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Par la porte d’en arrière, s’il vous plaît!

Blog - Steven Guilbeault

Radio-Canada nous a révélé ces jours-ci que la compagnie Suncor, qui possède la raffinerie située dans l’est de Montréal, a commencé à acheminer par train du pétrole brut qu’elle reçoit de l’Ouest canadien vers la ville de Sorel-Tracy. De là, il sera exporté par bateau à l’extérieur du Canada à partir de septembre.

Sans la vigilance des journalistes de la société d’État ainsi que de citoyens avertis le long du trajet, il est probable que nous serions toujours dans le noir sur cette question qui soulève pourtant plusieurs enjeux.

Suncor refuse de dire d’où vient le pétrole exactement. La compagnie se contente de dire qu’il provient de l’Ouest canadien. On ne précise pas de quel type de pétrole il s’agit : pétrole conventionnel, pétrole de schiste (comme celui impliqué dans l’accident de Lac-Mégantic) ou encore pétrole lourd issu des sables bitumineux. Suncor refuse également de divulguer la destination finale de ses livraisons.

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve passablement indécent, après l’accident de Lac-Mégantic et les déversements de Kalamazoo ou de Mayflower, que les municipalités et le gouvernement du Québec acceptent encore que des compagnies, au nom du secret industriel, puissent garder secrètes les informations de ce type sur un produit dangereux.

Je me souviens d’un temps pas si lointain où les chambres de commerce, les compagnies de pipelines et les raffineries affirmaient haut et fort que l’approvisionnement en pétrole de l’Ouest était essentiel à la survie de l’industrie pétrochimique québécoise. Mais lorsque le pétrole de l’Ouest commence à arriver au Québec, que fait Suncor? Elle l’exporte! Belle cohérence!

Pourquoi les pétrolières, comme Suncor, sont-elles obsédées par l’idée d’exporter? C’est simple, parce qu’il y a beaucoup plus d’argent à faire dans les exportations. Comme il y a congestion dans les pipelines ici, le pétrole de l’Ouest se vend à des prix de 20 à 30$ plus bas le baril que le prix sur le marché mondial. Dès que les compagnies canadiennes pourront acheminer leur pétrole vers ce marché, on peut imaginer la hausse de leurs profits.

En somme, le Québec n’est qu’une voie de passage vers de plus grands profits pour elles.

Pour suivre la chronique La vie en vert de Steven Guilbeault dans le journal Métro.