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Pourquoi le commerce équitable est-il encore important

Directrice générale adjointe d'Équiterre
Blog - Isa St-Germain

Ce 1er mai s’ouvre le mois du commerce équitable. Tout un mois dédié à promouvoir la consommation responsable et la solidarité envers les producteurs du Sud! Impliquée dans cette filière depuis 18 ans, je peux mesurer tout le chemin parcouru pour sensibiliser les producteurs et les consommateurs au Nord aux réalités de travail et de vie de ceux qui récoltent pour nous tellement de denrées essentielles à nos sociétés. Malheureusement, rien n’est acquis.

COMMERCE ÉQUITABLE : RIEN D’ACQUIS

Malheureusement, rien n’est jamais acquis et on constate depuis quelques années une stagnation des ventes de produits équitables. Afin de continuer à stimuler l’intérêt des Québécois pour le commerce équitable, Équiterre a mené une étude en vue de dresser un portrait de la situation, en rencontrant notamment plusieurs des acteurs qui développent et font la promotion du commerce équitable, principalement sur la scène québécoise. Ce rapport présente l’analyse d’une revue de littérature et de ces entretiens, permettant de dégager les principaux impacts positifs sur les communautés productrices du Sud. On constate, avec ce type de commerce, une amélioration de la démocratie au sein des communautés, une augmentation des revenus et des services à la communauté. Considérant que ces communautés ont besoin de tout : eau potable, écoles, soins de santé, routes, formation technique et outils, souvent dans une contexte politique défavorable à leur émancipation, le commerce équitable ne peut seul, répondre à tous ces besoins.

Il faut donc être réalistes par rapport à nos attentes. Le commerce équitable reste un outil concret pour appuyer les producteurs au Sud. Il ne faut pas s’arrêter à l’achat; il faut le demander, l’exiger même, en parler, convaincre nos amis, nos proches. D’autres initiatives de commerce équitable se développeront, se transformeront et se multiplieront du Nord au Sud, prenant la place de ces trop nombreux échanges commerciaux irrespectueux de l’environnement et de la dignité des hommes et des femmes de ce monde.

Ma petite histoire du commerce équitable

En 1996, j’ai eu la chance de faire du bénévolat auprès de producteurs de café mexicain. J’y ai vu une persévérance hors normes, de l’entraide et de la solidarité, des gestes quotidiens répétés avec soin pour semer, arroser, cueillir, trier, mais j’y ai vu aussi beaucoup de pauvreté. Selon la FAO,, il y a un peu plus d'un milliard d'agriculteurs dans le monde et ceux-ci, brimés par les échanges commerciaux inéquitables, sont les plus pauvres de la planète,.Ceux-là même qui assurent nos besoins vitaux, comme se vêtir et manger, ne pourraient même pas vivre de leur travail acharné?

Pourquoi le producteur de café, qui s’échinait plus de 50 heures par semaine à récolter son précieux grain, recevait à peine 0,15 $/livre pour son labeur, alors que le coyote (le revendeur) en obtenait 3 fois plus et ainsi de suite, avant que cette même livre de café ne se retrouve sur les tablettes du supermarché à 15 $ la livre?

Il m’est apparu vital de contribuer à un meilleur partage des ressources, d’informer tout d’abord ces producteurs de la valeur de ce qu’ils cultivaient avec tant d’ardeur et de bonne foi. C’est en faisant des rencontres et des recherches que j’ai constaté que le commerce équitable existait. Le commerce équitable permet à des producteurs de recevoir un juste prix pour leur labeur. Ils obtiennent aussi une prime équitable leur permettant d’investir dans leur communauté. Ils se doivent de produire dans le respect de l’environnement et de s’organiser démocratiquement. Lorsque je suis revenue au Québec, j’ai décidé d’y contribuer activement.

Ma rencontre avec Laure Waridel et Beth Hunter, cofondatrices d’Équiterre, a été décisive. En 1998, j’ai été engagée chez Équiterre pour promouvoir le commerce équitable et ouvrir le marché pour ses agriculteurs, qui m’ont tant appris. Avec l’aide d’une publication de Laure, « Un juste café », une trousse éducative et quelques bénévoles engagés, nous avons amené des groupes d’étudiants, des comités de citoyens et le mouvement syndical à faire connaitre cette nouvelle alternative économique pour les producteurs. Un à un, nous avons convaincu les torréfacteurs et les importateurs d‘offrir des produits équitables. Pendant des années, nous avons mené des campagnes d’éducation très grassroots sur des produits phares : café, thé, sucre, chocolat, coton, qui ont été reprises par les médias.

DEs progrès palpables

La demande a explosé, ça a très bien fonctionné. Ce succès n’aurait pas été possible sans la volonté des consommateurs d’utiliser leur pouvoir d’achat pour choisir ces produits au quotidien. Forcément, ces campagnes d’éducation créent une pression sur le système et à la longue, les grands de l’industrie doivent s’y plier.  Au départ, les quelques adresses qui offraient des produits équitables à Montréal tenaient sur une carte d’affaires et à présent, on en a tout un répertoire, qui continue de se développer un peu partout au Québec! Aujourd’hui, nous retrouvons une panoplie de produits équitables (1) dans les supermarchés, les boutiques spécialisées et chez les fournisseurs. Plusieurs villes commencent même à être « certifiées équitables »

Il y a 20 ans, nous, consommateurs du Nord, ne connaissions pratiquement rien du commerce équitable. Aujourd’hui, c’est un mouvement mondial qui traverse les continents et continue de progresser. Plus de 1, 5 millions de producteurs vendent des dizaines de produits certifiés équitables à des prix justes. Les progrès sont palpables et les échanges justes entre les humains reprennent du galon.

J’aime par-dessus tout boire mon café acheté à juste prix et penser qu’un geste aussi simple, multiplié par des milliers de personnes, a un impact positif énorme sur la productrice ou le producteur qui m’offre ce plaisir.

Bon mois du commerce équitable!

(1) Café, thé, banane, fruits, sucre, cacao, épices, coton, fleurs, noix, etc )