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Commerce équitable

L'artisanat

À la découverte de l'artisanat équitable

Table des matières

photo: (CECI)

De l’artisanat à l’industrialisation

La notion d’artisanat fait référence à des réalités différentes selon les pays et les professions. Le terme artisanat renvoie à des activités très anciennes, consacrées à la fabrication manuelle d'objets usuels, culturels et décoratifs. Chez les artisans du Sud, le savoir-faire est encore aujourd'hui transmis de génération en génération. L'artisanat a l'avantage d'être flexible comparativement à d'autres activités de production. Le travail peut être réalisé à la maison, dans des moments qui ne sont pas utilisés pour le travail des champs ou pour les activités domestiques. Cette activité a aussi l'avantage de ne pas être trop dépendante des conditions météorologiques et des ressources naturelles.

Sauf dans les endroits où le tourisme international a suscité la production d’objets d’artisanat destinés à l’exportation, il existe peu de débouchés pour la commercialisation des produits des artisans. Ainsi, les vêtements, jouets et autres objets culturels et décoratifs que nous retrouvons dans nos magasins proviennent principalement de l’industrie. La production industrielle se distingue du travail de l’artisan puisqu’elle reproduit des pièces en série, qu’elle cherche à produire aux coûts les plus faibles.

Dans certains cas, des multinationales contrôlent les différentes étapes de production du début à la fin. Celles-ci assument principalement les activités de gestion alors que les étapes de la production peuvent être sous-traitées par des intermédiaires principalement d’Asie, d’Amérique du Sud et de l’Europe de l’Est. Cette tendance à la délocalisation et à la sous-traitance a évolué rapidement depuis le début des années 80. Au Mexique, par exemple, le nombre de travailleurs employés dans l’industrie de la sous-traitance se chiffrait à 583 044 en 1994, ce qui signifie une augmentation de 387% depuis 1980.(1) Les employés de complexes industriels, les travailleurs d’atelier, les membres de groupes associatifs féminins et les travailleuses à domicile constituent la nouvelle force de travail des zones de sous-traitance. Le tribunal permanent des peuples qualifie la situation en ces termes : «Le fossé grandissant entre la société mère et les travailleurs concernés augmente l’anonymat des relations de travail. Le manque de proximité accentue le manque de responsabilité. On assiste à un transfert des responsabilités vers les intermédiaires. La gestion est contrôlée de loin, ce qui permet la surexploitation de la main-d’œuvre. La porte est ainsi ouverte au dumping social, qui tire profit des inégalités à l’échelle mondiale.(2)» Voici quelques faits sur la situation qui règne dans l’industrie du textile et du vêtement, dans celle du cuir et dans celle du jouet.

L'industrie du textile et du vêtement

Les vêtements et textiles que nous trouvons dans nos boutiques proviennent souvent de l'extérieur du Canada. Dans plusieurs cas, peu de normes sociales et environnementales régissent la production des matières premières et la transformation des textiles.

Exemple d'une matière première: le cas du coton
(3) Le coton est une matière première couramment utilisée dans l'industrie du vêtement. Au niveau mondial, la culture du coton est une activité agricole très importante. Elle occupe 5% des surfaces cultivables de la terre. Dans des pays où la population est souvent sous-alimentée, des terres fertiles sont consacrées à la culture du coton. La culture industrielle du coton non seulement utilise des pesticides parmi les plus toxiques, mais elle le fait en quantité faramineuse. La culture du coton emploie le quart des pesticides employés à l'échelle de la planète. Ces pesticides causent des millions d’empoisonnements chaque année. De plus, aux États-Unis, plus de la moitié du coton cultivé est modifié génétiquement. L'étape de la teinture du coton, effectuée à l’aide de toxines synthétiques, est responsable d'une très grande contamination de l'air, du sol et de l'eau. La transformation du coton a entraîné la pollution de régions entières.

Des activités de transformation: le tissage et la confection de vêtements
Plusieurs activités industrielles, comme celle du textile, prennent place au sein des maquilas, caractérisées par la sous-traitance et l’exploitation intensive de la force de travail. Au Guatemala, où seulement 3% de la population active est syndiquée, les maquilas sont présentes depuis 1970, mais ce n’est que depuis 1986 que leur nombre s'est fortement accru. Des marques très connues y font affaire, telles Fruit of the Loom, Guess, J.C. Penney, K-Mart, Lee, Levi’s Strauss, Nike, Sears, etc. Selon les statistiques, les ouvriers des maquilas gagnent en moyenne 90$ US par mois, ce qui permet d'assumer la moitié des besoins essentiels d'une famille de cinq personnes (4).

