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Relève universitaire à Cancun

par : 
Hugo Séguin
Blog - Université de Sherbrooke

Un des plus beaux cadeaux qu'on m'ait fait depuis longtemps, c'est de m'offrir une charge de cours à l'Université de Sherbrooke.

Des mauvaises langues diront que cela démontre que cette université prend vraiment n'importe qui pour enseigner à ses étudiants.

Je ne peux pas vraiment leur donner tort, mais ça me fait plaisir quand même.

L'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke cherche à donner à ses étudiants une formation pratique des enjeux avec lesquels ils devront jongler une fois sur le marché du travail. À la session d'hiver 2010, on m'a demandé de donner un cours sur les enjeux environnementaux internationaux. Comme je traîne dans les négociations climatiques internationales depuis 2004, ils ont dû penser que j'en avais compris des bouts.

J'ai adoré l'expérience, même si cela signifiait prendre le bus de 6h00 de Montréal à Sherbrooke pour aller donner mon cours. Et même si je travaillais toujours à temps plein chez Équiterre comme coordonnateur aux choix collectifs.

Pour la session d'automne, une dynamo de collègue à moi, Annie Chaloux, m'a proposé de monter avec elle un cours « terrain » sur les enjeux climatiques. L'idée était d'amener des étudiants aux négociations climatiques internationales, dans le cadre d'un projet de recherche universitaire, appliqué à de l'observation in situ.

Entousiasme immédiat de la part de l'École, qui nous ouvre les portes et favorise le projet. Un cours est offert aux étudiants. On en retient 8, on leur suggère des thématiques de recherche, ils sont pairés à des organisations québécoises qui profiteront des travaux des étudiants qu'ils parrainent.

Une fructueuse campagne de levée de fonds permet de financer une bonne partie du tout - merci à Cascades, à l'Université, à l'OQAJ, au ministère des Affaires internationales et à celui du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, aux parents et amis qui ont participé à l'une ou l'autre des activités de financement organisées par les étudiants.

Et nous voilà ici. Voici donc les étudiants et leurs thématiques :

Vincent Talbot et Daniela Levasseur - Le rôle des jeunes dans le processus onusien

Le processus onusien fait depuis longtemps une large place à la participation de la société civile, vue d'une façon très large : gens d'affaires et industriels, connus ici sous le nom de BINGO, pour Business and Industry Non Governmental Organizations; les scientifiques - les RINGOs (Research and Independent..); les écolos - les ENGOs (Environmental... ); les premières nations (IPO). Et depuis la conférence de Poznan en 2008, les YOUNGO (pour Youth). Le projet consiste à étudier l'historique de la reconnaissance officielle des jeunes comme observateurs officiels du processus et d'évaluer leur influence. Les étudiants sont parrainés par l'organisation québécoise ENvironnement JEUnesse (ENJEU).

Isabelle Gobeil et Marie-Hélène Rousseau - Revendications altermondialistes et changements climatiques

Parrainées par Équiterre, Isabelle et Marie-Hélène étudient les revendications altermondialistes en lien avec les négociations internationales. La présence altermondialiste se fait de plus en plus sentir en marge des conférences internationales. Mieux comprendre cette dynamique, surtout depuis le Klimaforum09 tenu à Copenhague l'an dernier et la grande conférence de Cochabamba au printemps dernier, devient de plus en plus important. La mouvance altermondialiste peut-elle aider au déblocage de ces négociations? Isabelle et Marie-Hélène suivront ici à Cancun les différents sommets parallèles se tenant en marge des négociations.

Pierre Grégoire et Julien Chamberland - Le rôle des États fédérés dans les négociations : le cas du Québec

Parrainés par le Centre Québécois du Droit de l'Envrionnement (CQDE), Julien et Pierre suivent à la trace les efforts diplomatiques du Québec en vue de faire reconnaître le rôle que peuvent jouer les États fédérés dans la lutte aux changements climatiques. Ils analysent les nombreuses coalitions desquelles le Québec fait partie et ils auront la chance d'assister aux activités des États fédérés qui se tiendront la semaine prochaine, dont le Sommet des leaders, organisé par The Climate Group.

