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Pourquoi le premier ministre Trudeau ne se « chargera pas » d’Énergie Est

Réponse à l’article « Mulroney encourage Trudeau à se charger personnellement du projet Énergie Est » par Robert Fife, publié le 13 septembre 2016 

Dans l’édition d’hier du Globe and Mail, Robert Fife a publié un article traitant d’un discours prononcé par l’ancien premier ministre Brian Mulroney, qui expliquait que le premier ministre Justin Trudeau devrait « se charger personnellement » du projet Énergie Est.

Nous croyons fortement que le premier ministre Trudeau ne fera pas, et ne devrait absolument pas faire une telle chose.

Pourquoi? Ne serait-ce que parce que le projet Énergie Est est extrêmement controversé au Québec, où les libéraux ont remporté 40 sièges sur 78 lors des dernières élections (cela n’arrive pas souvent!), et aussi parce que plus de 300 municipalités s’y sont opposées, en plus de deux grands syndicats (vous avez bien lu; les deux plus grands syndicats au Québec se sont prononcés contre Énergie Est). De plus, l’Union des producteurs agricoles a aussi décidé de s’opposer à ce projet (ce qui en fait le premier projet d’énergie auquel l’Union s’est opposée).

Ensuite, il y a le fiasco de l’Office national de l’énergie, qui était censé aider à rétablir la « confiance dans nos processus d’évaluation environnementale ». Eh bien, ce plan est tombé à l’eau la semaine dernière lorsque, sous la pression des Premières Nations, des municipalités, des citoyens, des groupes environnementaux et même du gouvernement fédéral, le panel qui devait évaluer le projet a dû se récuser (tout comme le président et le vice-président de l’ONE).

À la lecture des commentaires de M. Mulroney, on se demande à quels « marchés » il fait référence exactement. S’agirait-il des mêmes marchés qui ont causé la perte de 50 000 emplois en Alberta au cours des deux dernières années? Ou bien du marché asiatique qui a un accès plus rapide et moins cher aux approvisionnements dans son propre coin du globe, notamment au pétrole de la Russie et de l’Arabie Saoudite, lui permettant d’éviter des mises à jour coûteuses qui pourraient être nécessaires pour traiter notre bitume lourd? Peut-être que quelqu’un aurait pu lui rappeler que l’entreprise Irving Oil a fini par reconnaître que même si Énergie Est avait vu le jour, elle aurait continué à importer le pétrole d’Arabie Saoudite en raison de son faible coût.

La dernière et peut-être plus importante raison pour laquelle nous pensons que le premier ministre Trudeau ne devrait pas « se charger personnellement » d’Énergie Est est son propre discours du mois de janvier dernier, lorsqu’il a dit que son gouvernement n’agirait pas en tant que « meneur de claque » pour des projets de pipelines.

De sages paroles, en effet.

Le gouvernement précédent a essayé cette approche, et nous en constatons maintenant les dégâts.

Si le premier ministre devait se charger de quelque chose, ce serait de faire en sorte que le processus d’évaluation de projets de pipelines soit entièrement révisé.

 

Sidney Ribaux, Directeur général, Équiterre

Steven Guilbeault, Directeur principal, Équiterre