Pour plusieurs pays, le secteur du textile représente une industrie importante. Au Salvador, par exemple, cette branche d'activité représente 81% des emplois dans les maquilas. En 1994, les femmes y représentaient environ 78% des travailleurs (5). Les conditions de travail des femmes, bien qu'elles diffèrent selon les milieux de travail, se caractérisent généralement par le non-respect de leurs droits. Une étude menée à ce sujet par l'École de travail social de la Universidad de Costa Rica a révélé plusieurs violations des droits humains au sein des maquilas du pays. L'étude a été effectuée auprès d’un groupe d'ouvrières travaillant dans la production de vêtements, de souliers, de bijoux, d'articles de cuir et d'électronique. Elle a révélé nombre de cas d'atteintes à l'intégrité physique, d'atteinte aux libertés personnelles et de discriminations sociales.

Voici quelques réalités (6):

  • Les femmes font face à l'insécurité au travail, caractérisée par «l'absence de mesures de sécurité et de protection et par des conditions de travail qui mettent la santé et la vie des travailleuses en danger (aération inadéquate, températures excessives, installations sanitaires insuffisantes, manque d'eau, équipement de travail peu sûr et détérioré), la violation de la protection spéciale des femmes enceintes et des jeunes mères, mettant en péril leur santé et leur vie»;
  • Des mesures de sûreté et de surveillance peuvent mettre en danger la sécurité des femmes telles que la fermeture de portes, l'interdiction de sortir ou d'entrer même en cas de pluie;
  • Des mesures pour contrer les associations et les syndicats sont présentes, comme des listes noires ou des licenciements;
  • Il y a discrimination faite aux femmes à l'égard de l'accès aux soins de santé, des programmes de sécurité sociale et des conditions salariales.

L'industrie du cuir

(7) Les produits du cuir, entre autres les chaussures ou les sacs à main, constituent une grande part des exportations de plusieurs pays du Sud. Bien qu'il s'agisse d'une source importante de revenus pour ces pays, la production de cuir hypothèque considérablement l'environnement. Dans les pays occidentaux, puisque les normes environnementales se font de plus en plus sévères, le nombre de tanneries diminue. De plus en plus, les entreprises européennes, américaines et canadiennes font effectuer le tannage du cuir dans les pays du Sud ou de l'Est, où les lois environnementales sont moins strictes.

Des produits chimiques comme le zinc, l'arsenic, le cadmium et le chrome sont utilisés pour le tanage du cuir. L'utilisation du chrome augmente la productivité puisque ce produit nécessite un temps de tannage de seulement deux jours. Toutefois, le chrome constitue un produit extrêmement polluant. Pour tanner un kilo de cuir, un minimum de 35 litres d'eau sont nécessaires. Celle-ci est rejetée dans les cours d'eau avoisinants. Puisque la population utilise aussi l'eau des ruisseaux et des rivières pour ses activités quotidiennes, de nombreuses maladies apparaissent. Dans le sud de l'Inde, par exemple, une région de 35 000 hectares a été contaminée, détruisant des récoltes et affectant la santé de la population locale.

L'industrie du jouet

(8) Au cours des années 90, deux événements tragiques surviennent dans des entreprises produisant des poupées en peluche, des briques Lego et d'autres jouets de plastique. Le premier événement advient le 10 mai 1993, alors qu'un incendie frappe l'usine de jouets thaïlandaise Kader. 171 jeunes ouvrières y laissent leur vie, 181 personnes sont blessées et 92 enfants deviennent orphelins de père ou de mère. Quelques mois plus tard, cette fois en Chine, un incendie semblable rase une autre usine de jouets, la Zhili Toy Factory. Nouveau bilan: 89 morts et plusieurs dizaines de blessés.

Ces événements tragiques ont permis, pour la première fois, de mettre en lumière les conditions de travail qui prévalent dans des entreprises industrielles de jouets. Dans le cas de l'incendie de l'usine Kader, l'enquête a démontré que l'incendie aurait pu être évité, ou sinon plus rapidement maîtrisé, si des conditions de sécurité minimales avaient été respectées. Bien que l'entreprise ait été consciente des propriétés très inflammables des mousses, acryliques et tissus utilisés pour confectioner les poupées en peluche, dont des «Bart Simpson», aucune mesure n'avait été prise pour éviter de tels accidents. «Les fautes relevées par les enquêteurs après la catastrophe incluent: construction non conforme aux plans soumis à autorisation, utilisation de bâtiments non homologués, absence des sorties de secours requises par la loi, absence de signal d'alarme adéquat, absence de procédures d'évacuation, etc.» (9)

photo: Ecole province Frantz - Escuela Medallani, Bolivie (CECI)

Les enfants au travail: une réalité dans plusieurs industries
On retrouve des enfants travailleurs dans plusieurs secteurs industriels. Ceux-ci effectuent une très grande variété de tâches. L’Unicef rapporte qu’au Honduras, par exemple, des jeunes filles de 12 à 13 ans ont travaillé dans une usine, propriété d’une société transnationale basée aux Etats-Unis. «Elles étaient enfermées dans une usine textile où elles travaillaient de longues heures, pour des salaires pitoyables, sans eau potable, dans une termpérature de près de 40 degrés Celsius.» (10) Les maladies professionnelles et les accidents qui frappent les enfants travailleurs sont fréquents. «Des enfants innombrables sont employés dans les usines et ateliers surchauffés où l'on coud des chemises, taille des pantalons, tisse des tapis, polit des pierres précieuses, où l'on file le verre en fusion, où l'on fabrique allumettes et pétards qui parfois explosent dans les yeux des petits travailleurs.» (11)

