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Commerce équitable

Le thé

La route conventionnelle du thé

Table des matières

photo: Gaby Breton

Depuis la Chine: une plante qui a beaucoup voyagé

(1) Après l’eau, le thé est la boisson la plus bue dans le monde. Il s’en boit 25 000 tasses par seconde. Le thé est produit par un arbuste à feuilles persistantes. Il est principalement cultivé en Asie, en Afrique et dans certains pays d’Amérique latine et d’Europe de l’Est. Il n’existe qu’une espèce de théier, le camellia sinensis, qui serait originaire du sud-ouest de la Chine, et deux grandes variétés de thé: la variété sinensis de Chine et la variété assamica de l’Inde.

La première infusion de thé aurait eu lieu en Chine vers les années 2700 avant J.C. On raconte que des feuilles d’un théier seraient tombées dans l’eau que buvait l’empereur chinois Chen Nung; il y aurait goûté et aurait trouvé ce breuvage merveilleux. Au fil des ans, la culture du thé se généralisa à travers toute la Chine, à partir des plus petites parcelles de terres familiales. Le thé devint un symbole de simplicité, de raffinement, de considération et d’hospitalité.

En Angleterre, le thé fut d’abord un produit de luxe destiné aux nobles. Après les années 1650, sa consommation se généralisa aux paysans et aux ouvriers, qui se le procurèrent sur le marché noir afin d’éviter les fortes taxes qui y étaient apposées. Vers la fin du XVIII siècle, les Anglais tentèrent d’introduire la culture du thé dans leur colonie indienne. Ils voulaient répondre à la demande grandissante des Anglais pour le thé et réduire leur dépendance vis-à-vis le seul pays producteur à l'époque, la Chine. Pour déjouer la Chine, qui interdisait l’exportation de plants et de graines de théiers, un botaniste anglais s’aventura clandestinement en Chine pour en rapporter.

Au début du XIX siècle, les jungles de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, furent défrichées pour être transformées en grandes plantations de thé. Bien que les conditions de travail furent extrêmement difficiles, les plantations prirent une grande ampleur, si bien qu’à la fin du XIXe siècle, la production indienne de thé avait devancé celle de la Chine.

Aujourd’hui, la Chine est le deuxième pays producteur de thé. Suivent deux autres anciennes colonies anglaises, le Sri Lanka et le Kenya, qui ont amorcé plus tard la production de thé. La culture du thé est répandue dans plusieurs pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

La production et la consommation du thé

Açores, Afrique du Sud, Argentine, Australie, Bangladesh, Brésil, Burundi, Cameroun, C.E.I., Chine, Équateur, Éthiopie, Inde, Indonésie, Île Maurice, Iran, Japon, Kenya, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mozambique, Népal, Ouganda, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pérou, Rwanda, Sri Lanka, Taiwan, Tanzanie, Turquie, Vietnam, Zimbabwe

Les plus grands producteurs de thé sont aussi les plus importants buveurs. Les plus gros pays producteurs sont l’Inde et la Chine, suivis du Sri Lanka, de l’Indonésie et du Kenya. Ces pays comptent à eux seuls pour 75 % de la production mondiale. Environ 56 % de la production est consommée localement, alors que le reste, habituellement la meilleure qualité, est exporté.

Source: FAO http://apps.fao.org

Source: Trade opportunities in the world beverages sector
par LMC international Ltd.Oxford, UK
s

29 pays tirent une source importante de leurs devises étrangères par l’exportation du thé.(2)

Source: FAO http://apps.fao.org

Environ 2,9 millions de tonnes de thé sont consommées annuellement dans le monde. Les Canadiens consomment pour leur part environ 1% du thé produit à l’échelle mondiale et importent 13 000 tonnes de thé noir par année.

Mis à part l’industrie alimentaire, le thé est depuis peu utilisé par l’industrie pharmaceutique et celle des cosmétiques pour sa teneur en vitamines et en fluor, ainsi que pour ses propriétés antibactériennes.(3) Crèmes de beauté, dentifrices, savons, shampooings et huiles de massage sont quelques produits dans lesquels le thé trouve son usage.

Le commerce international du thé

Le marché du thé est très concentré et il n’est pas rare que des multinationales contrôlent toutes les étapes de la commercialisation du thé, à partir des plantations jusqu’à la distribution. 90 % du marché occidental du thé est contrôlé par 7 transnationales dont la flexibilité, les stocks tampons et les transactions spéculatives influencent fortement les prix.

