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Faisons parler les chiffres ou les engagements du Canada en matière de changements climatiques

Chroniqueuse invitée
Blog - Catherine Potvin

Chaque année, fin novembre/début décembre, tout le monde s’agite en parlant de changements climatiques. On se met à rêver de solutions et puis trop souvent le ballon crève et puis plus rien.

Je ne suis pas allée à Varsovie, donc je n’en ai reçu comme vous que les échos. Un de ces échos est que le Canada est en compétition avec l’Arabie Saoudite quant à l’ambition, ou plutôt la non-ambition, de ses cibles de réduction de gaz à effet de serre.

Son de cloche similaire du côté des Nations Unies car le Programme des Nations Unies pour l’environnement dans son rapport sur l’écart d’ambition des cibles de réduction indique lui aussi que le Canada est en train de manquer le bateau.

Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de jouer un peu avec les chiffres. Surtout que le Canada vient de publier l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre pour la période 1990-2011. Du bonbon pour une scientifique!!!

Ce rapport permet donc, en dehors de toute rhétorique politique, de constater ce que le Canada a accompli selon ses propres dires. Premier constat: les émissions au Canada ont augmenté de 18 % entre 1990 et 2011. Je rappelle que sous Kyoto, le Canada aurait dû réduire ses émissions de 6 %. Donc comme professeure, je nous donne clairement un F, même un moins F. Mais bon, ça on le savait.

Ce qui est plus intéressant, c’est de voir quels sont les secteurs d’émissions en croissance. Vu les résultats, j’avais formulé ma question de façon trop positive... J’aurais dû dire quel secteur est en décroissance car en fait, les émissions au Canada ont augmenté dans tous les secteurs, sauf celui des « industries dépendantes du commerce produisant des émissions élevées » qui montre une diminution de 16 %. Je comprends que ce secteur représente des industries comme les cimenteries et les fonderies et que la décision de l’Ontario de réduire l’utilisation de charbon pour produire de l’électricité a joué un grand rôle dans ce résultat positif.

Mais sinon, aucun succès, piètres résultats mur à mur : les émissions du secteur agricole ont augmenté de 26 % et celles des transports de 33 %. Mais très clairement, sans surprise me direz-vous, le secteur d’émission qui a le plus augmenté c’est le secteur des combustibles fossiles avec une augmentation des émissions de 61 %.

Rappelons-nous que le GIEC encourage des réductions de l’ordre de 50 %. Donc on augmente autant qu’on devrait diminuer. Alerte à bâbord, changement de cap nécessaire!

J’ai continué à décortiquer le rapport et trouvé une autre information fort intéressante: les émissions dues à l’exploitation minière et à l’extraction de gaz et de pétrole ont augmenté de 450 %. Oui, vous avez bien lu, de quatre cent cinquante pourcent. Donc oui, on est vraiment devenu le Canasaoudite...

Chroniqueuse invitée sur le site d’Équiterre, Catherine Potvin est professeure titulaire et chercheuse au département de biologie à l'Université McGill. Première femme à recevoir la médaille Miroslaw-Romanowski de la Société royale du Canada, elle est également fondatrice du laboratoire néo-tropical de l'Université McGill au Panama. Elle partage son temps entre le Québec et l’Amérique centrale, à tel point que le gouvernement du Panama l’a recrutée comme l'une de ses négociatrices à l'ONU sur le climat.