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Commerce équitable

Le cacao

Le commerce conventionnel du cacao

Table des matières

De breuvage sacré à exportation de masse

(i) Utilisé depuis plus de 2600 ans comme boisson et plante médicinale, le cacaoyer est originaire de l'Amérique latine. Les Mayas et les Aztèques considéraient le fruit du cacaoyer comme un présent des dieux. Chez les Mayas, dont l’étendue de l’empire correspondrait actuellement au sud du Mexique et au Guatemala, les prêtres préparaient à partir des fèves de cacao un breuvage épicé et froid, évoquant fertilité et prospérité. Les fèves de cacao étaient si valorisées par ces anciens peuples autochtones qu’elles étaient également reconnues et employées comme monnaie d’échange.

C'est lors de l’arrivée des conquistadores au Mexique, au début du 16 siècle, que les Européens découvrirent le cacao. Contrairement à l’or des Aztèques, le cacao n’attira pas immédiatement la convoitise des Européens. Il fallut réduire l'amertume du breuvage de cacao et y ajouter du sucre pour que l'élite européenne l’apprécie. Pour fournir en cacao sa classe aristocrate, l'empire espagnol implanta sa culture au Mexique, au Guatemala, en Équateur et au Venezuela. À la fin du 17 siècle, la population autochtone, en grande partie décimée, ne fut plus suffisante pour produire la quantité de cacao exigée. Pour développer l’industrie cacaoyère de l’Amérique latine, les puissances européennes se tournèrent vers une nouvelle main-d’œuvre à bon marché: des esclaves en provenance de l’Afrique de l’Ouest.

Au 19 siècle, un tournant important s'opéra dans le monde du chocolat. L’invention de la presse hydraulique pour extraire le beurre de cacao par le Hollandais Van Houten et la mise au point du processus de fabrication du chocolat solide et au lait jetèrent les bases pour le déploiement d'une vaste industrie chocolatière. Le chocolat, auparavant réservé à l'élite, devint accessible à un nombre croissant de consommateurs du Nord. La production de cacao devait encore augmenter et dès la fin du 19e siècle, elle fut dirigée vers les colonies africaines, qui avaient auparavant fourni les esclaves à l'industrie cacaoyère de l'Amérique latine.

De nos jours, le cacao est produit dans les régions tropicales de l'Amérique latine, de l'Afrique de l'Ouest et de l'Asie. Avec 70% de la production mondiale, l'Afrique de l'Ouest est de loin le plus important fournisseur de cacao, 43% étant attribuable à la Côte d'Ivoire et 13% au Ghana.

La culture du cacaoyer

Principaux pays producteurs de cacao (produisant individuellement plus de 10 000 tonnes): Côte d'Ivoire, Indonésie, Ghana, Nigéria, Cameroun, Brésil, Équateur, Malaisie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, République Dominicaine, Colombie, Mexique.

Source: International Cocoa Organization

(ii) Le cacaoyer peut atteindre près de 10 mètres lorsqu'il est en forêt, mais pour faciliter la récolte, il est généralement entretenu à une hauteur de 4 à 8 mètres. Il peut produire jusqu'à 150 fruits - ou cabosses - par année, contenant chacune de 30 à 40 graines. Les cabosses mûrissent pendant toute l'année, mais sont récoltées au cours de deux périodes qui varient selon les pays. Les cultivateurs cueillent les cabosses à l'aide d'un grand couteau puis, généralement à l'aide d'une machette ou d'un sécateur, ils ouvrent le fruit dans le sens de la longueur pour en dégager les graines. Celles-ci sont ensuite fermentées, c'est-à-dire qu'elles sont disposées dans des caisses spéciales et enveloppées de feuilles de bananiers pour une durée de 2 à 8 jours. Après cette période, elles seront séchées au soleil. C'est au cours de la fermentation que les fèves perdent un peu de leur amertume, ce qui est essentiel pour obtenir un cacao de qualité. On appelle fèves de cacao les graines qui ont été fermentées et séchées. Par la suite, la majorité de la production de fèves sera emballée et transportée jusqu'à la capitale ou le centre de la ville. Les fèves seront alors expédiées dans les pays acheteurs, essentiellement des pays industrialisés, où les autres étapes de la transformation auront lieu.

