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Action collective et compétitivité des exploitations agricoles engagées dans les circuits de proximité

Degré de satisfaction des 32 agriculteurs ayant répondu à l’enquête quant à leur système d’activités

Depuis une dizaine d’années, la durabilité du système alimentaire conventionnel est remise en question, notamment en raison de son mode de production intensif. Un projet de recherche piloté par des chercheurs de l’Université Laval a analysé la productivité des exploitations agricoles engagées dans les circuits courts, qui représentent une solution de rechange au mode de production conventionnel.


Par ce projet de recherche, les auteurs ont tenté de mieux comprendre les facteurs modulant la productivité des exploitations qui ont recours à la mise en marché de proximité, et l’impact de leurs démarches collectives sur leur compétitivité. Les auteurs posent l’hypothèse voulant que la diversification de l’offre proposée par les producteurs de même que la multiplicité d’activités (production, transformation, distribution et vente) que génère la mise en marché de proximité contredisent les théories économiques classiques, qui considèrent que la spécialisation permet une plus grande productivité. Ce rapport présente donc une analyse de la pérennité des circuits de proximité chez les agriculteurs qui en ont fait l’axe central de leur stratégie de mise en marché.


Les auteurs de ce rapport définissent la proximité de la manière suivante (p. 2) : « La proximité […] est un concept à la fois relationnel et spatial. Il touche à l’économie et à la géographie et concerne ce qui éloigne ou rapproche des individus ou des collectifs dans la résolution d’un problème économique. »


La première partie du rapport porte sur la productivité des différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement (production, transformation et distribution) chez les agriculteurs qui utilisent les circuits courts. Le rapport montre que la productivité des activités de production est souvent faible, ce qui dans certains cas entraîne une valeur ajoutée négative. Cette faible productivité des activités de production n’est guère surprenante, car tout le système en circuit court est bâti en fonction de la valorisation des activités en aval de la production (transformation, vente directe, accueil de la clientèle).


Contrairement à la phase de production, les activités de distribution présentent une productivité plus élevée. Toutefois, le contact avec les clients, caractéristique inhérente aux circuits courts, amène les producteurs à diversifier leur offre de produits (primaires ou transformés), ce qui peut réduire la productivité de cette étape lorsque le niveau de diversification des produits est trop élevé.


La réussite économique semble reposer sur la rationalisation de certaines opérations en misant, par exemple, sur la vente de paniers de produits selon une formule favorisant le vrac, la vente des surplus au commerce de gros, la vente à la ferme ou la spécialisation des activités (autocueillette, activités éducatives à la ferme, vente en gros via une entreprise de mise en marché, produits de niche, etc.).


La satisfaction sociale, professionnelle et financière des agriculteurs a également été analysée dans l’objectif d’intégrer la dimension de durabilité des entreprises à la notion de productivité économique. Ce rapport révèle une satisfaction plutôt élevée chez les agriculteurs quant à leur capacité à se réaliser au travail (voir le graphique ci-dessous) : 73,3 % des exploitants qui ont participé à l’enquête se sont dits très satisfaits ou parfaitement satisfaits. L’aspect apportant le plus de satisfaction chez les répondants réside dans la reconnaissance sociale qu’ils gagnent, alors que leur satisfaction sur le plan financier est plus nuancée. Bien souvent, les agriculteurs estiment que la rémunération que leur travail leur procure ne compense pas les efforts qu’ils fournissent (notamment dans le cas des petites exploitations qui ont recours au travail bénévole, comme l’aide de la famille), et ce, même si la maximisation des profits n’apparaît pas comme leur premier objectif.


La deuxième partie du rapport s’est penchée sur le fonctionnement des collectifs d’agriculteurs qui mutualisent leurs ressources pour améliorer leur compétitivité des exploitations en circuits de proximité. L’objectif était d’étudier la viabilité de ces collectifs.
Les collectifs peuvent recourir à différents outils pour améliorer leurs revenus : tarification des services, frais annuels d’adhésion, emprunts, subventions et collectes de fonds. Peu de collectifs exploitent l’ensemble de ces outils. Les auteurs insistent sur le fait que les subventions, qui sont très présentes en début de projet, ne doivent pas être une finalité en soi. Le but ultime est de financer les activités de manière autonome. Pour ce faire, les collectifs doivent miser sur plusieurs outils, et non seulement la tarification des services.


L’engagement des membres au sein du collectif a aussi un impact déterminant sur la viabilité du projet. En effet, l’engagement influe beaucoup sur la dynamique sociale au sein du groupe, de même que sur sa situation financière. Un membre engagé sera prêt à se mobiliser et à investir davantage afin d’assurer la survie du collectif.

Source:

Patrick Mundler, Sophie Laughrea, Jennifer Jean-Gagnon, et Annie Royer. 2016. Action collective et compétitivité des exploitations agricoles engagées dans les circuits de proximité. Rapport final remis au MAPAQ dans le cadre des projets Innov’action. Québec : Université Laval.