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Lire deux réflexions de Laure

Laure WaridelLaure Waridel, cofondatrice d’Équiterre et sociologue spécialisée en développement international et en environnement, est considérée comme l’une des pionnières du commerce équitable et de la consommation responsable au Québec. Depuis janvier 2007, elle se consacre principalement à sa famille ainsi qu’à plusieurs défis stimulants, comme la réalisation d’un documentaire. Après avoir été longtemps présidente de l’organisme, Laure y participe maintenant à titre de membre et de bénévole.
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Cri d’alarme contre les « Semences suicides »

Laure Waridel, écosociologue et cofondatrice d’Équiterre


Les mains foncées de Texla égrènent avec agilité les épis de maïs de la dernière saison. Ces grains jaune soleil serviront à la fabrication des tortillas du lendemain. La paysanne zapotèque met de côté les plus beaux afin qu’ils servent de semences. À l’autre bout du patio de sa maison, dans un coin sous des paniers en osier et des herbes suspendues, un autre amoncellement de maïs autochtone l’attend. Il est tout blanc et ses grains sont beaucoup plus petits. Il pousse à une autre altitude et a un goût différent. Nous sommes dans le village de Capulalpam, au cœur des montagnes d’Oaxaca, au Mexique. Nous sommes dans le berceau d’origine du maïs, où plus de 1800 variétés indigènes de cette céréale ont été répertoriées. Pratiquement chaque famille a « ses » maïs. Texla répète les gestes que des millions d’agriculteurs et agricultrices ont posés avant elle et posent encore, afin de préserver cette formidable biodiversité qui nourrit l’humanité depuis plus de 10 000 ans. Une biodiversité plus que jamais menacée par le « progrès » agricole.

Bien que l’utilisation de maïs transgénique soit officiellement interdite au Mexique depuis 1998, plusieurs analyses d’ADN ont prouvé que des variétés de maïs autochtones avaient été contaminées dans différentes régions du pays, notamment à Capulalpam. C’est dire à quel point, une fois disséminés dans l’environnement, certaines biotechnologies ont des effets secondaires imprévisibles. Si l’interpollinisation des plantes a causé la contamination de variétés souches par le gène Bt au Mexique, que penser des risques posés par la technologie Terminator (technologie de restriction de l’utilisation des ressources génétiques ou TRURG)?

La technologie Terminator est une technologie de stérilisation génétique des semences. Semences qualifiées de « suicides », car même replantées, elles ne germent pas. Les agriculteurs sont donc forcés de racheter des graines à chaque saison. Ils deviennent ainsi encore plus dépendants des grandes compagnies semencières qui vendent aussi des pesticides et des engrais chimiques. Autre crainte : que le pollen de ces nouvelles variétés disséminent leurs propriétés stériles aux cultures avoisinantes et aux espèces sauvages apparentées, comme l’a fait le maïs Bt au Mexique.

Si cette expérience se répétait avec la technologie Terminator, la biosécurité de la planète serait encore plus en danger. Quant à la souveraineté alimentaire des nations, elle apparaît déjà bien amputée si l’on considère que quatre compagnies multinationales (Dupont, Mitsui, Monsanto et Syngenta) détiennent 70 % des brevets des six aliments les plus consommés sur la planète : le riz, le maïs, le blé, la pomme de terre, le soya et le sorgho.

Les semences suicides sont largement condamnées en raison de leurs impacts potentiels graves pour les agriculteurs, les peuples autochtones, la sécurité alimentaire et la biodiversité. Cette biotechnologie est à tel point menaçante qu’un moratoire international interdit sa propagation depuis l’an 2000.

Alors que se tenait, au cours des deux dernière semaines, une rencontre de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique à Curitiba, au Brésil, les compagnies multinationales intensifiaient leur lobby, afin de faire lever ce moratoire qui recommande aux gouvernements de ne pas approuver Terminator pour les essais en champs et la commercialisation. Ces compagnies ont un allié politique important, qui n’a pourtant pas signé cette convention : le gouvernement américain. Celui-ci est en effet copropriétaire du brevet sur cette biotechnologie. Le Canada fait donc l’objet de pression de la part des États-Unis et de l’industrie biotechnologique afin qu’il se positionne en leur faveur.

Ainsi, de manière récurrente, le Canada pousse en faveur des intérêts économiques de quelques grandes entreprises au détriment du principe de précaution qui doit protéger la sécurité alimentaire mondiale et la biodiversité. Il est temps d’exiger que notre gouvernement interdise les semences suicides à l’intérieur de nos frontières une fois pour toute et qu’il s’allie aux agriculteurs du monde entier pour appuyer le moratoire sur cette biotechnologie aux Nations Unies. Afin de faire connaître votre position dans ce dossier, envoyez un message directement au premier ministre canadien, Stephen Harper, à la ministre de l'Environnement, au ministre de l'Agriculture et à la ministre de la Coopération internationale, à partir de ce site Internet : www.interdireterminator.org.

Merci de poser ce geste!

 
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