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Québec s'engage à réduire ses GES de 80%. Faut-il s'en réjouir ou être sceptique?

par : 
Sidney Ribaux
Blog - Sidney Ribaux

La semaine passée, lors du Sommet des Amériques sur le climat à Toronto, le premier ministre Couillard s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec entre 80 et 95% d’ici 2050. À mon avis, il s’agit de l’engagement le plus important jamais pris par le Québec sur la question du climat.

Pourtant, plusieurs sont sceptiques. Ils se demandent comment le premier ministre peut se fixer une cible aussi ambitieuse et, du même souffle, investir dans l’exploration pétrolière sur Anticosti ainsi que 500 millions de dollars pour élargir l’autoroute 19. De toute façon, se disent-ils, il ne sera plus premier ministre en 2050…

J’ai tendance à croire en la sincérité de monsieur Couillard sur ce point. Voici pourquoi :

La cohérence sera essentielle pour venir à bout des changements climatiques et atteindre la cible que le Québec s’est fixée pour 2050, mais la cohérence est l’exception en politique. La réalité est que les politiciens sont un reflet de leur société. Leurs actions sont donc limitées par la volonté des citoyens qui les ont élus. Pour l’instant, les Québécois veulent être des leaders sur le climat tout en continuant à conduire des VUS, des motoneiges et motomarines et à travailler dans des entreprises polluantes. Ils sont de plus en plus minoritaires mais encore très audibles.

Pour résumer : le simple fait que la cohérence ne soit pas au rendez-vous ne signifie pas que l’engagement n’est pas sincère et réel. L’engagement d’agir sur le climat n’est pas anéanti par l’autorisation de construire une nouvelle autoroute. Il est possible de faire avancer le Québec même si certains rament à contre courant, cela implique tout simplement que nous devrons ramer encore plus fort!

En 2003, le Parti Québécois avait engagé le Québec à réduire de 6 % ses émissions de GES d’ici 2012 et le parti Libéral a fait sien cet engagement et adopté un plan d’action de lutte aux changements climatiques en 2006. La cible a non-seulement été atteinte, mais dépassée. En 2009, Québec s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 20% en deçà des niveaux de 1990 d’ici 2020. Tout observateur sérieux vous dira que grâce à la « bourse sur le carbone » (ou SPEDE pour les initiés) mise en place par le Québec et la Californie (à laquelle se joindra bientôt l’Ontario), l’objectif de 2020 sera également atteint. La question qui demeure est la quantité de crédits que l’on devra acheter de la Californie pour atteindre notre cible.

Bref, lorsqu’on se dote d’une cible de réduction des GES, on a tendance à l’atteindre. Chose certaine : si on ne se fixe AUCUNE cible, on risque de ne rien faire!

Au final, Monsieur Couillard n’avait pas du tout besoin de prendre cet engagement. Il l’a fait volontairement. D’ailleurs, seulement 2 des 10 provinces ont signé cet engagement sur l’horizon 2050 et monsieur Harper a tout mis en œuvre pour éviter que le G7 (et donc le Canada) en fasse autant, préférant repousser l’échéance à 2100!

Monsieur Couillard a peut-être pris cet engagement pour des motivations politiques. Il veut sans doute que l’histoire le place du bon côté de cette bataille. Il veut que sa photo soit avec celles de Ban Ki Moon et d’Al Gore, plutôt qu’avec celles de George W. Bush et Stephen Harper… Mais je soupçonne qu’il l’a plutôt fait parce qu’il comprend l’importance du dossier du climat. C’est un homme de science et il y croit (contrairement à d’autres élus). Peut-être aussi parce qu’il est père de 3 enfants et beau-père de 2 autres et qu’en 2050, à 93 ans, il risque d’être aussi grand-père!

Peu importe ses motivations, l’important est que l’engagement ait été pris. Monsieur Couillard vient de donner aux groupes comme Équiterre l’un des outils les plus puissants pour combattre les projets polluants sur son territoire. Nous pourrons désormais poser cette question : ce projet va-t-il encore émettre des GES en 2050? Si la réponse est oui, il faudra le refuser.

Devons nous crier victoire? Pas du tout! Il nous faut encore un engagement ambitieux pour 2030. Il nous faut encore empêcher Anticosti, les gaz de schistes, Old Harry, l’autoroute 19 etc. Il faut surtout donner l’espace politique à monsieur Couillard et au prochain premier ministre du Canada pour non-seulement prendre ce type d’engagement, mais, en plus, pour en assurer la cohérence à travers l’appareil gouvernemental.

Pour suivre la chronique Maison du développement durable de Sidney Ribaux dans le journal Métro.

Une position privilégiée à utiliser ?

  1. Suite à cette annonce du PM et si j'en crois les commentaires des lecteurs, p. ex., du Journal de Québec, les opposants à de telles mesures sont en effet très audibles. On se plaint de devoir payer ($) presque sans se soucier que le réchauffement global va nous le faire payer (conséquences).
  2. D'un autre côté, je déplore la stratégie de « cible mobile » que le Monde a adoptée. Nous sommes passés d'un 1,5°C @ 80:20 des chances de réussites à un 2°C @ 80:20, puis à un 2°C @ 50:50. Vers 2011, le budget d'émissions permises était de 565 GtCO2e pour un 2°C @ 80:20. Compte tenu des émissions réelles des années 2011-2014 et prévisibles pour 2015, il y aurait nécessité d'atteindre zéro émission en 2025-2027.
  3. Finalement, la surprise et l'inquiétude m'étreignent lorsque je nous vois envisager de nouveaux projets d'exploration / exploitation de combustibles fossiles, alors que 80 % des réserves déjà connues devraient rester enfouies dans le sol.
  • Position privilégiée
    L'hydro-électricité nous confère une position privilégiée : celle de produire des sources d'énergie renouvelables comme le photovoltaïque (PV) sans hypothéquer une partie des avantages. Le PV demande beaucoup d'énergie à la production et aborder ce virage en le produisant à partir de centrales au charbon, au mazout ou au gaz naturel taxe lourdement ses bénéfices. D'autant plus que le ratio « énergie retournée sur énergie investie » (ERoEI) du PV est de l'ordre de 5 à 10 (voisin du ERoEI des sables bitumineux) et non pas de 50 à 200. Le Québec pourrait donc se positionner avantageusement comme producteur de PV (même si des régions plus ensoleillées conviennent mieux comme utilisateur). Ce n'est qu'un exemple, mais cela montre la direction de changements ayant un impact sur les formations techniques et l'emploi.
  • Ne pas « attendre »
    Contrairement à ce que craignent certains, le virage inévitable qui nous attend regorge d'opportunités. Mais l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, et il ne restera pas grands avantages pour le Québec si on s'y engage dans un avenir lointain -- après que tous les autres l'aient fait -- et à reculons. Fonçons, sapristi !