À la fin des années 1980, un café portant la mention "équitable" fit son apparition. Que signifie ce qualificatif? Il ne suffit pas quun café provienne dune coopérative de producteurs ou dun pays où les droits des caféculteurs sont relativement respectés pour quil soit qualifié déquitable. Le respect de critères spécifiques garantis par un organisme indépendant est essentiel pour assurer aux consommateurs que leur achat contribue véritablement au développement durable.
La première initiative de certification équitable est née en Hollande en 1988. La Fondation Max Havelaar a pris le nom du personnage légendaire dun roman hollandais qui
dénoncait la situation des planteurs de café en Indonésie au moment de la colonisation. La certification fondée sur des principes de justice consistait dabord à permettre au café
équitable de pénétrer le réseau de mise en marché conventionnel et dainsi rejoindre un plus grand nombre de consommateurs. Nombre de torréfacteurs conventionnels se sont
ouverts à cette idée nouvelle et ont commencé à torréfier du café équitable certifié par Max Havelaar. Ce fut la première entrée de produits équitables dans les grandes épiceries
et les restaurants. Cette percée du café équitable dans les grands marchés permit de soutenir les initiatives de milliers de familles productrices de café.
Après les Pays-Bas, la certification équitable sest propagée en Europe, puis en Amérique du Nord et en Asie. Max Havelaar Belgique est née en 1990, Max Havelaar Suisse en 1992, Max Havelaar Danemark en 1994 et Max Havelaar France en 1996. Linitiative de certification équitable de TransFair International a débuté en 1992, en Allemagne. TransFair International possède maintenant des satellites en Autriche, au Luxembourg, en Italie, au Japon, au Canada et aux États-Unis. En Grande-Bretagne et en Irlande, la Fondation Fairtrade certifie le café depuis 1994. La Suède, la Norvège et la Finlande ont également leur propre organisme de certification. Toutes ces organisations sont regroupées au sein de la FairTrade Labelling Organizations-International (FLO-International) qui coordonne et tente duniformiser le processus de certification de ces quinze pays depuis 1997.
À la demande dassociations de producteurs, dorga-nismes de développement international et dassociations de consommateurs, la certification équitable sest étendue à de nouveaux produits. Il est maintenant possible de se procurer du thé, du cacao, du chocolat, du sucre, du miel et des bananes certifiés équitables dans des milliers de points de vente européens. Chaque pays ne bénéficie toutefois pas de la même avance. Alors que, en Suisse et aux Pays-Bas, les citoyens peuvent obtenir tous ces produits dans les
magasins à grande surface, en France, encore peu dépiceries offrent ne serait-ce que le café équitable.)
Le commerce équitable en chiffres dans quelques pays9
 |
Pays-Bas |
Belgique |
Suisse |
France |
Allemagne |
Canada10 |
États-Unis10 |
| Certificateur |
Max Havelaar |
Max Havelaar |
Max Havelaar |
Max Havelaar |
TransFair |
TransFair |
TransFair |
| Création |
1988 |
1991 |
1992 |
1996 |
1993 |
1994 |
1995 |
Part de Marché
du café |
2,6% |
1% |
5% |
0,02% |
1% |
0,05% |
- |
Nombre de
torréfacteurs |
28 |
14 |
44 |
6 |
40 |
13 |
2 |
Quantité de café
équitable vendu (tonne) |
3 003 |
505 |
1356 |
75 |
4142 |
45 |
470 |
Source: Information transmise par Marjoleine Motz.
FLO-International, Utrecht, janvier 1999 et Bob Thomson.
Transfair Canada, Ottawa, janvier 1999.
Le processus de certification
Sur la route du commerce équitable, chacun a son rôle à jouer en respectant les règles établies. Les organismes de certification ont instauré des critères quils tentent dappliquer
le plus exactement possible, tout en tenant compte des différences culturelles et économiques propres à chaque région du Nord et du Sud.
Des vérificateurs visitent les coopératives du Sud chaque année ou tous les deux ans selon la taille et les besoins de chacune. Quant au processus de vérification des torréfacteurs, il varie dun organisme de certification à lautre, et ce, souvent en fonction des ressources accessibles. En Suisse, un contrôle est fait tous les six à douze mois, alors quen France la vérification des torréfacteurs est plus rare. À la suite des visites effectuées par les vérificateurs dans les coopératives ou chez les torréfacteurs, il est arrivé que certains se soient fait retirer leur licence de certification.
