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La mort et les taxes

Blog - Sidney Ribaux

 Comme l’a si bien dit Benjamin Franklin, le père de la confédération américaine, il y a deux choses qui sont certaines dans la vie, la mort et les taxes.

Pour la mort, je peux seulement vous encourager à bouger et à manger bio pour la repousser le plus possible! Pour les taxes, tant qu’à les subir, pourquoi ne pas en profiter pour faire le bien?

Bon, j’ai écrit « subir » en pensant à vous, mais je rectifie d’entrée de jeu : personnellement, j’aime bien l’impôt sur le revenu. Que 40 ou 50 % de mon salaire soit prélevé pour que l’on finance les universités, les écoles publiques, les centres de la petite enfance, les hôpitaux et les CLSC, cela me convient parfaitement. Pour moi, c’est le même sentiment que de faire un don. Je me sens solidaire de mes concitoyens. Je me sens aussi privilégié de profiter de ces services de qualité.

Par contre, payer la taxe de vente de 15 % quand je vais au resto me rend moins heureux. À la limite, j’aimerais mieux donner un pourboire plus généreux. Le 15 % s’ajoute au prix et réduit ma capacité d’encourager des entreprises locales (sans taxe de vente, je pourrais aller au restaurant plus souvent, par exemple). Et puisque tout le monde doit payer ce 15 %, riches ou pauvres, j’ai beaucoup moins ce sentiment de solidarité qu’avec mon impôt sur le revenu que 60 % d’entre nous payons pour financer des services qui bénéficient à 100 % des Québécois.

Puisque nous avons la taxe de vente la plus élevée en Amérique du Nord, les Québécois aiment bien profiter de leurs visites au Sud pour faire le plein de vêtements et de biens qui sont plus lourdement taxés ici, au détriment des entreprises de la belle province. Et je ne vous parle même pas des achats sur le Web qui privent le fisc québécois de plus de 150 millions de dollars par année.

C’est pourquoi j’ai sursauté quand le ministre des Finances du Québec a proposé récemment de baisser les impôts sur le revenu et de hausser la taxe de vente du Québec. Je ne fus pas le seul d’ailleurs!

Équiterre a donc développé une série de taxes qui auraient l’avantage non seulement de remplir les coffres du gouvernement (pour financer la santé et l’éducation) mais, en plus, réduiraient les gaz à effet de serre, protègeraient l’environnement et stimuleraient l’économie du Québec.

Bon, je vous entends déjà : les groupes écolo proposent encore des taxes. Non, un instant! C’est le gouvernement qui veut augmenter la taxe de vente (sur presque tout ce qu’on achète). Équiterre propose de nouvelles taxes pour ÉVITER d’augmenter la taxe de vente et permettre au gouvernement, s’il le souhaite, de baisser l’impôt sur le revenu. Autrement dit, plutôt que de taxer TOUT : les taxis, les restaurants, les hôtels, les vêtements, l’équipement de sport, etc., Équiterre propose de SEULEMENT taxer ce qui est mauvais pour l’environnement. En l’occurrence, Équiterre a étudié des taxes sur l’essence, les voitures, les contenants et les sacs de plastique, et les pesticides. (Le rapport est disponible ici.)

Prenons les pesticides par exemple. Si on taxe ce qui est mauvais pour la santé, comme le tabac, il me semble tout à fait logique de taxer ce qui est non seulement mauvais pour la santé humaine, mais aussi pour l’environnement. L’idée est d’envoyer un signal de prix. Plus les cigarettes vont couter cher, moins on va en fumer. Plus les pesticides seront dispendieux, plus les agriculteurs trouveront des alternatives (et il en existe plein!) et moins ils en consommeront.

Il est d’ailleurs surprenant que l’on taxe toute sorte de choses qui sont mauvaises pour la santé comme le tabac, l’alcool et même la malbouffe (notamment à New York), mais qu’on ne taxe pas des produits cancérigènes qui se retrouvent sur les fruits et légumes - qu’on encourage les gens à consommer pour rester en santé! On s’entend : il vaut encore mieux manger des fruits et légumes, même avec résidus de pesticides; mais l’ironie est frappante!

La bonne nouvelle est que l’on ne produit pas de pesticides au Québec. Taxer les pesticides n’aura donc aucun impact négatif sur l’économie du Québec. Une taxe poserait évidemment un défi pour les agriculteurs qu’il conviendrait de soutenir notamment par de la formation et un service conseil indépendant afin d’encourager l’adoption des pratiques biologiques - qui fonctionnent très bien soit dit en passant.

Alors que les consommateurs se préoccupent de plus en plus de leur santé et de l’environnement, ne serait-il pas grand temps que nos taxes reflètent ces valeurs?

Et finalement, peut-être qu’avec des taxes plus intelligentes il sera même possible de repousser encore plus loin cette autre chose inévitable de la vie.
 

Pour suivre la chronique de Sidney Ribaux dans le journal Métro.