Photo: Stephan Schwab

L’autosuffisance ou l’économie de survie
Sauf au Brésil et en Malaisie, où l’on trouve de larges plantations, la culture du cacao est effectuée par de petits producteurs. 90% du cacao est cultivé sur des fermes familiales de moins de 5 hectares. La production du cacao est de loin le principal gagne-pain des Ghanéens puisque, sur une population de 19 millions, au moins un million de fermiers et de gardiens vivent de la culture du cacao (iii). En Côte d'Ivoire, on compte environ 500 000 fermes de cacao.

Très symbolique pour la culture locale, la ferme de cacao représente souvent le seul bien que les familles possèdent. Les petits cultivateurs récoltent avec soin le cacao et utilisent les parties non commercialisées, comme la cabosse, pour fabriquer des produits de base tels que du fertilisant, de la nourriture pour animaux et du savon. Lorsque c'est possible, les familles cultivent aussi des fruits et des légumes et élèvent des animaux. Cette diversification permet de satisfaire certains besoins alimentaires de la famille. Néanmoins, les revenus associés à la vente du cacao leur permettent d’acheter des produits importés, de couvrir les frais d'éducation, des soins de santé et parfois même, pour les plus chanceux, d’économiser pour répondre aux urgences du moment. (iv)

Le commerce international du cacao

Les produits dérivés du cacao entrent non seulement dans la fabrication du fameux chocolat, mais aussi dans une foule de produits tels que le savon, les cosmétiques et les produits thérapeutiques.

Une fois fermentées, torréfiées et broyées, les fèves de cacao sont généralement exportées vers les pays acheteurs, essentiellement des pays industrialisés, où la transformation en beurre, en liqueur et en poudre sera effectuée. Le principal acheteur de fèves de cacao est l'industrie chocolatière de transformation et de confection, dominée par un petit nombre de très grandes entreprises.

Malgré leur imposant volume de production, les pays producteurs sont ceux qui ont le moins de pouvoir pour influencer le marché. Les millions de petits agriculteurs, dont le revenu dépend essentiellement de la vente de cacao, sont désavantagés lorsqu'il s'agit de négocier avec les multinationales. Ils bénéficient peu des ressources et de l’accès direct à l’information sur l'évolution du marché. Les bénéfices engendrés par le commerce international sont répartis inéquitablement. Tandis que les exportations des pays producteurs de cacao se chiffrent à 2 milliards de dollars par an, les ventes réalisées par les confiseurs atteignent 60 milliards de dollars(v).

La production et la consommation du cacao
Le cacao est cultivé dans les régions chaudes et humides d'Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ce produit est la troisième denrée alimentaire la plus commercialisée après le café et le sucre (vi). La production de cacao est très concentrée. En 2001, les sept principaux pays producteurs de cacao étaient responsables de près de 90% de la production mondiale. Leur production est illustrée dans le graphique ci-dessous.

Source: National Geographic, novembre 2002, p.8-9

La culture et les ventes de cacao sont très significatives pour plusieurs pays. En Côte d’Ivoire et au Ghana, où était produit en 2001 respectivement 43% et 13% du cacao, plus du tiers des revenus d’exportation du pays proviennent de cette denrée. En Afrique, le Nigeria et le Cameroun sont les deux autres importants pays producteurs. (vii)

Bien qu'à la source de la culture de cacao, l'Amérique latine ne produit plus que 13% du volume mondial, réparti principalement entre le Brésil (4,5%), l'Équateur (3%), la République Dominicaine (1,5%), la Colombie (1%) et le Mexique (1%).