Contrairement à la certification biologique, les frais de certification équitable sont assumés par les torréfacteurs ou les importateurs plutôt que par les producteurs. Il ne suffit
pas quun café provienne dune coopérative inscrite au Registre des producteurs de café de FLO-International pour quil soit reconnu équitable. En effet, la commercialisation
des produits se déroule en fonction de règles qui vont au-delà du pouvoir des producteurs. Cest pourquoi les torréfacteurs doivent ouvrir leurs livres et leurs entrepôts afin de
permettre aux certificateurs de sassurer que les règles du commerce équitable sont respectées, après quoi ils peuvent apposer le logo de garantie.

Les critères dadmission pour les
regroupements de producteurs de café
Pour être inscrites au Registre des producteurs de café de FLO-International, les organisations de producteurs doivent satisfaire aux critères suivants:
1. Une production à petite échelle
Les membres de lorganisation doivent produire du café à petite échelle. Ils comptent essentiellement sur la force de travail familiale et ne doivent pas dépendre dune
main-duvre extérieure.
2. Une gestion démocratique
Les membres participent au processus décisionnel de leur organisme. Ils décident des orientations à prendre et de la distribution des revenus supplémentaires résultant du commerce équitable.
3. La transparence
Le conseil dadministration, élu par les membres de la coopérative, doit assurer la transparence des activités de lorganisme afin de réduire les risques de fraudes.
4. Des valeurs de solidarité
La philosophie qui motive lorganisme est basée sur la pratique de la solidarité.
La discrimination politique, raciale, religieuse ou sexuelle ne peut avoir lieu.
Lorganisme doit rester ouvert à de nouveaux membres.
5. Lindépendance politique
Lorganisme ne doit pas être linstrument dun parti ou dun intérêt politique particulier.
6. Le développement durable
Lorganisme partage avec FLO-International et avec les autres organismes inscrits au Registre des producteurs de café les principes et les objectifs suivants:
- Lutilisation de techniques de production respectant les écosystèmes spécifiques et contribuant à la conservation des ressources naturelles, de façon à éviter autant que possible voire totalement lusage de produits chimiques.
- Privilégier le développement économique intégral, concentré sur lamélioration des techniques de production et sur la diversification de la production afin de diminuer la dépendance des producteurs à un seul produit comme source de revenus.
- Favoriser le développement social intégral par le biais de différents programmes visant à lamélioration des conditions de vie des membres et de leur communauté. Ces projets peuvent être liés à lhygiène, à lhabitat, à léducation, à lapprovisionnement en eau ou à dautres besoins désignés par les membres.
- Améliorer la qualité de la production afin que lorganisme puisse agrandir son marché tant dans le réseau conventionnel que dans celui du commerce équitable.
Il est possible de se procurer du café équitable provenant de la Bolivie, du Brésil, du Cameroun, de la Colombie, du Congo, du Costa Rica, de la République dominicaine, du El Salvador, du Guatemala, dHaïti, du Honduras, du Mexique, du Nicaragua, de la Papouasie Nouvelle Guinée, du Pérou, de la Tanzanie, de lOuganda et du Venezuela.
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Les critères Nord/Sud
Pour que soit apposé le logo de certification équitable à un café, les producteurs, les importateurs, les torréfacteurs et les grossistes doivent se conformer aux conditions
suivantes11 :
1. Un commerce direct
Tout le café vert destiné à être vendu sous le sigle du commerce équitable est acheté directement à des organismes de petits producteurs de café inscrits dans le Registre des producteurs de café de FLO-International. Quelque 324 organisations de producteurs de 18 pays sont actuellement inscrites sur le registre de commercialisation équitable administré par FLO. Sur ce nombre, 136 sont acceptées provisoirement et pourront figurer sur la liste permanente après avoir prouvé quelles pouvaient respecter leurs engagements durant au moins deux récoltes12.
2. Une relation à long terme
Les vendeurs et acheteurs sengagent à établir une relation stable et à long terme, au cours de laquelle les droits et les intérêts des deux parties sont mutuellement respectés. Aucun accord ne peut être conclu pour une période inférieure à un cycle de récolte. Tous les accords à long terme sont confirmés par un échange de lettres dintention, dans lesquelles les parties sentendent sur les volumes, sur la qualité, sur les modalités de fixation des prix et sur le calendrier dexpédition maritime. Les parties doivent aboutir à un accord par lettre dintention avant le début des récoltes pour chaque origine.
3. Des prix plus élevés que ceux des cours boursiers
Le prix dachat doit être fixé en accord avec les conditions établies par FLO-International dont voici les principales:
Prix de base
- Pour les Arabicas, le marché "C" de New York sert de base de calcul. Le prix est établi en dollarsUS par livre, en ajoutant ou en soustrayant le différentiel en vigueur pour la qualité correspondante, base F.A.B à lorigine (Franco à bord), poids net transporté.
