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Blanc de Gris : des pleurotes poussent dans Hochelaga!

Post - Blanc de gris

Depuis le mois de juin, de délicieux pleurotes poussent dans Hochelaga!

Cela fait deux ans que Dominique Lynch-Gauthier et Lysiane Roy Maheu mûrissent leur projet de culture de pleurotes au cœur de Montréal. Dominique a fait une maîtrise en sciences de l’environnement à l’UQÀM et a depuis longtemps un grand intérêt pour l’agriculture urbaine. Alors qu’elle cultivait déjà des champignons dans son jardin, elle a assisté en 2013 à une présentation de UpCycle, une entreprise parisienne qui depuis 2011, produit des pleurotes sur du marc de café. C’est alors qu’elle a proposé à son amie Lysiane de se lancer dans l’aventure de la myciculture à Montréal; le projet Blanc de Gris voyait le jour. Avec seulement 19 champignonnières au Québec, dont aucune à Montréal, il s’agissait d’une belle occasion!

Petite histoire d'une belle idée

Deux années de préparation ont ensuite été nécessaires : formation à la culture intérieure de champignons, tests de culture, aménagement du local de production, commande de pièces sur mesure et préparation du plan d’affaires. Au cours de la deuxième année, les deux amies ont participé au programme de Soutien au travail autonome financé par Emploi-Québec, qui offre des formations pour élaborer un plan d’affaires, fonder une entreprise et développer un argumentaire de vente, ainsi qu’un soutien financier pendant 52 semaines.

Le principal obstacle au projet a été le financement. Les banques ont été les plus difficiles à convaincre : trois de celles-ci ont refusé de financer le projet avant que la Banque Royale du Canada n’accepte de leur octroyer un prêt de 90 000 $. D’autres organismes comme la Corporation de développement de l’Est (CDEST), Futurpreneur Canada et la Banque de développement du Canada (BDC) ont soutenu le projet avec des prêts supplémentaires de 95 000 $. Le projet a aussi gagné un prix de la Fondation Montréal inc. et des bourses de Jeune promoteur et de la Financière agricole du Québec, pour un total de 35 000 $.

Ainsi, c’est au printemps 2015 que Blanc de Gris a débuté la production. Selon le principe de l’économie circulaire, leurs pleurotes sont produits à partir de déchets récoltés localement (dans un rayon maximal de 7 km) : du marc de café, des résidus de drêches de brasserie, des copeaux de bois d’émondage et du son de café (résidus de la torréfaction). Tous ces déchets sont récupérés gratuitement et pasteurisés à 70 °C avant d’être utilisés pour la culture de pleurotes. La technique de production choisie par Blanc de Gris est la culture en seaux perforés. Chaque seau peut contenir 18 litres du mélange de déchets organiques et de champignon, et peut produire jusqu’à 3 kg de pleurotes frais en quelques mois. Une fois la culture terminée, le contenu des seaux est revalorisé sous forme de compost pour le jardin.

La commercialisation des pleurotes Blanc de Gris se fait uniquement par vente directe au consommateur. Lysiane, qui s’occupe plus du volet commercial, aime le contact direct avec ses clients, qu’elle voit chaque semaine et avec qui elle peut discuter de ses produits. Marc-Olivier Eloy, chef cuisiner du Petit Extra, est l’un de leurs premiers clients; il apprécie particulièrement la qualité supérieure de leurs pleurotes, leur tenue dans l’assiette et les couleurs allant du gris bleu au chocolat crème des différentes variétés. Bien que le prix soit plus élevé que dans la grande distribution (25 $ le kilo frais), ce restaurant est prêt à payer davantage pour un produit frais, local, de haute qualité et produit à longueur d’année (ce qui est rare au Québec!). Étant donné que les déchets organiques sur lesquels poussent les pleurotes ne sont pas biologiques, Blanc de Gris ne peut pas obtenir la certification biologique. Cependant, aucun pesticide n’est utilisé lors de la culture, une bonne pratique qui peut être valorisée lors des échanges directs avec les consommateurs. Avec la grande distribution, il aurait été beaucoup plus difficile de faire comprendre aux consommateurs la valeur ajoutée du produit qui justifie son prix plus élevé.

Pour l’instant, Blanc de Gris fourni principalement des restaurants de l’Ile de Montréal (le Petit Extra, Toqué, Pastaga, l’Épicier, Accords et Le Ste-Cath) ainsi que les fermes Lufa. Produisant actuellement environ 20 kg de pleurotes frais par semaine, les deux fondatrices espèrent rapidement atteindre d’ici quelques mois leur objectif de 300 kg par semaine, ce qui représentera un chiffre d’affaires annuel d’environ 375 000 $.

Lorsque la production sera plus importante, d’autres canaux de vente pourront être envisagés, comme un comptoir de vente directe pendant certains jours de semaine, des commandes en ligne par l’entremise du site web de l’entreprise, et des groupes d’achats collectifs. Dans le futur, les entrepreneures aimeraient également pouvoir composter elles-mêmes leurs déchets de culture afin d’optimiser le cycle de production. Enfin, une campagne de sociofinancement est en préparation pour la construction d’un espace de transformation, qui servira à valoriser les invendus sous forme de champignons marinés, d’assaisonnements et de tapenades.

Un projet montréalais à suivre!

Sources :

Entretien avec Dominique Lynch-Gauthier et Lysiane Roy-Maheu, cofondatrices de Blanc de Gris.

Entretien avec Marc-Olivier Eloy, chef cuisinier du Petit Extra.