En Asie, la production du cacao s'est développée à partir de la fin des années 70 et s'est accrue rapidement pour atteindre aujourd'hui 18% de la production mondiale. La culture du cacao repose principalement sur l'Indonésie (15%), la Malaisie (1,5%) et la Papouasie-Nouvelle-Guinée (1,5%). (viii)

Les États-Unis: principaux consommateurs de chocolat
Bien qu'il soit produit dans les pays du Sud, le chocolat est principalement consommé dans les pays industrialisés. Les États-Unis sont les plus grands consommateurs de chocolat. En 2000, les Américains ont mangé 3,3 milliards de livres de chocolat, représentant 13 milliards de dollars US (ix).

Source: CNUCED

Un produit-vedette au Canada et au Québec

En 2001, le Canada a importé pour plus de 89 millions de dollars CAN de fèves de cacao, dont 46% en provenance de la Côte d'Ivoire, 19% de l’Indonésie, et le reste principalement de l’Équateur, du Nigeria, du Cameroun et de la République Dominicaine.

Au Québec, 66% des importations en fèves de cacao proviennent de l’Afrique de l’Ouest. (x)

Les produits du cacao constituent le deuxième produit bioalimentaire d'exportation du Québec, juste après le porc. En 2001, la province a exporté pour 315 millions de dollars CAN de produits du cacao, soit trois fois la valeur des exportations des produits de l'érable.

Source: MAPAQ, Export Écho Import

Les États-Unis, principal pays consommateur de chocolat, absorbent 98% du total de ces exportations. En 2001, les États-Unis ont importé pour 2,3 milliards de dollars US de cacao et de produits dérivés, dont 30% en provenance du Canada, leur principal partenaire commercial pour les produits du cacao.

Du total des importations canadiennes de fèves de cacao, 83% sont dirigées vers le Québec, où le potentiel de transformation est très important, étant donné la présence à Saint-Hyacinthe d'une filiale de la transnationale Barry-Callebaut. Le journal Les Affaires illustre bien cette réalité par cette citation: «Au Québec, le chocolat, c’est un peu comme l’automobile, l’affaire d’une grande société qui assure toute l’activité du secteur. Elle est la logique de la division internationale du travail. Callebaut à Saint-Hyacinthe, c’est notre GM du chocolat. (xi)»

Du cacao au chocolat

La transformation du cacao
(xii) La transformation du cacao et la fabrication de chocolat sont deux procédés différents. La transformation correspond aux étapes de torréfaction et de broyage des fèves de cacao. La pâte, le beurre et la poudre de cacao qui en résultent sont vendus à l'industrie alimentaire et aux entreprises chocolatières.

À l’échelle mondiale, quatre transformateurs de cacao, soit Cargill, Archer Daniel Midland (ADM), Barry-Callebaut et Hosta, contrôlent 40% du marché mondial. Il n'est pas rare que les transnationales contrôlent toutes les étapes de la commercialisation des produits du cacao, jusqu'à la fabrication de chocolat. À elles seules, les multinationales Barry-Callebaut et Archer Daniel Midland (ADM) exportent 50% de la production de cacao de la Côte d'Ivoire (xiv).

La situation au Canada reflète la réalité du commerce international puisque la plupart des grandes entreprises y ont installé des usines de transformation. Au pays, les plus importants transformateurs sont Barry-Callebaut (situé au Québec), Nestlé, Hershey et Cadbury (situés en Ontario). Au Canada, ces quatre entreprises contrôlent 97% de la transformation du cacao (xv).

La fabrication du chocolat
(xvi) Sur le plan mondial, seulement 6 transnationales contrôlent 80% de la distribution de masse des principales marques de chocolat. Il s'agit de Mars, Hershey, Phillip Morris, Nestlé, Cadbury-Schweppes et Ferrero. Ces entreprises peuvent contrôler toutes les étapes de la chaîne du cacao, dont la transformation et la fabrication de chocolat, ou encore concentrer leurs activités sur la fabrication. Dans l’une ou l’autre des situations, tous leurs profits sont conservés à l’intérieur de leurs filiales.