- Pour les Robustas, le marché "Fox'' de Londres sert de base de calcul. Le prix est établi en dollarsUS par tonne métrique, en ajoutant ou en soustrayant le différentiel en vigueur pour la qualité correspondante, base F.A.B. à lorigine, poids net transporté.
Primes
- En plus des prix établis, il y a un surprix fixé à 0,05 $US par livre dans les cas où les indices du marché sont supérieurs au "prix planché équitable".
- Le café biologique doit avoir reçu une certification officielle reconnue. Un surprix de 0,15 $US par livre de café vert est alors ajouté au prix de FLO-International.
- Les prix minimums varient selon le type et lorigine du café. Les prix minimums ci-dessous, incluant les différentiels de qualité, le surprix fixe de FLO-International de 0,05 $US par livre et le surprix de 0,15 $US par livre pour le café biologique sappliquent ainsi:
| Type de café équitable |
Agriculture conventionelle |
Agriculture certifié biologique |
| |
Amérique centrale Mexique, Afrique |
Amérique du sud
Caraïbe |
Amérique centrale Mexique, Afrique |
Amérique du sud
Caraïbe |
| Arabica lavé |
1,26 |
1,24 |
1,41 |
1,39 |
| Arabica non lavé |
1,20 |
1,20 |
1,35 |
1,35 |
| Robusta lavé |
1,10 |
1,10 |
1,25 |
1,25 |
| Robusta non lavé |
1,06 |
1,06 |
1,21 |
1,21 |
Tous les prix sont en dollarsUS par livre F.A.B., port dorigine
Source: Max Havelaar. Tasse dinfo, no. 11, Juin 1997, p. 3
4. Accès à du crédit
Limportateur doit mettre à la disposition du vendeur, sur requête de celui-ci, une possibilité de crédit pouvant atteindre 60% de la valeur du contrat, calculé sur la base du prix minimum de FLO-International. Le vendeur et lacheteur sentendent sur un taux dintérêt qui ne doit pas dépasser ceux qui sont en cours en Europe, ceux-ci étant nettement inférieurs aux taux dAmérique latine et dAfrique. Le crédit est résilié au moment de lembarquement du café.
Le rôle des certificateurs
Les organismes de certification membres de FLO-International doivent sassurer que les critères de production et de commercialisation ont été respectés par les différents
participants tout au long du processus. Le Registre des producteurs de café est administré par un comité élu au sein de FLO-International. Tous les importateurs et les transformateurs qui veulent accéder à ce registre doivent signer un contrat de licence avec le membre de FLO-International du pays où ils sont établis. La responsabilité de la vérification des critères et des procédures de la coopérative à la frontière du pays consommateur relève de FLO-International. Dès que les produits sont sur les marchés nationaux, lorganisme de certification local assure la relève jusquà létalage où le café est distribué13.
En résumé, FLO-International a les responsabilités suivantes:
- Reconnaître les groupes de producteurs membres du Registre des producteurs de café de FLO-International. Maintenir avec eux une bonne communication et les
accompagner aussi loin que possible dans leur processus de développement. Sassurer quils respectent les critères du commerce équitable.
- Garantir le caractère équitable du produit en assurant la vérification des torréfacteurs qui vendent le café portant le sceau TransFair, Max Havelaar ou FairTrade.
- Informer et conscientiser les consommateurs, ainsi que promouvoir la vente des cafés certifiés équitables.
La relation avec les coopératives
Qui vérifie où?
Au sein de FLO-International, on divise les responsabilités de vérification dans les coopératives par région ou par pays. FLO-International compile tous les résultats afin de les
mettre à la disposition des différents intervenants.
| Région |
Organisme* |
Responsable |
| Coordination générale |
FLO-International |
Marjoleine Motz |
| Afrique |
| Pays anglophones et Angola |
Max Havelaar Pays-Bas |
Jos Harmsen |
| Pays francophones |
Max Havelaar Suisse |
Heini Conrad |
| Amérique latine |
| Guatemala Honduras Nicaragua et El Salvador |
Max Havelaar Pays-Bas |
Guillermo Denaux |
| République dominicaine et Hati |
TransFair International |
Reina Foppen |
| Bolivie et Pérou |
FLO-International |
Marjoleine Motz |
| Équateur, Colombie et Venezuela |
Max Havelaar Suisse |
Max Leuzinger |
| Mexique, Costa Rica et Panama |
TransFair International |
Ose Neilsen |
| Brésil |
TransFair International |
Ruediger Meyer |
| Asie |
 |
TransFair International |
Olaf Paulsen |
*Voir coordonnées complètes à la fin de ce document.
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