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La Tablée des Chefs : quand la réduction du gaspillage alimentaire et les services communautaires vont de pair

Crédit: La Tablée des chefs

Quiconque a déjà travaillé dans le milieu HRI (hôtels, restaurants et institutions) a forcément constaté le gaspillage alimentaire considérable qu’engendre ce secteur. Chaque jour, en conséquence des surplus produits, un important nombre de plats préparés par certaines des meilleures cuisines est jeté.

Consterné par cette réalité alors qu’il était directeur des ventes dans plusieurs grands hôtels de la région métropolitaine, Jean-François Archambault a entrepris des démarches en 2002 afin de donner vie à une idée aussi simple qu’innovante : pourquoi ne pas créer un organisme qui gérerait le partage des surplus alimentaires entre les établissements du milieu HRI et les organismes qui redistribuent les denrées alimentaires dans les milieux défavorisés? C’est ainsi que La Tablée des Chefs est née, se donnant pour mission de nourrir les personnes dans le besoin et de développer l’éducation culinaire des jeunes.

Depuis sa création, La Tablée des Chefs n’a pas cessé de croître. Ses activités s’étendent aujourd’hui d’un bout à l’autre du Canada de même qu’en France et au Mexique; les États-Unis sont également dans la mire de l’organisation. C’est que sa mission, qui comporte deux volets — nourrir et éduquer —, connaît un vif engouement. D’une part, le volet éducatif consiste à développer l’éducation culinaire des jeunes par l’entremise d’ateliers prodigués par les Brigades culinaires dans les écoles secondaires, des programmes de formation culinaire dans les centres jeunesse et de la Cuisine d’été. D’autre part, le volet nourricier repose principalement sur le service de récupération alimentaire, des ateliers culinaires destinés aux entreprises et la Semaine des écoles hôtelières, durant laquelle des centaines d’étudiants en cuisine mettent la main à la pâte pour cuisiner des repas au profit des banques alimentaires du Québec. À cela s’ajoutent encore nombre d’événements et d’initiatives de tous genres qui allient cuisine savoureuse et création de liens sociaux.

En raison de ses bienfaits environnementaux, c’est principalement le service de récupération alimentaire qui a retenu notre attention pour cet article. Selon Caroline Poirier-Parisé, la principale fonction du service de récupération alimentaire est de servir d’agent de liaison entre les établissements donateurs et les organismes qui redistribuent les aliments par l’entremise de la plateforme web : www.recuperationalimentaire.org.

Les établissements qui souhaitent faire don de leurs surplus alimentaires communiquent directement avec Mme Poirier-Parisé ou sont contactés par celle-ci. Elle choisit ensuite un organisme de redistribution alimentaire situé à proximité de l’établissement fournisseur. Pour la modique somme de 50 $ par cueillette, La Tablée des Chefs fournit aux donateurs le matériel nécessaire (contenants, chaudières, étiquettes, etc.) et ces derniers emballent ensuite les plats sélectionnés. L’organisme de redistribution sélectionné s’occupe enfin du transport des denrées et les redistribue gratuitement — ou pour un montant d’environ 1 $ — à ceux qui en ont besoin. Les bénéficiaires de ce service peuvent être des familles à faible revenu, des enfants, des travailleurs et travailleuses dans une situation précaire ou encore des sans-abri. En 2015, 498 204 portions de nourriture ont été redistribuées.

Les organismes communautaires qui redistribuent les portions de nourriture sont aussi nombreux et diversifiés que les établissements donateurs. Plusieurs dizaines de ces derniers font plus ou moins régulièrement affaire avec La Tablée des Chefs. Les principaux donateurs, pour n’en nommer que quelques-uns, comptent le Centre Bell, le Centre Vidéotron, Première Moisson, le Centre Sheraton Montréal Hôtel, le Delta Montréal, HEC Montréal, l’École de technologie supérieure (ÉTS) et le CHUM Hôtel-Dieu. Les plus gros organismes reçoivent généralement les dons des plus grands donateurs. Par exemple, Mission Bon Accueil reçoit la nourriture des loges du Centre Bell. Bref, le service de récupération alimentaire jouit d’une grande popularité.

Bien qu’il n’y ait pas vraiment de restrictions quant à la provenance de la nourriture pouvant être donnée — du moment que celle-ci est saine et sécuritaire —, les vertus écologiques du service de récupération alimentaire sont indéniables. Chaque année, des milliers de plats préparés évitent la poubelle grâce à La Tablée des Chefs. De plus, les organismes qui reçoivent les dons sont sélectionnés en fonction de leur proximité géographique par rapport à l’établissement donateur. Il s’agit de circuits alimentaires de proximité de deuxième vie, destinés à aider les gens dans le besoin. Par ailleurs, il est pertinent d’ajouter que par l’entremise de ses autres activités, l’organisme de M. Archambault tend à prioriser les aliments produits au Québec lorsque la situation le permet. Dans tous les cas, La Tablée des Chefs peut se réjouir de son succès pleinement mérité, qui allie cuisine saine, services communautaires et conscience écologique.

Sources

Entrevue réalisée le 24 août 2016 avec Caroline Poirier-Parisé, coordonnatrice au service de récupération alimentaire.

La Tablée des Chefs (page consultée le 31 août 2016).

Le service de récupération alimentaire (page consultée le 1er septembre 2016).