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Fin de saison enlevante dans la saga « Gaz de schiste »

par : 
Hugo Séguin
Blog - Émission Dallas 2

Les Québécois aiment les téléséries collectives, surtout les grandes dramatiques.

Celle des gaz de schiste, dont on a présenté hier le dernier épisode de la première saison, est la dernière en ligne d'une série dans laquelle on retrouve des classiques oscarisés (Référendum I et II, Le Suroît), de même que des récipiendiaires de Prix spéciaux du jury et de Grand prix du public (Mont-Orford, La Romaine). D'autres peinent à « lever » et en sont à leur 10e saison : le CHUM (I, II, III et IV), Turcot (I, II et III). Nous produisons aussi nos propres versions des Sopranos (Mascouche, le Clan Rizutto - le Déclin, Côte-Nord) et une version pas mal de Wall Street I et II (Norbourg, qui selon moi est par contre moins intéressante que Lord Black). Nous avons aussi des drames psychologiques qui explorent l'âme de personnages tourmentés (Montréal : l'Homme qui ne voulait pas savoir), des comédies (potentiellement) dramatiques tournées dans la région de Québec (Rapaille, l'Amphitéâtre), qui nous donnent aussi des versions québécoises de pamphlets politiques sur des thèmes de Mel Gibson (La Liberté, Red Bull Crashed Ice).

Comme nous formons une petite société, nous suivons ces téléséries avec intensité : on fouille, chronique, dénonce, discute, dispute et s'enflamme. Et on en devient des acteurs. Ce qui me fait penser que nous avons, comme peuple, une vie collective intense, diversifiée et jamais monotone.

On ne peut pas dire qu'il ne se passe rien au Québec : on débat. Vigoureusement, mais on débat. Et de d'autres choses que qui couche avec qui dans Occupation Double (quoique ça nous intéresse aussi beaucoup).

J'ai l'impression que nous avons une vie démocratique qui, sans être tout à fait saine, loin de là, montre qu'on ne vit pas dans un régime dictatorial où tout serait décidé d'avance. Dans des cas bien précis, comme celui des gaz de schiste, le débat social peut influencer les décisions collectives. Ça prend beaucoup d'efforts, beaucoup d'implication et de conviction, mais on y arrive.

Retenons quelques faits saillants de Gaz de schiste  - la Saga.

D'abord, il y a eu un véritable débat de société, dont l'issue n'était pas du tout déterminée d'avance. Le gouvernement et l'industrie ont présenté (bulldozé ?) leur point de vue, divers groupes et personnalités ont exprimé les leurs, des propositions de compromis ont été avancées. La population a écouté, dans certains cas s'est impliquée, puis s'est fait une idée largement consensuelle en faveur d'un temps d'arrêt. Nous aurons suivi, collectivement, un cours accéléré de Gaz de schiste 101, qui nous a permis de débattre de façon relativement éclairée et ouverte. Des questions légitimes ont été soulevées et le dossier ne pourra plus du tout évoluer comme avant.

Ensuite, le système politique québécois a dû s'adapter à l'évolution de l'opinion publique.  En confiant un mandat au BAPE sans trop y croire et pour acheter temporairement la paix, le gouvernement du Québec a fini pas avoir le courage d'en accepter la principale recommandation, celle d'une Évaluation environnementale stratégique, et aussi celui de sortir du cul-de-sac dans lequel il s'était engagé et de marcher sur la peinture.

Aussi, le BAPE a joué son rôle, contre toute attente, en déposant une analyse lucide qui pointe du doigt les failles du dossier et propose un temps d'arrêt permettant de baliser la suite, sans rien présumer pour l'avenir. Ça fait du bien, compte-tenu du déclin marqué de la crédibilité de cette institution québécoise particulière, qu'on ne retrouve pas partout ailleurs. En déposant un rapport dont plusieurs craignaient la complaisance envers le gouvernement et l'industrie, le BAPE nous rappelle à quel point cette institution est un rouage important d'une saine gouvernance collective.

Je retiens aussi un pattern tenace et malsain que l'on retrouve encore pas mal au Québec. Celui d'essayer de faire passer des projets sous la pression, même contre tout bon sens. Dans la saga des Gaz de schiste, nous avons eu droit au même scénario dans l'épisode du Suroît : (1) bulldozage d'un projet, accompagné de justifications plus ou moins cohérentes et d'assurances tenant d'actes de Foi; (2) levée (légitime) de boucliers et débat social intense; (3) retraite du gouvernement et changement de cap.

Au final, la population est en furie contre les pouvoirs publics qui s'étaient faits complices des promoteurs, le gouvernement perd des plumes (Suroît avait coûté son poste à un ministre, Sam Hamad) et les promoteurs beaucoup d'argent. Personne n'en sort vraiment gagnant. La population ne fait pas plus confiance aux élus, les promoteurs se plaignent que tout est bloqué et les élus n'osent plus faire preuve de leadership.

Posons l'hypothèse que c'est la manière de faire les choses de la part des promoteurs qui posent problème, pas le débat démocratique.

La prochaine fois, au prochain projet, essayez donc de vous y prendre autrement.