Les petits entreprises de fabrication de chocolat, comme les chocolatiers, les restaurateurs ou les pâtissiers, fabriquent aussi une gamme de produits à base de cacao et font face à la concurrence des géants du chocolat.

Source: CNUCED

De faibles bénéfices pour les pays producteurs
Les pays producteurs reçoivent peu des bénéfices engendrés par la transformation du cacao puisqu'ils exportent principalement les fèves de cacao non transformées.

En 2000, les pays producteurs commercialisaient (xvii):

  • 90% des fèves de cacao;
  • Moins de 50% du beurre de cacao;
  • 33% de la poudre de cacao;
  • 4% du chocolat.

La transformation du cacao pourrait améliorer la position des pays producteurs et leur procurer un meilleur revenu. Toutefois, cette activité lucrative se heurte à différents obstacles (xviii):

  • La transformation repose sur l'offre locale de cacao. Dans les pays producteurs, l’offre est saisonnière puisque, contrairement aux transnationales, ceux-ci n'ont pas les énormes capitaux nécessaires au maintien d'importants stocks de cacao.
  • Les mesures protectionnistes imposées par les pays industrialisés restreignent les possibilités d'exportation de produits transformés. Les tarifs douaniers des marchés industrialisés sont proportionnels au degré de transformation du produit. Depuis 1994, les nouveaux accords commerciaux internationaux ont fixé les taxes suivantes: 1,5% pour les fèves de cacao, 12% pour la liqueur, 9% pour le beurre et 12% pour la poudre. Les tarifs ne sont pas les mêmes pour tous les pays, mais varient selon ce qu'on nomme leur «degré de développement».
  • Même sur le marché local, les petits fabricants de chocolat font face à une compétition féroce. D’abord, la demande locale est très faible puisque le cacao constitue un produit de luxe hors d’accès pour la majorité de la population. Ensuite, les petites entreprises locales doivent faire face au chocolat produit à faibles coûts par les transnationales (xix).

Vers du chocolat sans trop de cacao
(xx) Paradoxalement, alors que les transnationales détiennent déjà un pouvoir très important, une directive votée en juin 2000 par l'Union européenne contribuera à renforcer leur position. Cette nouvelle loi autorise l'utilisation de graisses végétales (karité, noyaux de mangue, huile de palme, etc.) comme substituts au beurre de cacao jusqu'à concurrence de 5% du poids total du chocolat. Selon l'Organisation internationale du cacao (OIC), la nouvelle politique européenne pourrait engendrer une réduction de la demande de 200 000 tonnes de cacao par année. Pour chaque réduction de 10 000 tonnes, l’OIC estime que les producteurs verront leurs revenus diminuer de 1%. Les petits producteurs risquent de devenir encore plus dépendants de la fluctuation des prix et de l’emprise des transnationales. Cette directive n’est pas en vigueur au Canada. Toutefois, il est possible que dans un avenir rapproché, une telle loi soit adoptée par d'autres pays.

Photo: Stephan Schwab

La fixation des prix du cacao

Lors d’une récente étude réalisée par l’International Institute of Tropical Agriculture, les producteurs de Côte-d’Ivoire, du Cameroun et du Nigeria ont affirmé recevoir en moyenne 620$ US la tonne pour leur cacao. La même étude a démontré que les revenus annuels moyens des producteurs de cacao se situent entre 30$ US et 108$ US par membre de la famille, ce qui n’est pas suffisant pour répondre aux besoins essentiels et pour développer des infrastructures locales comme les installations en eau potable.