Plusieurs compagnies, comme Lyon’s, Lipton et Jackson of Picadilly, firent fortune en commercialisant le thé. L'Irlandais Thomas Lipton (1850-1931) devint milliardaire grâce à l’exploitation de grandes plantations de thé au Sri Lanka. La compagnie Lipton ainsi que Salada et Red Rose, deux compagnies canadiennes, sont maintenant la propriété de la multinationale Unilever(4).

Généralement, les pays producteurs assument essentiellement la production, alors que la majorité des revenus associés à la vente proviennent du mélange, de l’emballage et de la distribution et sont perçus par les pays consommateurs. En Europe, on estime que ces étapes, ajoutées au coût de la publicité, correspondent à l’équivalent de 30 à 50 % du prix du thé au détail. (5)

Les petits cultivateurs
Les petits cultivateurs de thé possèdent leur propre terre et cultivent le thé de manière traditionnelle. Les difficultés rencontrées par les petits cultivateurs concernent, entre autres, l’absence d’outils techniques nécessaires et la mauvaise qualité du système de transport, ce qui peut parfois entraîner le gaspillage des feuilles de thé puisque celles-ci doivent être transformées dans les 36 heures suivant la récolte. Au Kenya, 60 % de la récolte est réalisée par des petits cultivateurs.(6)

Les plantations:
Le thé est surtout produit dans les plantations. Les mauvaises conditions de travail, l’isolation et l’exploitation des travailleurs, qui étaient en vigueur au temps colonial, sont encore souvent la réalité des plantations modernes. Les grandes plantations de thé peuvent mesurer plusieurs centaines d’hectares et emploient des millions de travailleurs et travailleuses à travers le monde. La production de thé nécessite une main-d’œuvre importante et le travail y est généralement peu mécanisé. La semence, le repiquage, l’entretien et la récolte sont effectués à la main. Le thé est un produit fragile et la cueillette nécessite beaucoup de précision et d'habileté. Ce travail exigeant et minutieux est en grande partie réalisé par les femmes (sauf en Afrique) et les couches défavorisées de la population. La situation des employés de plantation diffère selon le pays et les régions.

Transport et usine
Les moyens de transport et l’usine sont généralement la propriété de multinationales ou d’entreprises privées locales. La première transformation s’effectue moins de 36 heures après la cueillette. Le travail y est relativement mécanisé et emploie environ 10 % du total des travailleurs. Il existe plusieurs procédés de transformation, mais la méthode la plus utilisée est celle du crushing (broyage) , tearing (déchiquetage), curling(roulage), communément appelée C.T.C.

Selon la méthode de fermentation, les mêmes feuilles de thé peuvent appartenir à trois catégories :

  • Thé noir: fermenté après la cueillette
  • Thé vert: non fermenté
  • Thé oolong: partiellement fermenté

Courtiers en thé (tea brokers) et dégustateurs de thé (tea tasters)
Il existe deux corporations de professionnels du thé: les courtiers en thé et les dégustateurs de thé. Les courtiers en thé travaillent pour les vendeurs ou les acheteurs, ou encore pour les deux à la fois. Ils évaluent le thé pour les ventes aux enchères et travaillent parfois en collaboration avec les dégustateurs de thé.

Les dégustateurs classifient les thés selon des critères spécifiques (infusion, goût, parfum, couleur).

Le thé de meilleure qualité est généralement destiné à l’exportation, tandis que la seconde qualité est consommée localement.

Les ventes aux enchères
Les ventes aux enchères ont débuté en 1679 avec la vente de thé d’origine chinoise par la Compagnie des Indes orientales. Pendant plus de trois siècles, le marché aux enchères de Londres fut la référence internationale en termes de commerce du thé, mais lorsque les marchés aux enchères locaux se développèrent dans les pays producteurs, le volume transigé à Londres se réduisit fortement. Cette situation entraîna en 1998 la fermeture du marché de Londres.

