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No pasarán

par : 
Hugo Séguin
Blog - Glenn Beck

Dans une entrevue hier au 98,5, Benoît Dutrisac m'a demandé si je n'avais pas le goût de tout lâcher. Les négociations ne vont nulle part, le système de l'ONU est paralysé, tu perds ton temps, m'a-t-il dit en substance.

Je lui ai servi mon discours « cassette » : les changements climatiques sont un enjeu planétaire, la solution ne peut être, au final, que planétaire. Et jusqu'à preuve du contraire, il n'y a qu'à travers les Nations Unies qu'on peut arriver à quelque chose.

C'est vrai. Mais encore une autre raison, plus profonde celle-là, c'est que tout lâcher ferait trop plaisir à Glenn Beck. Et à Jacques Brassard. Aux frères Koch et à Joanne Marcotte. À Steven Harper et à Maxime Bernier.

Pour eux, la science n'est qu'un instrument. Lorsque la vérité dérange, on la rejette.  Elle nous menace. Donc on l'attaque.

Elle ne sert plus.

Au fait, que défendent ces gens, très minoritaires, mais très actifs?

Des valeurs. Des valeurs qui ne sont pas les miennes. Celles d'un individualisme poussé jusqu'au bout, du type « au plus fort la poche » et  « après moi le déluge ». Un individualisme darwiniste. Le monde est dur, débrouille-toi. Une éthique de survie en marchant sur la tête des plus faibles et en leur lançant quelques piécettes de temps à autres pour se donner bonne conscience.

Pas des valeurs à moi.

Ces valeurs servent des intérêts. Des intérêts qui se sentent attaqués - à juste titre - par les changements qui s'en viennent.

Des intérêts pétroliers et charbonniers, qui ne voient pas comment leurs « core business » peut survivre dans un monde de plus en plus carbo-neutre.

Des intérêts d'entrepreneurs, de gestionnaires, de politiciens, à qui on demande de transformer leurs pratiques, développer de nouvelles technologies, penser autrement. À qui ont demande de changer. Tout comme on demande à des hommes et des femmes de changer leurs habitudes de vie. De changer leur vie.

Beck, Brassard, Marcotte et les frères Koch en appellent à notre crainte du changement. Ils la stimulent, l'exacerbent et l'instrumentalisent au service de puissants intérêts au service du statu quo.

Ils s'adressent à moi aussi, à nous, à notre côté vache, paresseux, désabusé. C'est dur effectivement de rester mobilisé 24 / 24, tout une vie, de tendre vers une cohérence entre nos valeurs et nos actions.

Les changements sont toujours difficiles à négocier. Ce qui se passe ici à Cancun en est le reflet. C'est la même chose dans nos vies, dans notre petit monde autour de nous. Dans nos pays. C'est effectivement plus facile de ne rien faire, de s'accrocher à des chimères du type « d'un coup que c'est pas vrai », de ne rien changer.

Des fois, Benoît, j'ai effectivement le goût de tout lâcher. De m'acheter une belle petite décapotable et de jouer les Jack Kerouac à travers le monde. À crédit, bien sûr. Peut-être que je le ferai un jour, quelques mois, le temps de recharger les batteries.

Mais lâcher, non. Pas quand on a assez de faits scientifiques pour nous donner raison. Pas quand on voit les dégâts des changements climatiques sur des centaines de millions de personnes. Pas quand on a la population de notre côté.

Pas quand on sait qu'on va gagner.

Et pas quand on a les valeurs à la bonne place.

No pasarán.

Ephémérides de la journée

Des nouvelles des négos :

Les diplomates prennent la parole à tour de rôle pour présenter la position de leur pays. C'est ainsi que le Japon a déclaré souhaiter la mort du Protocole de Kyoto, ce qui lui a valu le seul fossile décerné de la journée.

Les États-Unis et la Chine ont fait front commun hier pour annoncer qu'ils travaillaient de concert à aplanir leurs divergences, ce qui augure bien pour la suite.

Revue de presse ciblée, gracieuseté de Julien Chamberland, de l'Université de Sherbrooke:

Les impacts du réchauffement climatique sur le pergélisol pourraient être pires qu'anticipés.

Déclaration réaffirmant le désir de former un marché du carbone régional pour contrer l'inaction du fédéral aux États-Unis. Ce serait basé sur le système californien et le RGGI. La Californie débuterait en 2012, possiblement avec le Québec, l'Ontario le Nouveau-Mexique et la Colombie Britannique. On annonce aussi la mort du processus de cap-n-trade dans le Midwest avec l'élection de 5 gouverneurs républicains sur 6.

La foi comme arme contre les changements climatiques comme le propose l'organisation Interfaith Power and Light.

Le Mexique, Le Canada, Les États-Unis, Wal-Mart, Pepsico, Coca-cola et 400 autres compagnies ont affirmé vouloir mettre fin à l'usage de HFCs dans les réfrigérants, une cause du réchauffement climatique. On veut aussi réduire les émissions de gaz non-carboniques responsables des changements climatiques, comme le méthane. Ces gaz contriburaient à 20% du problème d'ici 2050.

 Merci Hugo, Tes blog posts

 Merci Hugo, Tes blog posts sont vraiment intéressants. Il y aurait beaucoup à dire sur le dialogue de sourd entre la gauche et droite au sujet de l'environnement. Les deux côtés se campent souvent plus dans l'idéologie bornée que dans le pragmatisme. Je pense que tu réponds à une question posée dans ton post précédent toutefois. La droite libertarienne est alergique à tout ce qui s'appelle intervention étatique. Or, les externalités associées à la dégradation environnementale ne peuvent être résolue que par un certain interventionnisme, même lorsque c'est pour mettre en place des instruments de marché. Voilà pourquoi la protection de l'environnement agace autant ces idéologues. On en reparle au prochain souper chez Sylvie ! Bon séjour. Gab  

Liberté, environnement et la tragédie des communaux

Merci Gabriel, tu as visé juste à mon avis. Le problème de la droite libertarienne, c'est qu'elle n'a rien à dire sur des enjeux environnementaux s'apparentant à la tragédie des communaux : chaque individu agissant rationnellement, en bon maximisateur d'utilité marginale,  aura intérêt à surconsommer une ressource. L'ensemble des individus détruira le champ commun, menant tout le monde à sa perte. La question des changements climatiques en est un cas-type.

Un libertarien répondra qu'un marché libre confère un prix aux ressources, à toutes ressources, et que le jeu de l'offre et de la demande réglera la question. Si les gens veulent de l'air pur, ils payeront les pollueurs pour ne pas polluer. Ou ils protégeront leurs bouts de forêts tropicales.

Je n'y crois pas. Je n'ai rien contre le marché, dans la mesure où il sert les intérêts socio-économiques et environnementaux de la population. L'un est au service de la satisfaction des besoins des autres. De tous les autres.

Merci de ton commentaire !

Réchauffement et valeur à la bonne place

 Hugo Les ours polaires et moi savons pourquoi on t'aime, lâche pas. Amitiés