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Projet Turcot : Montréal ne fait pas le poids

par : 
Hugo Séguin
Blog - Turco Nouveau

Le projet de réfection de l'échangeur Turcot illustre à quel point Montréal est un nain politique face au gouvernement du Québec. Quand une ministre, et pas particulièrement la plus forte, Julie Boulet, se permet de rejeter du revers de la main la proposition consensuelle des élus de la Métropole, au-delà des allégeances politiques, on ne peut en effet s'empêcher de constater que Montréal ne fait pas le poids lorsque vient le temps de déterminer la forme que devrait prendre son propre développement.

Il est vrai que le projet Turcot révèle d'abord et avant tout un conflit de vision. Pour le ministère des Transports du Québec (MTQ), il s'agit de pérenniser pour les prochaines décennies une infrastructure assurant la fluidité de la circulation autoroutière dans la région de Montréal, selon les paramètres du tout-à-l'auto en vogue dans les années 1960. Pour la Ville de Montréal, Turcot est l'occasion de repenser la trame urbaine de la Métropole à l'heure du développement durable. Comment se fait-il que dans un dossier aussi vital pour le développement de la Métropole, ce soit Québec qui décide pour Montréal? Comment se fait-il que c'est Québec qui passe sur le corps (politique) de Montréal?

D'abord, c'est Québec qui paye la note. Normal donc que Québec ait (plus que) son mot à dire. Québec doit aussi développer une vision du transport pour l'ensemble du territoire, et pas seulement pour la Métropole. Ensuite, Montréal a mal joué ses cartes en attendant à la dernière minute pour montrer les dents, dévoiler son propre projet et confronter le gouvernement du Québec. On a l'impression de revivre les scénarios du prolongement de la 25 et de la rue Notre-Dame : pendant que le MTQ bulldoze sa proposition, Montréal proteste timidement dans la plus grande indifférence à Québec et se permet un baroud d'honneur de dernière minute.

Mais la négligence de Montréal dans ce dossier n'explique pas pourquoi c'est Québec qui détermine, seul et contre la vision des élus municipaux, de grands morceaux du développement urbain dans la Métropole. L'air de la Vieille Capitale est-il plus sain qu'à Montréal? Peut-être peut-on y prendre de meilleures décisions?

Québec ne comprend pas ou n'accepte pas la vision exprimée par les élus montréalais, à savoir la réduction de la circulation autoroutière au profit d'une hausse d'achalandage des transports collectifs dans la région et d'une redynamisation du tissu urbain. Les critiques qu'Équiterre entend dans les officines gouvernementales à Québec sont réductrices et caricaturales : « on ne remplacera pas Turcot par des "speed bumps" », me disait encore un chef de cabinet récemment. Comme si Montréal proposait de transformer Turcot en axe de voirie secondaire avec une vitesse maximale de 30 km/h.

La vision présentée par Montréal - même tardivement - en est une résolument contemporaine. Elle a le mérite - très précieux - de rallier l'ensemble des partis politiques municipaux, ce qui n'est pas rien. Elle a également le mérite de réaliser un compromis entre besoins de déplacements d'un flux important d'automobiles et de camions et propositions plus radicales de transformations de Turcot en axe urbain à échelle plus humaine.

C'est la vision de Montréal qui doit primer.

Merci

Merci beaucoup

Premier commentaire...

J'ai vécu toute ma vie à Montréal (Nord, plus précisément). L'été, grâce au réseau de pistes cyclables, je fais régulièrement du vélo pour me rendre à divers points (travail, amis et autres). La STM améliore, petit à petit, capacité et confort (surtout autobus, le métro étant parfois surchargé). Par contre, le smog persiste. Particulièrement aux heures de pointe, l'air est lourd pour le cycliste en bordure de route. Un projet, tel que celui de la ville de Montréal, doit être appuyé. Je désire vivre dans une ville moins sclérosée de divers bouchons de circulation. Cela passe, nécessairement, par la réduction du nombre de véhicules dans la métropole. Je ne suis pas en guerre contre les citoyens des villes voisines qui travaillent à Montréal, ni contre les automobilistes. Néanmoins, je vis ici, moi. Ma qualité de vie demeure affectée par cette intense circulation. Je trouve inconcevable que le gouvernement provincial balaie, même s’il est présenté tardivement et qu’il semble plus coûteux, un projet qui répond mieux à certaines préoccupations : transport collectif ou la réduction de la circulation. Tout projet qui emprunte la voie d’un développement urbain plus sain pour la population locale mérite qu’on s’y attarde. Chère ministre Boulet, en disqualifiant le projet montréalais, en regardant vers les années 60, vous manquez l’opportunité de séduire avec un mot : l’avenir. Enfin, sur ce, j’espère tout de même que le smog sera moins présent cet été.

Merci pour ce premier commentaire!

Salut! Merci d'avoir pris le temps de nous faire part de votre point de vue. Il est bien vrai que le smog, la circulation, le bruit, les émissions de gaz à effet de serre s'intensifient, malgré les efforts d'amélioration des transports en commun. Un avenir plus sain passe résolument par des projets de transport urbain plus durables. Ce matin, on peut lire dans La Presse que la Ville de Montréal doit rencontrer la ministre Boulet. Le Maire Tremblay fait valoir que "L'important, ce n'est pas qui a raison, a conclu Gérald Tremblay. L'important, c'est de faire un projet du XXIe siècle qui est structurant, qui est vert et qui fait largement consensus à Montréal.» Reste à voir quel genre de projet respecte ces critères aux yeux du MTQ...

FYI

Pendant que j'y pense, j'aime beaucoup votre nouvelle structure de site. C'est pour le mieux. Et, je ne m'attendais pas à une réponse. Ça aussi, c'est pour le mieux.