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Qui veut un char électrique ?

par : 
Hugo Séguin

Ma dernière voiture était une Toyota Corrodée 1990. Rouge vin. Le silencieux était défecteux et elle faisait un vacarme d'enfer à l'accélération. Nous sommes allés partout ensemble et elle ne m'a jamais lâchée. Je l'aimais beaucoup, comme on aime sa première voiture à soi. Elle a fini ses jours au Valhalla des chars, quelque part dans une cours à scrap en banlieue de Toronto, prise en charge vers son dernier repos par des Valkyries de l'organisme Car Angels qui met à la retraite les minounes inefficaces et polluantes (au Québec, c'est l'AQLPA qui gère le programme de mise à la ferraille).

À l'époque, il y a une dizaine d'années, je pensais la changer pour une Prius (Totota venait tout juste de sortir le premier modèle). Mais je me suis rendu compte que je pouvais m'en passer (j'habite au centre-ville, avec métro, autobus, bixi et commerce de proximité). Pour le reste, il y a communauto et des tonnes d'amis motorisés. Plusieurs centaines de milliers de Québécois peuvent se passer (et se passent) de voitures comme moi.

Alors, pour les autres, la voiture électrique ?

Le Forum URBA 2015 organisait la semaine dernière un colloque sur l'électrification des transports au Québec, en posant la question : l'électrification des transports : du mythe à la réalité, à quelle vitesse ? Un bon colloque, de type où on apprend des choses, bien organisé, où les gens et les conférenciers sont intéressés et intéressants et où on a le goût de rester plus longtemps que prévu.

Bien entendu, plusieurs sont là pour promouvoir leurs idées ou leurs technologies révolutionnaires (hybrides, hybrides-branchables ou tout électrique ? Autobus hybrides ou biberonnées, avec ou sans accumulateurs ? Monorail, pods individuels, tramways ou trains légers ? Vous voyez le portrait). Hydro-Québec est là, les sociétés de transport en commun, une foule d'élus municipaux, les grands équipementiers, des ONG et des chercheurs. Le consensus est facile à faire : le Québec est un grand producteur d'électricité peu émettrice de GES, on nage dans les surplus, électrifier 1 million de véhicules ne nécessiterait qu'une toute petite partie de la production d'HQ. Qu'est-ce qu'on attend ?

Je suis un des conférenciers au bloc de départ, avec Richard Gilbert, ancien président de la Fédération canadienne des municipalités, et Cécile Clément-Werny, directrice au CERTU de Lyon. Gilbert parle de la crise pétrolière mondiale, Clément-Werny des initiatives européennes en matière de transport et d'aménagement et je parle de la dépendance du Québec au pétrole et de l'importance de faire des liens entre l'aménagement du territoire, les modes de transports, l'efficacité des véhicules et la réduction des émissions de GES.

Une grande crainte chez Équiterre est de voir la voiture électrique présentée comme LA principale solution québécoise à la lutte aux changements climatiques et à la dépendance au pétrole dans le secteur des transports. Or, ça ne peut pas être le cas. La voiture électrique (ou l'électrification des transports collectifs et des flottes institutionnelles, comme les camions de livraisons, les taxis ou les véhicules de services et de fonction) n'est qu'une des solutions à mettre en place. Elle doit compléter d'autres mesures plus structurantes. En fait, notre « sound bite » media est « le but n'est pas de remplacer un embouteillage de voitures par un embouteillage de voitures électriques ». On a déjà fait mieux, mais celle-là est pas mal.

Il s'est ajouté 80 000 nouvelles voitures par année au parc automobile québécois depuis 2000. Aujourd'hui, on en est à plus de 4 millions de véhicules sur nos routes. À cette vitesse (+2,58% d'augmentation par année), en 2020, selon quelques savants calculs-maison, il y en aura 1,6 millions de plus, au net. C'est dire que pour compenser la hausse des émissions et de la consommation de pétrole de ces nouveaux véhicules (même s'ils seront plus efficaces, en raison des nouvelles normes nord-américaines), avant même de penser réduire de façon absolue, il faudra qu'il y ait plus de 1 million de voitures électriques (ou zéro-émission) roulant déjà sur nos routes d'ici 2020.