Le cacao, tout comme le café, est vendu à la bourse de Londres et de New York. Les prix réels ont chuté de 71,2% entre 1980 et 2000 (xxi). La chute des prix, jumelée à la déréglementation du secteur du cacao, laisse les fermiers très dépendants des forces du marché, comme le mentionne Oxfam International dans son rapport Deux poids deux mesures: «Par le passé, les bureaux de commercialisation fixaient souvent des prix minimums pour protéger les revenus, à l'instar des stratégies appliquées aux politiques agricoles américaines et européennes. Le démantèlement de ces institutions publiques a supprimé ces planchers et permis aux négociants d'acheter à des prix dérégulés. (xxii)» Pour les petits producteurs, la volatilité des prix du cacao est source d'instabilité et rend difficile l’investissement dans leur propre culture puisque leurs revenus fluctuent annuellement.

Source: CNUCED

Le prix du cacao à la bourse a oscillé entre 670$ US et 2400$ US la tonne au cours des dix dernières années. Depuis 2001, une baisse de la production et un conflit en Côte d’Ivoire ont entraîné à la hausse le prix du cacao à la bourse. Le prix a atteint en octobre 2002 le niveau le plus haut en 17 ans, soit 2405$ US la tonne. Les producteurs, isolés et n’ayant pas d’accès direct à l’information, retirent peu de cette situation, comparativement aux exportateurs locaux qui continuent d’acheter les fèves à faible prix pour les revendre à un prix élevé. Les producteurs reçoivent souvent pour leur cacao moins de la moitié du prix payé à la bourse (xxiii).

Les facteurs qui influencent les prix
En plus des facteurs liés à l'offre et à la demande, ainsi qu'a la spéculation, les prix du cacao sont déterminés par le pouvoir des transnationales et l'émergence de nouveaux pays producteurs (xxiv).

  • Le pouvoir des transnationales

À la fin des années 80, alors que les prix du cacao étaient en chute, les négociants en cacao, les industries de transformation et les fabricants de chocolat ont profité de l'occasion pour acheter à très bon prix de grandes quantités de cacao. Ces stocks, qui dépassent 1,3 million de tonnes de cacao, sont un instrument de contrôle fort puissant puisque lorsque la demande dépasse l'offre, comme ce fut le cas à plusieurs reprises depuis 1991, les acheteurs peuvent faire appel à leurs stocks, ce qui réduit la demande et empêche le prix d'augmenter.

  • L'émergence de nouveaux pays producteurs

La hausse des prix des années 70 a favorisé l'émergence de nouveaux pays producteurs de cacao comme la Malaisie et l'Indonésie. Rendue à maturité, la production de ces pays a eu comme effet de gonfler l'offre globale, ayant comme conséquence de faire chuter les prix. De plus, les prochaines années devraient voir émerger de nouveaux pays producteurs de cacao tels que le Viêtnam, le Pérou et le Panama pour, entre autres, assurer à plus long terme l'offre de cacao aux pays consommateurs. (xxv)

Impacts sociaux et environnementaux de la production conventionnelle de cacao

Le travail des enfants
Les faibles revenus perçus par les petits producteurs pour leur cacao les empêchent de répondre à leurs besoins essentiels. Cette situation les oblige à réduire leurs coûts de production par l’utlisation d’une force de travail très peu coûteuse. Les petits producteurs peuvent retirer les enfants de l’école afin de les consacrer au travail agricole. Sans éducation, il est très difficile pour ces enfants d’améliorer leurs conditions de vie.  D’un autre côté, lorsqu’il s’agit de plus grandes plantations, les propriétaires peuvent avoir recours au trafic des enfants et faire travailler ces enfants esclaves.

Le travail des enfants dans les plantations de cacao a fait l’objet de plusieurs rapports publiés dernièrement par des organisations internationales. (xxvi)

  • En 1998, une étude de l’UNICEF met en lumière la résurgence du travail des enfants dans les fermes de cacao de la Côte d’Ivoire.
  • Deux ans plus tard, un rapport de l’US State Department conclut qu’au cours des dernières années, 15 000 enfants de 9 à 12 ans furent enlevés et contraints à travailler dans les plantations de coton, de café et de cacao de la Côte d’Ivoire.
  • En 2001, l’Organisation internationale du travail (OIT) rapporte que le trafic des enfants est très répandu en Afrique de l’Ouest.

