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Et maintenant quoi?

Cofondateur et directeur principal
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Alors que je roulais vers le bureau ce matin en vélo, j'avais une drôle d'impression, comme si toutes et tous autour de moi, et la ville elle-même, retenaient leur souffle, comme si tout le monde se demandait « on fait quoi maintenant? ».

Avant même d'arriver au bureau, j'avais discuté avec certains collègues des cabinets ministériels à Québec et Ottawa. Certaines de ces conversations n'ont rien fait pour me rassurer, alors que d'autres ont trouvé le moyen de me faire voir les aspects positifs du résultat de cette élection américaine pour le moins surprenante.

Il est bien évident que le président élu (ça fait mal juste de le dire), Donald Trump, ne pourra réaliser plusieurs de ses engagements tellement ces derniers n'étaient que des promesses en l'air.

Malgré ce sentiment de « lendemain de veille » qui m'habite encore, je vous propose une analyse à froid de ce qui nous attend en matière d'environnement sous une présidence et un congrès maintenant entièrement républicains.

Catégorie « ça va faire mal »


Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump a nié l'existence même des changements climatiques, alléguant qu'il s'agissait d'une invention des Chinois pour s'attaquer à l'économie américaine. C'est pourquoi je pense que l'une des choses qu'il fera rapidement sera de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris. Toutefois, il faudra plusieurs années avant que les États-Unis puissent se retirer de cet Accord compte tenu des règles le permettant au niveau international. De plus, comme cet accord est déjà entré en vigueur, cela n'aura pas d'effet direct au niveau international.

Le négociateur en chef de la Chine sur les changements climatiques a d'ailleurs récemment encouragé M. Trump, s'il était élu, à travailler avec l'ensemble des pays pour lutter contre les changements climatiques plutôt que de faire preuve d'isolationnisme sur cette question; il en va de l'intérêt social et économique des États-Unis, a-t-il ajouté¹.

Une administration Trump aura également tôt fait de réduire les exigences en matière de pollution pour les secteurs très polluants comme le charbon et donnera fort probablement le feu vert au projet Keystone XL (projet que le président Obama avait rejeté).

Catégorie « la lumière au bout du tunnel »


Est-ce que Donald Trump pourra, comme il s'est engagé à le faire en campagne électorale, faire renaitre l'industrie du charbon de ses cendres (excusez-la!)? J'en doute, essentiellement pour des raisons économiques.

Comme le démontre bien ce graphique, les renouvelables dépassent les combustibles fossiles en terme d'investissements annuels dans la production d'électricité :

Vous noterez d'ailleurs que le charbon n'apparait même plus sur l'écran radar de la production d'électricité aux États-Unis. La valeur boursière des entreprises de charbon a fondu comme neige au soleil en perdant 92 % de sa valeur, passant de plus de 60 milliards $ en 2011 à 4 milliards en 2016².

La Chine a fermé 1 000 (oui, vous avez bien lu) mines de charbon au cours des dernières années³ et investira cette année plus dans les renouvelables que dans le charbon.

Sur la question de Keystone XL, un permis présidentiel est certainement une condition nécessaire à sa réalisation, mais c'est une condition non suffisante puisque le pipeline doit aussi obtenir l'aval de plusieurs États américains où l'on trouve une forte opposition à ce projet.

Une leçon à retenir


Comme plusieurs d'entre vous, j'ai suivi de près l'élection américaine depuis des mois et si je retiens une chose de l'élection d'hier soir c'est qu’un nombre impressionnant de personnes ont voté pour Trump même si 60 % d'entre elles estiment qu'il n'est pas prêt à être président. Pourquoi l'ont-elles fait? Dans bien des cas, parce qu'ils et elles estiment avoir été oubliés par les élites au cours des dernières années. Je pense notamment à ces travailleurs du charbon ou encore les dizaines de milliers de personnes qui ont perdu leur emploi dans le secteur du pétrole.

Nous savons maintenant que la transition énergétique devient de plus en plus une réalité et autant je me réjouis de voir les compagnies de charbon tomber les unes après les autres, idem du côté du pétrole, autant nous devons impérativement penser à ceux et celles qui vont faire les frais de cette transition et s'assurer qu'elle se fait avec eux, et non sur leurs dos.

Est-ce que l'élection de Donald Trump représente un recul sur la scène climatique et environnementale? Bien sûr que oui! Nous devrons nous relever les manches et travailler encore plus fort.

Mais vous savez quoi; ce n'est pas la première fois que nous jouons dans ce film... Rappelez-vous de George W. Bush! Il avait notamment promis de construire une centrale au charbon par semaine lors de son premier mandat. Or, durant ses huit années à la Maison-Blanche, non seulement n'a-t-il pas réussi à en construire une seule, mais 200 ont été fermées sous son règne.

¹ www.reuters.com/article/us-climatechange-china-idUSKBN12W349
² http://ieefa.org/market-cap-u-s-coal-companies-continues-fall/
³ http://grist.org/climate-energy/china-to-shut-down-1000-coal-plants-this-year/