Actuellement, environ 85 % des ventes de thé s’effectuent dans les marchés aux enchères se tenant dans les différents pays producteurs. Les principaux marchés aux enchères se situent en Inde et au Kenya, mais on en trouve aussi d’importants au Bangladesh, au Sri Lanka, au Cameroun et en Indonésie.(7)

Nouveau: marchés aux enchères électroniques
Les producteurs et acheteurs indiens effectuent maintenant une partie de leurs transactions par Internet. Ce marché électronique, par rapport au marché aux enchères indien, permet de réduire les coûts de transaction et les délais de paiement et de livraison. Une plate-forme internationale de vente électronique reliée aux différents marchés aux enchères pourrait bientôt voir le jour.

Les importateurs
Les importateurs tendent dans certains cas à acheter le lot de thé directement des planteurs ou des courtiers de façon à obtenir la qualité et la quantité exacte souhaitée.

La détermination des prix

Le principe de détermination du prix du thé est particulier. Contrairement au café ou au cacao, le thé n’est pas vendu sur un marché de référence unique depuis la fermeture du marché aux enchères de Londres en 1998. De plus, aucune bourse organisée n’a pu être mise sur pied pour la vente du thé étant donné la segmentation du marché et l’impossibilité de conserver le thé à long terme.

En plus de l'offre et de la demande, plusieurs facteurs expliquent la grande fluctuation des prix:

  • Les conditions des régions productrices
    Les conditions économiques, sociales, politiques ou météorologiques locales ont une très grande influence sur le niveau des prix, puisque celui-ci est fixé indépendamment par chaque région productrice.
  • La qualité du thé
    Les prix varient selon la qualité du thé. Celle-ci dépend surtout de la région productrice et de la méthode de fabrication.
  • Les relations économiques entre le Sud et le Nord et le pouvoir des sociétés transnationales

Les multinationales ont le pouvoir de cesser leurs achats pour un temps de manière à faire baisser les prix. Par exemple, au milieu des années 1980, le gouvernement indien est intervenu pour maintenir le prix du thé à un niveau intéressant, en fixant par exemple un prix minimum pour le thé à l’exportation. Pour contrer ces mesures, les multinationales cessèrent d’acheter le thé indien et bloquèrent ainsi la totalité du marché d’exportation. Le gouvernement indien se retrouva dans l’obligation de retirer ses politiques de fixation des prix.

Une hausse de la compétition
Pour faire face à la baisse des prix, donc à la chute des recettes, des pays ont accru les surfaces allouées à la production du thé. Tandis que le nombre d’acheteurs se concentre de plus en plus, les producteurs ont de la difficulté à faire face à la concurrence et à survivre à la baisse des prix du thé.

Source: CNUCED, Infocomm. Informations tirées de FAO

La fluctuation des prix
En valeur réelle, de 1970 à 1998, les prix ont chuté en moyenne de 41 % au sein des principaux lieux de transaction du thé. Les pays producteurs comme le Rwanda, dont 60 % des revenus d’exportation dépendent du thé et du café, furent gravement secoués par cette chute des prix.(8)

Source: Fairtrade Labeling Organizations International Détermination du prix du thé

Les conditions de travail et les impacts sur l'environnement

(9) Les plantations peuvent mesurer plusieurs centaines d’hectares et emploient des millions de travailleurs et travailleuses à travers le monde. Les familles de travailleurs habitent sur les plantations et les conditions varient selon les régions et les pays.

photo: Gaby Breton

Travail des femmes et des enfants
Sauf en Afrique, ce sont généralement les femmes, de par leur grande dextérité, qui effectuent la cueillette du thé. Une travailleuse de plantation typique commence très jeune à travailler avec ses parents, de l’aube jusqu’au soir, 7 jours sur 7.(10) Les femmes sont généralement moins bien payées que les hommes et ont peu ou pas accès à des promotions.

Aucune étude officielle ne recense le nombre d’enfants travailleurs au Sri Lanka. Cependant, selon des estimations non officielles, entre 100 000 et 500 000 enfants sont employés illégalement. Dans les plantations de thé, où les travailleurs vivent dans une grande pauvreté, «leurs enfants sont comme des esclaves», affirme une personne impliquée dans une clinique médicale au sein d’une plantation de thé. Elle ajoute que «les enfants n’ont pas de droits, ni de liberté. L’éducation est un luxe et le travail est obligatoire».(11)

L'UNESCO rapporte que dans un pays comme le Kenya, deuxième pays exportateur de thé, jusqu’à 30 % des cueilleurs ont moins de 15 ans. Dans ce même pays, 90 % des travailleuses disent avoir subi ou avoir été témoins d’abus sexuels dans leur milieu de travail.(12)