En août 2002, une nouvelle recherche réalisée par The International Institute of Tropical Agriculture (l’IITA) est rendue publique. Ayant couvert un ensemble de 15 000 fermes du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria, cette étude fait clairement ressortir que 284 000 enfants, dont la majorité sont âgés de moins de 14 ans, travaillent dans les fermes de cacao de l’Afrique de l’Ouest. Voici certains faits tirés du rapport de l’IITA:(xxvii)

  • 284 000 enfants travaillent sur les fermes de cacao et effectuent des tâches difficiles comme la cueillette des cabosses, l’extraction des graines à l’aide de la machette, le déplacement de charges très lourdes et l’application de pesticides.
  • Les enfants proviennent de régions pauvres des pays voisins comme le Mali, le Burkina Faso et le Togo. Les enfants sont vendus à des trafiquants par les parents qui croient que leurs enfants y trouveront un travail honnête et rémunérateur.
  • Seulement 34% des enfants qui travaillent sur les fermes de cacao fréquentent l’école, soit la moitié moins que les enfants qui ne travaillent pas sur les fermes.

Réponse de l'industrie
Pendant des années, les fabricants de chocolat ont affirmé qu’ils n’étaient pas responsables de la situation des producteurs et des travailleurs du secteur du cacao. En 2001, suite au scandale soulevé par le trafic des enfants en Afrique de l’Ouest dans les médias et les menaces d’une réglementation gouvernementale régissant certaines lignes du commerce du cacao, les grandes compagnies ont réagi. L’industrie du chocolat, en collaboration avec des organisations internationales et des pays producteurs, a signé en novembre 2001 le protocole Harking-Engel qui vise, entre autres, à créer d'ici quatre ans une certification indépendante qui assurera aux consommateurs que le cacao utilisé ne provient pas du travail des enfants. (xxviii)

Plusieurs organisations critiquent le plan puisqu’il ne garantit pas des salaires et des prix justes pour les travailleurs et les producteurs, ce qui constitue le meilleur moyen de combattre l’esclavage et la pauvreté (xxix). Des organisations de commerce équitable, comme Global Exchange aux États-Unis, ont organisé une campagne pour inciter les grandes entreprises comme Mars inc. à combattre l’esclavage des enfants en achetant au moins 5% de leur cacao sur le réseau équitable, ce qui permettrait aux producteurs de recevoir un prix juste pour leurs produits. Récemment, plus de 200 groupes ont envoyé une lettre à M&M/Mars pour demander à la compagnie de contribuer à l'élimination du travail des enfants en offrant du chocolat certifié équitable.

Santé et environnement
Les moyens pris par les producteurs pour répondre à une demande mondiale croissante ont souvent des impacts importants sur le plan environnemental et sur la santé des familles de cultivateurs. Voici certaines réalités:(xxx)

  • De nouvelles variétés de cacao ont été développées depuis les années 70 pour augmenter la production. Ces nouvelles variétés sont cultivées en plein soleil, ce qui occasionne, entre autres, la déforestation de forêts vierges pour la production de cacao. Selon le Sierra Club Magazine, en 2000, 14% des forêts tropicales de la Côte d’Ivoire avaient été déboisées pour la production de cacao et en Indonésie, c'est 170 000 nouveaux hectares de forêt vierge qui y seront sous peu consacrés.

