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Quand pleure la Secrétaire générale

par : 
Hugo Séguin
Blog - Christiana Figueres

Dans une rencontre hier avec de jeunes représentants du mouvement TckTckTck, la Secrétaire générale de la Convention, Christiana Figueres, a « craqué ». Comme dans « exprimer un trop-plein d'émotion », pas comme dans « crise de nerfs ». La rencontre était filmée et on peut la voir en ligne.

Le prédécesseur de madame Figueres, le diplomate de carrière Yvo de Boer, avait aussi versé des larmes, sous la pression des critiques virulentes dont il était l'objet.

Je vous invite à regarder cette vidéo. On y apprend plein de choses, notamment sur certains éléments moins connus de ces conférences. Sur certains des grands enjeux. Et sur les attentes.

Et on se rend compte de l'extraordinaire pression qui s'exerce sur les négociateurs au cours de ce type de grandes négociations.

On pense trop souvent qu'on y trouve seulement des tablées de diplomates impassibles se lisant des textes pré-approuvés par leurs capitales respectives. On oublie le facteur humain.

Il faut se rendre compte de l'impact que crée sur des milliers de personnes de partout dans le monde le fait d'être enfermés pendant deux semaines dans de grands hangars surclimatisés, sans beaucoup dormir, en mangeant mal, et gras, et en travaillant comme des damnés soit à réaliser la quadrature du cercle, soit à défendre d'indéfendables positions nationales.

Pas étonnants que plusieurs craquent. Un peu, beaucoup. Pour des périodes plus ou moins longues. Des fois, on ramasse à la petite cuillère des collègues découverts prostrés au fond d'un corridor, on les recrinque et ils repartent négocier. D'autres fois, on les met sur le prochain avion, complètement brisés.

Les finales sont rarement sereines. À Montréal en 2005, la nuit du vendredi à samedi, on a eu droit à un véritable scénario hollywoodien, avec bons et méchants, situation désespérée et victoire à l'arrachée sous les hourras de la salle.

À Bali en 2006, le ministre canadien John Baird avait été hué en pleine plénière après une nuit entière à tenter de s'opposer au consensus autours de ce qui deviendra le Plan d'action de Bali.

À Copenhague, l'an dernier, la plénière finale s'est transformée en véritable bataille de taverne. Pas beau du tout.

Lors de sa rencontre avec les jeunes de TckTckTck, Christiana Figueres déclare :

« Honestly, there’s no perfect job here, okay? Nothing that we are going to do in Cancun is going to be perfect. Don’t expect perfection. Nothing is going to be highly ambitious. Nothing. Everything here is going to be one step, and everything is going to be insufficient. But it is the best that this group of people in these circumstances, with these political constraints, in this economic environment, can do for the time being.

And as soon as this finishes we have to start pushing for the next step. And so it goes. But each one of us that is here has the moral responsibility to do the absolute best that we can at that moment under those circumstances.

So what inspires me? It’s you. »

Un heureux mélange de lucidité et de détermination. Avec un appel à la mobilisation.

J'aime ça.

Prix soleil ce matin pour Christiana Figueres.