Pauvreté
Les problèmes majeurs que rencontrent les travailleurs de plantations de thé en Inde sont les suivants: nombre croissant de travailleurs temporaires, peu d'installations liées à la santé, à l’éducation, à l’eau potable et au logement et salaires dérisoires.(13)

Ce sont les gens des couches les plus défavorisées qui travaillent sur les plantations. En Ouganda, les travailleurs du thé gagnent en moyenne 120$ US par année, comparativement à la moyenne nationale qui se situe à 300$ US.(14)

Environnement
Une étude a démontré que seuls 16 thés, sur un total de 60 analysés, étaient exempts de pesticides. Plus alarmant, 27 thés verts, provenant pour la plupart de la Chine et du Japon, ont été reconnus comme des « thés avec pesticides à fortes doses et plomb », à « éviter ».(15)

Les travailleurs sont couramment exposés à des pesticides dont l’utilisation est interdite au Nord à cause de leur trop grande toxicité. C’est le cas des DDT, qui sont responsables d’un taux élevé de stérilité et de malformations congénitales chez les travailleurs et leurs enfants.(16)

L’écosystème d’une forêt limite l'érosion du sol à moins d’une tonne par hectare par année. Si on le remplace par une plantation de thé, la même zone peut perdre de 20 à 160 tonnes de terre par année.(17)




 

Cette page Internet a été réalisée en collaboration avec le programme d’information sur le développement (PID) de l’Agence canadienne de développement internationale (ACDI), le fonds pour l’éducation et l’engagement du public à la solidarité internationale de l’AQOCI, le CECI, Équiterre, la Fondation Jules et Paul Émile Léger, MondÉquitable, Oxfam-Québec et TransFair Canada.

Recherche et rédaction: Karine Filiatrault et Eli Spiegleman
Validation: Isabelle St-Germain, Mélanie Fortin et Frédéric Fournier
Photographies: Gaby Breton

Sources
(1) Jardin botanique de Montréal, Ville de Montréal et Société du Jardin de Chine de Montréal, Du Thé de toutes les couleurs au Jardin de Chine. PETTIGREW, Jane, Le thé-Livre du Connaisseur, Éditions Soline, Paris, 1997.
(2) Indicatif Présent, Acheter c’est voter par Laure Waridel, Un petit thé équitable, Darling? Émission diffusée sur les ondes de Radio-Canada.
(3) CNUCED, Info Comm http://www.unctad.org/infocomm/francais/the/marche.htm
(4) http://www.unilever.com
(5) EFTA, Mémemto du Commerce Équitable- Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, page 78.
(6) EFTA, Mémemto du Commerce Équitable- Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003
(7) CNUCED, Info Comm http://www.unctad.org/infocomm/francais/the/marche.htm
(8) EFTA, Mémemto du Commerce Équitable- Les enjeux du nouveau millénaire 2001-2003, page 78.
(9) Tea plantation labour, extrait de To pluck and be plucked, de Rojier Verschoor, 1996, www.citinv.it/it/associazioni/CNMS/archivio/lavoro/teaplantation/html
(10) http://www.fao.org/sd/WPdirect/WPre0112.htm
(11) SAMATH, Feizal, Labour-Sri Lanka: Tea Plantations Make Children into Workers, World News. www.oneworld.org/ipsz/dec/srilanka
(12) Unicef http://www.childinfo.org/eddb/work/index.htm et Violence Against Women in the Workplace in Kenya, International labour Rights Fund, 2002.
(13) The Plight of &lsqup;Unfree’ Tea Workers, Labour File : Volume 5, Number 7-9, July-September 1999. http://www.labourfile.org/Newtea/Body1.htm
(14) UF Tea Unions Build Coordination, Cooperation, www.citinv.it/associazioni/CNMS/archivio/lavoro/iufcooperationlhtml
et http://www.worldbank.org/data/countrydata/countrydata.html
(15) Que Choisir, no 382, Feuilles à risque, pages 46-50, mai 2001.
(16) http://radio-canada.ca/radio/indicatifpresent/
Indicatif Présent, Acheter c’est voter par Laure Waridel, Un petit thé équitable, Darling?
(17) Reporting on the Environment: A Handbook for Journalists
by Sharon M. Friedman and Kenneth A. Friedman, 1994

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