Choisir une production artisanale humaine et écologique

Lorsque nous offrons des jouets, des vêtements ou d’autres produits aux personnes que nous apprécions, nous n'avons pas toujours conscience qu'ils peuvent être le fruit du labeur d'enfants travailleurs, de femmes ou d'hommes bénéficiant de peu, sinon d'aucune protection sociale. Nos choix de consommation ont un impact direct dans la vie des communautés du Sud et sur l’environnement. Heureusement, nous pouvons encourager un autre modèle de commerce, basé sur la justice sociale et le respect de l’environnement. Le commerce équitable de l’artisanat constitue une alternative au commerce conventionnel et aux conditions de travail qui prévalent au niveau de l’industrie. L’artisanat équitable valorise la création et respecte la culture locale. «Les produits d'artisanat donnent non seulement «un visage» aux producteurs du Sud, mais illustrent également le message du commerce équitable lui-même. Les objets d'artisanat ne sont pas des produits de masse offerts dans un emballage occidental: ils nous transmettent de l'information sur leur pays d'origine, sur les populations et leurs coutumes.» (12)

Des jouets, des vêtements et des produits du cuir, comme une panoplie d'autres articles, sont commercialisés équitablement. Les organisations de commerce équitable (OCE), qui entretiennent une relation commerciale avec les groupes d’artisans, respectent leurs droits et leur dignité. Sur le plan environnemental, les OCE appuient certaines coopératives par des formations techniques ou par des prêts qui serviront à rendre plus écologiques les pratiques de production. Par exemple, l’Association artisane de Bolivie ASARBOLSEM valorise l’utilisation de teintures végétales pour teindre la laine d’alpaga.

Les partenaires impliqués dans la production sont souvent des groupes marginalisés et pauvres. Les OCE membres de l’European Fair Trade Association (EFTA) comptent plus de 400 partenaires commerciaux du Sud, ceux-ci pouvant regrouper plusieurs associations d'artisans. Qu’ils soient d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et du Sud, des Caraïbes ou du Proche-Orient, le commerce équitable permet à ces groupes d’artisans de vivre dignement et d’avoir accès à des marchés et à des échanges justes.

Sources
(1) Centre Tricontinental, La sous-traitance en périphérie, pratique économique et rapport social d'exploitation, L'Harmattan, 1999, page 8.
(2) Tribunal Permanent des Peuples, Session sur les droits des travailleurs et des consommateurs dans l’industrie de l’habillement. Dans Centre Tricontinental, op. cit., pages 147-148
(3) RANSOM, David, The No-Nonsense guide to Fair Trade, New Internationalist Publications Ltd, 2001, page 101.
(4) VALENCIA, Walter, La sous-traitance au Guatemala, publié par OXFAM Magasin du Monde en Belgique, en 1998. Dans Centre Tricontinental, op. cit., page 84-85.
(5) EQUIZABAL H. et GOCHEZ R., La maquila au sein de l'économie salvadorienne. Dans Centre Tricontinental, op. cit., page 75.
(6) GUZMAN STEIN, Laura, L'influence de la mondialisation sur les droits humains des travailleuses de la maquila: le cas de l'Amérique centrale (Extrait de la Revista centroamericana de economia. No 46-48 (Mai-déc. 1996). Dans Centre Tricontinental, op. cit., pages 47-50.
(7) Pour le respect des Droits de l'Homme au travail! Brochure réalisée par Artisans du Monde
(8) WERLY, Richard, Dans les soutes du «miracle asiatique», STOCK, 1998.
(9) Cf. Lives and Families of the Workers after Kader's Tragedy, Dans WERLY, Richard, op. cit. page 135.
(10) Témoignage d’une ouvrière du Honduras au US Congressional Committee, cité dans: Horbert, Bob, Leslie Fay’s Logic, The New York Times, 19 June 1994. Dans UNICEF, La situation des enfants dans le monde : http://www.unicef.org/french/sowc97/sowc97f3.pdf.
(11) MONESTIER, Martin, Les enfants esclaves, 1998, page 172.
(12) European Fair Trade Association, Mémento du Commerce Équitable - Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003., page 176.

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Cette page Internet a été réalisée par Équiterre, en collaboration avec MondÉquitable, le CECI, Oxfam-Québec, TransFair Canada, la Fondation Jules et Paul-Émile Léger, le fonds pour l’éducation et l’engagement du public à la solidarité internationale du MRI-AQOCI et le programme d’information sur le développement (PID) de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Recherche et rédaction: Karine Filiatrault, Caroline Marcel et Françoise Selly
Validation: Isabelle St-Germain et Robert Gignac
Graphisme: Sébastien-Philippe Fortin

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