouvelles autoroutes urbaines (comme les 600 millions de dollars que l’on veut investir pour élargir l’autoroute 19 sur 8 km)? Devrions-nous multiplier le lobby pour augmenter les subventions au transport en commun? Devrions-nous plutôt pousser pour un système de transport en commun qui s’autofinance comme c’est le cas ailleurs dans le monde? Devrions-nous multiplier les efforts pour que puissent enfin émerger les alternatives que sont les Communauto, Car2Go et Bixi de ce monde?

Je suis persuadé que cet enjeu est avant tout social et non technologique, mais ne devrions-nous pas regarder davantage de ce côté? Je ne parle pas ici du retour de la voiture volante (quoique des prototypes existent maintenant), mais plutôt de la voiture auto-conduite. Pensez à des taxis-Car2Go sans conducteur qui viendraient vous chercher à la maison et vous amèneraient à destination pendant que vous lisez votre journal. La voiture auto-conduite (version prototype) de Google a déjà parcouru des centaines de milliers de kilomètres sans aucun accrochage. En fait, elle serait plus sécuritaire et beaucoup plus écologique qu’une voiture conduite par un humain… Tant qu’à y être, pourquoi ne pas imaginer des autobus sans conducteur.

Cette technologie a le potentiel de révolutionner le transport urbain. Ne devrions-nous pas nous y intéresser?

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais en tant qu'écologistes urbains, il est grand temps qu'on se les pose.