Skip to Content

Le mouvement « Farm to School » aux États-Unis : un succès national

MEM Équiterre

Depuis une dizaine d’années, le mouvement Farm to School prend de plus en plus d’ampleur aux États-Unis, multipliant les comptoirs à salades et les menus saisonniers dans les cantines scolaires, les potagers à l’école, les visites éducatives de fermes locales, de même que les cours de nutrition, de cuisine et de jardinage dans les programmes scolaires.

Le mouvement a vu le jour en 1996, en réaction à la crise agricole et à l’augmentation inquiétante de l’obésité chez les enfants. Les projets pionniers se sont développés indépendamment les uns des autres, tout en poursuivant le même objectif : sensibiliser les élèves des écoles primaires et secondaires et leur communauté à une alimentation plus saine et plus locale. À la suite du succès des premières initiatives, le mouvement s’est rapidement propagé à tout le pays. Voici, dans l’ordre chronologique, les étapes clés de l’histoire de ce mouvement :

  • 2002 : la première conférence nationale Farm to School rassemble 250 participants à Seattle.
  • 2004 : le réseau compte déjà 400 programmes répartis dans 22 États du pays. Le site web du réseau (farmtoschool.org) est lancé et le Département américain de l’agriculture (USDA) crée le premier programme national Farm to School, intégré au plan d’action Child Nutrition Reauthorization Act.
  • 2005 : la fondation W. K. Kellogg consacre 2,3 millions de dollars au développement du réseau.
  • 13 décembre 2010 : le président Obama ratifie le plan d’action sur dix ans Healthy, Hunger-Free Kids Act (loi S.3307), qui prévoit un budget annuel de cinq millions $ pour le programme national Farm to School.
  • 2012 : 33 États ont déjà adopté des politiques en matière de santé, d’agriculture et d’éducation soutenant directement des programmes étatiques Farm to School, et le réseau nomme un responsable-coordonnateur pour chaque État.
  • 2013 : le réseau Farm to School compte 40 328 cantines scolaires, ce qui représente 44 % des écoles publiques du pays.
  • 2013 à 2015 : plus de 12 300 écoles bénéficient de l’aide financière gouvernementale, et 221 bourses gouvernementales d’une valeur de 14 613 de dollars à 100 000 $ chacune sont attribuées à des écoles, des organisations et des producteurs locaux. Ces bourses sont prioritairement octroyées aux écoles qui comptent un grand nombre d’élèves bénéficiant d’un rabais sur le coût des repas scolaires.

En plus de menus sains et locaux, les programmes Farm to School comprennent parfois des formations sur l’alimentation, l’agriculture et la nutrition, qui sont destinés aux élèves (65 % des projets), au personnel des cantines (46 %), aux enseignants (31 %), et même aux parents d’élèves (18 %). Des activités telles que des sorties sur le terrain, des cours de cuisine, l’aménagement d’un potager à l’école et des séjours d’apprentissage en milieu agricole se développent de plus en plus.

Après plus de dix ans de fonctionnement, les retombées de ces programmes sur les personnes qui y participent commencent à être étudiées. Ainsi, les enfants participants à un programme Farm to School mangent en moyenne entre 0,99 et 1,3 portion de fruits et de légumes de plus par jour. Une augmentation moyenne de la fréquentation des cantines scolaires par les élèves de 9 % a également été observée.

Le mouvement a également un impact bénéfique manifeste sur l’économie locale. D’après une étude menée en 2011, chaque dollar investi dans un programme Farm to School génère en moyenne 2,16 $ dans l’économie locale, et chaque emploi créé génère en moyenne 1,67 emploi supplémentaire. Pour l’année scolaire 2011-2012, plus de 385 millions de dollars ont été réinvestis directement dans la communauté grâce aux projets Farm to School. Un fermier participant à l’un de ces programmes a vu ses revenus augmenter de 5 % en moyenne.

D’après l’USDA, la clé du succès d’un projet Farm to School réside dans le soutien de la communauté et dans l’instauration d’une collaboration forte et durable avec le système alimentaire local. Un tel projet peut ainsi constituer un véritable levier pour l’alimentation locale à l’échelle de la communauté.

Parallèlement, le mouvement Farm to School remporte un vif succès auprès de la population étasunienne. D’après une récente étude, 88 % des Étatsuniens souhaiteraient voir augmenter les budgets gouvernementaux pour les programmes Farm to School. En février 2015, le plan d’action Farm to School Act of 2015 a été introduit au Congrès; il demande notamment que les fonds gouvernementaux pour le programme soient augmentés à 15 millions de dollars par année. En effet, les demandes de bourse sont actuellement cinq fois plus nombreuses que ce que le programme de financement peut soutenir. De plus, le nouveau plan d’action vise à ouvrir le programme de financement aux écoles maternelles, aux garderies après les heures d’école et en congés scolaires.

Voilà un bel exemple de mouvement originalement local et citoyen qui, grâce au soutien des communautés, des pouvoirs publics locaux et du gouvernement, a pu gagner une ampleur inespérée pour s’étendre aujourd’hui à tout le pays.

Sources :

USDA :

Feenstra, G., et Ohmart, J. 2012. « The evolution of the school food and farm to school movement in the United States: connecting childhood health, farms and communities ». Childhood obesity, 8(4) : 280-289.

Fondation W. K. Kellogg : enquête 2015.