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Le sociofinancement, une solution de rechange citoyenne aux emprunts bancaires

Sociofinancement

Sociofinancement, financement participatif ou crowdfunding, tous ces termes réfèrent au même concept : le financement direct de projets par les citoyens. Si les modes de paiement et les canaux de diffusion ont bien changé au fil du temps, cette pratique existe depuis des centaines d’années. Cependant, avec l’implantation des paiements sur internet et le succès mondial des réseaux sociaux, le financement participatif prend aujourd’hui une ampleur historique alors que ce phénomène accuse une croissance de plus de 100 % par année. En 2012, le sociofinancement a permis la réalisation de 1,1 million de projets à travers le monde. Bien que leur nombre croît constamment, certaines estimations indiquent qu’il existe plus de 600 plateformes de financement participatif dans le monde dont 45 en activité au Canada.

Les projets de circuits courts en agroalimentaire sont de plus en plus nombreux sur les plateformes de sociofinancement. Et parce qu’ils sont locaux, qu’ils bénéficient déjà d’un réseau de sympathisants et qu’ils défendent des valeurs sociales et environnementales, les projets en circuits courts possèdent d’emblée de bons atouts pour réussir leur campagne.

Comment une campagne de sociofinancement fonctionne-t-elle? Comment la réussir?

Tout d’abord, il existe deux grands types de financements participatifs : le premier ne comporte pas de contrepartie financière, alors que le second en comporte une. Le financement participatif sans contrepartie financière fonctionne selon le principe du don, et offre éventuellement une récompense symbolique aux donateurs. Ce type de sociofinancement est le plus connu du grand public et n’est encore soumis à aucune réglementation. Actuellement, il existe entre 6 et 8 plateformes de sociofinancement sans contrepartie financière au Québec; il en existe 32 au Canada. Le financement participatif avec contrepartie financière, également appelé sociofinancement en capital, consiste quant à lui à prêter de l’argent à une entreprise ou à se procurer des parts dans celle-ci. Au Canada, ce type de transaction est considéré comme un investissement, et est conséquemment assujetti depuis mai 2015 à un certain nombre de lois pour prévenir la fraude et protéger les utilisateurs.

Le choix de la plateforme sur laquelle lancer une campagne dépend des objectifs de financement et du public ciblé. Ainsi, certaines plateformes comme Ulule n’hébergent que des campagnes dites fixes; tant que l’objectif de financement n’est pas atteint à 100 %, aucun don n’est prélevé (principe du « tout ou rien »). Pour Ulule, la pleine atteinte de l’objectif de financement est fondamentale. Cela permet notamment de démontrer la pertinence du projet proposé, de même que la capacité du promoteur à se fixer des objectifs réalistes et à les atteindre.

D’autres plateformes comme Haricot acceptent les campagnes flexibles où les dons sont directement perçus, quel que soit le résultat final de la campagne quant à l’atteinte de l’objectif de financement initial. L’été dernier, la ferme La JoualVert, qui effectue une mise en marché de proximité à travers le réseau des fermiers de famille, a opté pour ce genre de campagne à la suite de la destruction de 85 % de ses cultures. Devant l’urgence de remédier à cette situation, La JoualVert cherchait un moyen rapide et facile de récolter des dons pour assurer la livraison des paniers à ses abonnés et réparer les dégâts aux champs. « Si on récoltait 1 000 $, on était déjà content! », nous confie Stéphanie Leclerc, copropriétaire de La JoualVert. Finalement, leur objectif de 10 000 $ a été atteint à 94 % en 30 jours!

Le sociofinancement constitue une solution de rechange aux emprunts bancaires pour les projets qui ne sont pas encore assez matures. Une campagne permet de mesurer l’intérêt des consommateurs, de consolider le réseau autour d’un tel projet et de l’élargir en en faisant la promotion. Une campagne réussie démontrera ensuite aux banques que le projet est sérieux et qu’il intéresse le public. Ainsi, des partenariats peuvent se former entre les plateformes de sociofinancement et les banques comme l’a fait Ulule Canada avec la Banque Nationale.

Une campagne de sociofinancement ne s’improvise pas. Cela demande beaucoup de préparation, ainsi qu’un travail soutenu durant toute la durée de la campagne afin de mettre à jour l’information et de remercier les donateurs. La plupart des plateformes proposent un service d’accompagnement. Nous avons demandé à François Bédard, directeur d’ulule Canada, de nous donner les meilleurs conseils pour une campagne réussie. Tout d’abord, la durée idéale d’une campagne est d’environ 30 jours, et ce sont les premiers et les derniers jours qui sont les plus importants. Par exemple, la ferme La JoualVert a récolté plus de 50 % de tous les dons récoltés lors des dix premiers jours de sa campagne. Les médias sociaux comme Facebook sont également un passage obligé. L’information y circule très vite et n’atteint pas seulement le réseau initial du promoteur, mais également les amis de ses amis. Une autre bonne pratique consiste à préparer une vidéo présentant le projet. Si celle-ci est bien réalisée, elle peut contribuer à récolter entre 20 et 25 % du financement visé par la campagne selon François Bédard. Il est en outre important de tenir les donateurs informés de la progression de la campagne, et de constamment les remercier pour leur soutien. Enfin, pour relancer l’intérêt du public, rien de mieux que de donner des nouvelles en cours de campagne.

Pour plus d’information :
Les lois régissant le sociofinancement en capital :
- Fonds des médias du Canada, 2015, Contexte réglementaire du financement participatif en capital au Canada.

Les bonnes pratiques d’une campagne de sociofinancement :
Fonds des médias du Canada, Ingrédients pour une campagne de financement participatif réussie.

Diane Bérard, 9 conseils pour réussir sa campagne de financement participatif, Les Affaires, 8 août 2015.

Sources :
Fonds des médias du Canada, Financement participatif dans un contexte canadien.

Site Internet d'Ulule.

Gouvernement du Québec, 2015, Le financement participatif.

Entretien avec François Bédard, directeur général d’Ulule Canada.

Entretien avec Stéphanie Leclerc, copropriétaire de la ferme La JoualVert.