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Qui se lèvera pour défendre le climat?

Blog - Sidney Ribaux

Parfois, je m’ennuie de Jean Charest. Mes amis de la gauche et du mouvement étudiant n’aimeront peut-être pas le lire, mais le fait est que l’ex-ministre de l’Environnement fédéral, l’ex-chef du Parti conservateur et ex-premier ministre du Québec a défendu admirablement ce dossier. Par les temps qui courent, je me demande qui prendra sa place.

En 2005, alors que Paul Martin était premier ministre, je l’avais rencontré avec d’autres environnementalistes. Le gouvernement de Jean Chrétien avait signé le protocole de Kyoto et, après un très long et houleux débat, avait fini par le ratifier. Montréal allait ensuite recevoir, sous la présidence du ministre fédéral de l’Environnement Stéphane Dion, la conférence de l’ONU sur les changements climatiques. Le climat était devenu un dossier important, voire incontournable pour M. Martin et voilà pourquoi il nous rencontrait.

Je l’avais mis au défi de s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre (GES) des sables bitumineux. Il m’avait essentiellement répondu qu’il ne le ferait pas, qu’il ne mettrait pas ainsi en péril l’économie canadienne.

En revanche, son gouvernement avait investi des centaines de millions de dollars dans la recherche et la sensibilisation. Les scientifiques canadiens étaient bien financés. Vous vous souvenez du Défi une tonne? Il s’agissait d’une campagne encourageant les Canadiens à réduire d’une tonne leurs émissions de GES. Ainsi à l’époque, le gouvernement fédéral achetait de la publicité aux heures de grande écoute pour nous sensibiliser aux changements climatiques.

Au même moment, ce M. Martin subventionnait au coût de 1,5G $ par année le développement des sables bitumineux et faisait très peu pour en ralentir la cadence.

Un bilan mitigé, donc, pour les libéraux fédéraux.

Aujourd’hui, le gouvernement conservateur de M. Harper a coupé massivement dans le financement de l’éducation et de la recherche sur le climat. Pire, il dépense 40M$ par année en publicité pour faire la promotion du pétrole albertain au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Évidemment, la tradition libérale avec laquelle M. Harper n’a pas rompu est celle de subventionner les pétrolières au coût de 1,5G $ par année en 2013.

Soit dit en passant, rien n’indique pour l’instant que Justin Trudeau aurait une approche différente de celle de ses prédécesseurs à l’égard du pétrole. Sans doute que son approche quant au climat serait plus progressiste que celle des conservateurs, mais il devient de plus en plus difficile d’agir sur le climat sans agir sur les sables bitumineux. Les émissions de GES de ce secteur ont doublé entre 1990 et 2010 et l’on prévoit qu’elles doubleront à nouveau entre 2010 et 2020.

Bref, suffit de dire qu’il ne faut pas retenir son souffle en attendant une action significative du gouvernement fédéral à court terme.

Jean Charest et d’autres premiers ministres provinciaux l’avaient compris depuis longtemps. On pourrait dire que le legs politique du premier ministre Charest a été celui du positionnement du Québec sur le climat. Il a fait adopter la cible de réduction des GES la plus importante en Amérique du Nord. Il a pris la parole sur plusieurs tribunes internationales pour faire contrepoids à la position fédérale sur le sujet et il a fait entrer le Québec dans le premier marché du carbone réglementé avec la Californie. Qui plus est, son leadership sur cette question a sans doute contribué à façonner un consensus politique québécois sur le sujet: de Québec solidaire à la CAQ en passant par le Bloc québécois, tous se réclament, du moins sur papier, leaders du climat.

Le Parti québécois ne fait pas exception à cette règle. Les engagements du parti sur le climat (et le pétrole) sont ambitieux. Malheureusement, force est de constater aujourd’hui qu’outre la création d’un comité pour suivre la mise en place du plan d’action, très peu a été fait pour s’acquitter de leur principal engagement: réduire de 25% les GES d’ici 2020 à partir des niveaux de 1990.

La semaine passée, je témoignais devant la commission parlementaire à Québec qui étudiait le pipeline d’Enbridge. Quel cirque! Nous sommes devant une question complexe et technique et les députés n’avaient aucun expert pour les aider à décortiquer le projet et à se faire une tête. Ils posaient parfois des questions et faisaient des commentaires qui ne portaient même pas sur le pipeline! Évidemment, cette commission n’aura pas non plus servi à informer ou à consulter les simples citoyens des Laurentides, de Laval et de Montréal par où passera l’oléoduc; même s’ils avaient voulu se déplacer à Québec, ils n’y étaient pas invités!

En l’absence d’évaluation environnementale et de consultation populaire crédible du gouvernement fédéral, on se serait attendu à ce qu’un gouvernement souverainiste et une Assemblée nationale nationaliste remplissent le vide. Hélas, ce ne fut pas le cas.

Dans la situation actuelle, le Québec devient complice de la stratégie gouvernementale fédérale de développer sans cadre réglementaire crédible les sables bitumineux. L’augmentation des GES de ce secteur risque ainsi d’annuler les réductions que vise à faire le Québec.

Force est de constater qu’il existe un vide canadien et québécois sur la question du climat.

Qui se lèvera donc pour défendre le climat?