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Qu'attend Québec pour interdire les pesticides qui tuent les abeilles?

36 000 citoyens demandent au gouvernement du Québec d'interdire les pesticides néonicotinoïdes dès maintenant

Montréal, 17 juin 2015– Équiterre et la Fondation David Suzuki ont remis aujourd'hui au bureau du ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, 36 000 lettres de citoyennes et citoyens lui demandant d'interdire la vente et l’usage des pesticides néonicotinoïdes (néonics). Dans la foulée de l’adoption par le gouvernement ontarien d’un règlement visant à réduire de 80 % l’utilisation de pesticides néonics sur les superficies cultivées avec des semences de maïs et de soja traitées d’ici 2017, les groupes environnementaux réclament de Québec une action pour également restreindre l’usage de ces pesticides dangereux pour l’environnement et potentiellement pour la santé humaine sur notre territoire.

« La preuve n’est plus à faire quant à l’impact négatif des néonics sur la santé des abeilles. Or, 70 % de nos cultures et 35 % de notre production alimentaire dépendent du travail de pollinisation d’insectes comme les abeilles, c‘est très inquiétant », explique Madeleine Chagnon, professeure associée au département des sciences biologiques à l’Université du Québec à Montréal, et co-auteure de la plus grande revue de littérature scientifique sur l’impact des pesticides néonics sur l’environnement publiée récemment par le Task Force on Systemic Pesticides, un groupe international réunissant 50 chercheurs indépendants.

« Des cas d’intoxication aux néonics ont été détectés dans mes ruchers au cours de la période des semis en 2014. Cette situation me préoccupe et des actions doivent être posées rapidement pour contrer ces pertes », affirme Alexandre Gardner, de Miel Gardner situé à St-Norbert-d'Arthabaska.

L’approche volontaire insuffisante

Depuis près de deux ans, le gouvernement du Québec a opté pour une approche volontaire dans ce dossier, en invitant le milieu agricole à utiliser de façon raisonnée les semences traitées aux néonics et les marchands de semences du Québec à augmenter l’offre de semences non traitées avec ces pesticides. Toutefois, « réussir à obtenir des semences non traitées aux néonics est très difficile », explique Heidi Asnong, productrice agricole de grandes cultures conventionnelles (maïs et soya) en Montérégie, qui a fait le choix de ne pas semer de grains traités aux néonics. « Il fallait que je sois très convaincue pour y parvenir », conclut-elle.

« Force est de constater que les mesures volontaires proposées par le gouvernement du Québec depuis près de deux ans sont nettement insuffisantes : une approche règlementaire s’impose. L’Europe et l’Ontario l’ont compris : qu’attendons-nous au Québec pour agir? », déclare Sidney Ribaux, directeur général d'Équiterre.

Les abeilles et les autres organismes non ciblés pourraient ne pas être les seules victimes. L’exposition aux néonics par le biais des aliments et de l’eau soulève des préoccupations en matière de santé publique et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère que certaines néonics peuvent aussi avoir une incidence sur le développement du système nerveux humain.

Selon une analyse interne effectuée par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire et divulguée accidentellement, l’usage des néonics sur les semences apporte très peu au rendement canadien de maïs et de soya – 3,6 % dans le cas de maïs et 0,4 % dans le cas de soya. « Face à ces effets néfastes sur la santé de notre environnement, l’usage répandu de ces pesticides toxiques ne se justifie pas, surtout étant donné leur valeur limitée dans la production agricole », renchérit Lisa Gue, chercheure et analyste à la Fondation David Suzuki.

Utilisés depuis à peine une dizaine d’années, les néonics sont devenus la classe d’insecticides la plus utilisée dans le monde, occupant 40 % du marché des insecticides. Au Québec, la quasi-totalité des semences de maïs-grain et entre 35 et 50 % des semences de soya sont enrobées de néonics ce qui représente environ 550 000 hectares de cultures chaque année.

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Pour plus de renseignements :

Nadine Bachand, chargée de projet, choix collectifs, agriculture et pesticides, Équiterre
Tél. 514 213-3287 / nbachand@equiterre.org

Lisa Gue, chercheure et analyste, Fondation David Suzuki
Tél. 613-914-0747 / lgue@davidsuzuki.org