La culture intensive du cacao nécessite l’utilisation d'une grande quantité de fertilisants et de pesticides chimiques dont l'usage engendre des impacts importants sur l'environnement et la santé des agriculteurs. Au Ghana, l’utilisation continue du pesticide lindane menace les producteurs d’empoisonnements et de cancers (xxxi). Selon The International Institute of Tropical Agriculture (l’IITA), une des tâches les plus dangereuses réalisées par plus de 150 000 enfants dans les fermes de cacao de l’Afrique de l’Ouest consiste à épandre des pesticides, souvent sans l’équipement de protection nécessaire.

Sources
i) SWIFT, Richard, «The cocoa chain», The New Internationalist, no. 3004, août 1998, p.22-25.
ii) CNUCED, Info Comm http://r0.unctad.org/infocomm/francais/cacao/plan.htm
iii) EFTA, Mémento du commerce équitable - Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, p. 99.
iv) SWIFT, Richard, «The cocoa chain», The New Internationalist, no 304, août 1998, p. 7.
v) OXFAM, Deux poids deux mesures: commerce, globalisation, et lutte contre la pauvreté, p. 184.
vi) BRIEU, Sylvie, «Chocolat», National Geographic, novembre 2002, p. 14.
vii) Ibid., p. 8-9
viii) Ibid., p. 8-9
ix) Global Exchange, Facts about Fair Trade and the Cocoa Industry, http://www.globalexchange.org/.
x) Industrie Canada, http://strategis.ic.gc.ca/
xi) Les Affaires, p. A16.
xii) CNUCED, Info Comm http://r0.unctad.org/infocomm/francais/cacao/plan.htm et Richard Swift, «The cocoa chain», The New Internationalist, no 304, août 1998, p. 18-19.
xiii) Étude marketing, p. 12.
xiv) OXFAM, Deux poids deux mesures: commerce, globalisation, et lutte contre la pauvreté, page 185.
xv) DAIGNEAULT, Martin, Anne-Marie FERRERA, Alberto JARAMILLO, Winnie LAI, Eduardo RAMIREZ. Fair Trade Cocoa: condensed version, p. 12.
xvi) Ibid
xvii) OXFAM, Deux poids deux mesures: commerce, globalisation, et lutte contre la pauvreté, p. 1854, tiré de CNUCED 2000.
xviii) EFTA, Mémento du commerce équitable - Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, p. 92.
xix) SWIFT, Richard, «The cocao chain», The New Internationalist, no 304, août 1998, p. 14.
xx) EFTA, Mémento du commerce équitable - Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, p. 89 et Sylvie BRIEU, «Chocolat», National Geographic, novembre 2002, p. 19-20.
xxi) OXFAM, Deux poids deux mesures: commerce, globalisation, et lutte contre la pauvreté, p. 173.
xxii) Ibid, p.186.
xxiii) International Institute of Tropical Agriculture (IITA): http://www.iita.org/news/cocoa.pdf

Child Labor in the Cocoa Sector of West Africa, A synthesis of findings in Cameroon, Côte d'Ivoire, Ghana, and Nigeria.
xxiv) EFTA, Mémento du commerce équitable - Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, p. 92-93.
xxv) Ibid, p. 95.
xxvi) GLOBAL EXCHANGE, Fair Trade Chocolate Campaign, http://www.globalexchange.org/.
xxvii) Ibid.
xxviii) CANDY USA, www.candyusa.org
xxix) GLOBAL EXCHANGE, http://www.globalexchange.org/.
xxx) GLOBAL EXCHANGE, Fair Trade Cocoa and the Environment, http://www.globalexchange.org/.
xxxi) BUFFIN, David, Stephanie WILLIAMSON et Barbara DINHAM. The ecologist, 22 février 2002.
xxxii) Les Dossiers de l'ACEG, Genève, 1997, p.10.
xxxiii) FAIR TRADE UK, www.fairtrade.org.uk
xxxiv) GLOBAL EXCHANGE, Facts about Fair Trade and the Cocoa Industry, http://www.globalexchange.org/.
xxxv) D'après un rapport terrain d'observation d'Amélie Binette.

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