Ce que personne n'envisageage pour l'instant, en raison des délais de renouvellement du parc auto, de la technologie encore à parfaire pour les batteries et aussi en raison des coûts de production par unité. Au mieux, avec 250 000 voitures électriques (ou zéro-émission), on aurait à peine 5% du parc automobile québécois en tout électrique.

C'est pas beaucoup.

Pour nous, et nos amis de l'organisme Vivre en Ville, avec qui nous travaillons étroitement sur ces enjeux, le modèle dont il faut s'inspirer est celui développé par Dalkman et Brannigan (2007) et repris par pas mal d'intervenants, dont l'Union européenne, le modèle ASI pour AVOID, SHIFT, IMPROVE (Éviter, Transférer et Améliorer). Ce modèle force une réflexion intégrée autour de l'importance prioritaire de repenser l'aménagement du territoire (et mettre fin à l'étalement urbain) pour diminuer le nombre et la distance des transports motorisés, de même que de développer l'offre de transports collectifs et actifs. Par la suite, pour les véhicules qui rouleront toujours sur nos routes, améliorer la performance des véhicules et des carburants. C'est là que s'insérent les initiatives d'électrification.

Je vous parle de ça aujourd'hui parce qu'on s'attend à une annonce, très bientôt, sur la stratégie québécoise d'électrification des transports, par la ministre Julie Boulet.  Le gouvernement s'est donné de grands objectifs de réduction d'émissions de GES d'ici 2020. Il dit aussi vouloir diminuer notre dépendance au pétrole. Pour atteindre ces objectifs, il faudra que la ministre parle également de la réforme de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (LAU), de la fin de l'étalement urbain et de la poursuite du développement de l'offre de transport collectif. Alors là on verra que le gouvernement du Québec a développé une vision intégrée des enjeux. Sinon, on reste avec une vision en silo.

Densifier les villes et les banlieues, rapprocher les fonctions, développer l'offre de transports collectifs et actifs et améliorer la performance des véhicules. Il y a dans cette vision des morceaux applicables partout au Québec, pas seulement en ville. Le gouvernement du Québec doit aider et mieux encadrer (et ne pas nuire, comme dans le cas du projet de réfection de l'échangeur Turcot), mais les idées doivent être nombreuses, générées localement, en fonction des contextes particuliers.

Et là où ce sera impossible de faire quoique ce soit d'autre, il y aura toujours... la voiture électrique. 

Pour ceux et celles que ça intéresse, vous pouvez jeter un coup d'oeil à mon texte de présentation ci-joint.

Bonne journée tout le monde !

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Le char électrique au Québec

Je voudrais partage avec vous le sujet du char électrque au Québec. Vous pouvez accéder¸a mon blog pour plus de détail.: www.energiefutureblog.com http://energiefutureblog.com/2011/10/16/le-char-electrique-au-quebec/#more-541    

Char électrique, l'alternative en situation d'étalement urbain

L’amélioration et le développement de l’auto électrique n’aiderait à réduire mes émissions de GES, j’habite la banlieue de St-Jérôme et y travaille avec horaire permettant pas le co-voiturage. On vient de perdre ici la fabrication des voitures ZENN. Si le gouvernement mettait des efforts pour la fabrication de voitures électriques ici, notre économique irait mieux. Ou,i on est chef de file à plusieurs niveaux concernant l’électricité mais dans le domaine de la fabrication, on est seulement pas présents, c’est navrant. Si l’âge pour conduire un véhicule augmenterait à 18 ans, le nombre de véhicules sur nos routes diminuerait de beaucoup et moins de jeunes y perdraient la vie! Cela serait surprenant qu’une telle règlementation soit mise de l’avant. Je la trouve pourtant très souhaitable. Nos jeunes, souvent, dès qu’ils possèdent un véhicule, sont de plus en plus enclins à la consommation de biens et à bouder les études. Socialement et écologiquement ça entraîne beaucoup d’impact négatif. Moins de 18 ans = scooter seulement!

Pas bête

Je suis native de Sherbrooke, et j'avoue très honnêtement qu'à 16 ans, je mourrais d'envie d'avoir mon permis, pour éviter de quémander des lifts à mes parents, mais simplement... leur char! J'avoue par contre que cette idée est à considérer. Il y a tellement de familles de 4 qui ont 4 chars dans la cour! À considérer, en tous cas. Merci !