Myriam Poliquin et Simon C. Roy - La place des enjeux de transports et d'aménagement dans le cadre des négociations

L'aménagement du territoire et les transports sont à la base d'une forte croissance des émissions de gaz à effet de serre, ici même au Québec, mais aussi dans les grandes économies émergentes. Pourtant, peu de négociateurs s'en préoccupent - on parle bien davantage de production d'énergie, d'agriculture et de forêts, et ce dossier fait encore aujourd'hui figure de parent pauvre de ces négociations. Myriam et Simon suivront les efforts de coalitions de villes, d'entreprises, de groupes de recherche et d'organisations internationales cherchant à faire reconnaître l'importance de l'aménagement du territoire et des transports dans le cadre des efforts mondiaux de lutte au réchauffement climatique. Ils sont parrainés par l'organisation Vivre en Ville.

Pour votre gouverne : ces quatre sujets ont été choisis justement parce qu'ils font encore l'objet de très peu de recherche et s'avèrent donc encore très méconnus. Les étudiants effectuent ainsi de la recherche de pointe présentant un intérêt académique certain. Une recherche transférée directement au marché du travail par l'entremise des organisations parraines.

Et ça me change tellement de mes présences antérieures à ces négos! Des fois la vie nous offrent de beaux cadeaux :-)

Vive les "n'importe qui" alors!

"Des mauvaises langues diront que cela démontre que cette université prend vraiment n'importe qui pour enseigner à ses étudiants." Éh bien Hugo, si on doit vraiment te considérer comme "n'importe qui", je me contenterais certainement de n'avoir que des "n'importe qui" comme toi pour enseignants jusqu'à la fin de ma carrière d'étudiant, j'en serais comblé. Je considère comme une grande chance de t'avoir eu comme enseignant à l'hiver dernier - ç'aura été un cours des plus formateurs et des plus passionnants - et je nourris une relativement saine jalousie à l'égard du groupe d'étudiants qui t'accompagne à Cancun actuellement. Enfin, si je peux un jour devenir un n'importe qui comme toi, j'aurai certainement de quoi être extrêmement fier. Plus encore, si tout le monde était des n'importe qui comme toi, maudit que la Terre tournerait bien!   

Relève

 Mon cher Hugo A contrario de ton raisonnement, je trouve que l'université de Sherbrooke devrait justement être imitée en offrant plus souvent aux gens de terrains de partager et d'instruire les étudiants. La formation universitaire a comme finalité de permettre à ses clients (je crois que c'est le nouveau mot utilisé dans les officines du pouvoir) d'intégrer le marché du travail avec une formation qui soit le moins en décalage possible avec la réalité de leur futur employeur. Tu es un bel exemple de réussite et un produit fort réussi de l'instruction publique sans pour autant être bardé de titres universitaires. En plus de tes diplômes universitaire, tu as un diplôme de terrain extrêmement étoffé et pertinent pour l'enseignement. Je rappellerais simplement a tes lecteurs que ton sens de la négociation a permis de sauver la conférence de Montréal sur les enjeux climatiques en ramenant les États-Unis à la table. Monsieur Dion, tout universitaire bardé de diplôme qu'il est, n'arrivait pas à le faire. Il t'en remercia une fois publiquement à chaud et après oublia ton nom, sûrement sur les conseils des stratèges en communication de son parti. Je rêve qu'un jour tu sois enfermé 24h avec Stephen pour lui faire comprendre qu'un des enjeux du réchauffement planétaire, c'est la désertification de sa province l’Alberta. Moi, comme québécois lucide et égoiste, je m'en fous, car au Québec cela donne comme chante Charlebois 'Cartier, Cartier si t'avais navigué, à l’envers de l'hiver, on aurait des palmiers sur l'avenue des Pins,'  et justement ils arrivent. Bonne conférence et défend en priorité ces millions de personnes qui vont tout perdrent avec l'élévation du niveau des eaux des Maldives au Bengladesch, même s'ils ont la peau trop foncée pour notre diplomatie. Aux plaisirs d'une prochaine rencontre Didier  

Bonjour Didier, pas certain

Bonjour Didier, pas certain d'avoir « sauvé » la conférence de Montréal, mais on a eu beaucoup de plaisir à essayer de faire tout notre possible. Au final, dans le crunch, après une longue suite de contributions de partout, c'est Stéphane Dion qui aura eu le mérite au  moins de ne pas laisser la victoire lui échapper, sinon de l'avoir carrément obtenue à l'arraché. Question de point de vue... !