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LES INCUBATEURS D’ENTREPRISES AGRICOLES : UN MODÈLE INNOVATEUR À DÉVELOPPER POUR ASSURER LA RELÈVE

mem- incubateurs agricoles

 D’après l’Union des producteurs agricoles (UPA), seulement 2 % de la superficie totale du Québec sont consacrés à l’agriculture. Les terres agricoles sont encore plus rares dans les zones périurbaines, où l’étalement urbain fait gonfler la valeur foncière. Or, certains modèles d’incubateurs d’entreprises agricoles se donnent justement pour mission de favoriser la relève agricole en contexte périurbain, et d’encourager les pratiques innovantes dans une perspective de développement durable et de préservation du territoire agricole.

C’est le type de modèle qu’a décidé d’appliquer la Ferme Bord-du-lac. Cette dernière a vu le jour en 2009 à l’initiative de Benoit Girard, agronome et consultant en gestion, et de son épouse. Il aura fallu trois ans à l’exploitation pour devenir autonome financièrement et être prête à jouer le rôle d’incubateur. Ainsi, depuis 2012, elle aide les nouveaux entrepreneurs à démarrer leur entreprise en leur fournissant des terres agricoles, des outils agraires, des infrastructures de productions, et de multiples services de conseil et de formation. La Ferme Bord-du-lac a commencé ses activités d’incubateur en accueillant seulement deux entreprises. Depuis ce temps, neuf autres entreprises se sont installées sur la ferme, se partageant ainsi les quinze hectares disponibles. D’ailleurs, des projets d’agrandissement du site sont à l’étude.

Les nouveaux entrepreneurs agricoles qui se sont joints à la Ferme Bord-du-lac souhaitent que leur projet devienne leur principale source de revenus. Contrairement à la majorité des incubateurs où l’incubation dure en moyenne de trois à cinq ans, les entreprises incubées à la Ferme Bord-du-lac disposent de tout le temps nécessaire pour développer leur projet puisqu’elles sont liées à celle-ci par des contrats dont la durée est indéterminée; Benoit Girard attribue d’ailleurs le succès de l’incubateur à ce facteur. Le processus de sélection très exigeant des projets — tous doivent posséder un plan d’affaire viable — et le partage d’expériences entre les différents entrepreneurs sont les autres clés de son succès. D’autres facteurs, tels que l’expertise du personnel, les services fournis, et les aspects relationnels contribuent à augmenter la performance de l’incubateur. L’un des rares inconvénients de ce modèle, selon Benoit Girard, réside dans sa structure de gouvernance très verticale. En effet, par manque de temps, les entrepreneurs participent peu au processus décisionnel du conseil d’administration. L’agronome doit donc prendre l’ensemble des décisions opérationnelles. Néanmoins, de nombreuses rencontres sont organisées entre les entrepreneurs pour favoriser la coordination et le partage d’expérience.

À titre d’incubateur, la Ferme Bord-du-lac soutient la création d’entreprises propices à l’investissement et à la création d’emplois dans le secteur agricole. Elle multiplie ainsi les projets pour proposer une forme d’agriculture à forte valeur ajoutée qui a des retombées économiques et sociales sur la région, que ce soit en matière d’emplois, d’investissements dans une propriété foncière, ou de promotion de comportements plus écoresponsables. Par exemple, elle est membre du Réseau des fermiers de famille d’Équiterre. Les paniers bio qu’elle distribue sont composés des produits des entreprises incubées et de ceux de la Ferme Bord-du-lac. Outre ce mode de distribution, la ferme et ses protégées contribuent aux échanges économiques locaux par d’autres formes de mise en marché de proximité. Ainsi, alors que la Ferme Bord-du-lac vend le reste de sa production à un kiosque à la ferme, les entreprises incubées vendent leurs produits dans des marchés publics et directement à des restaurants et à des épiceries.

La Ferme Bord-du-lac souhaite être un modèle pour d’autres initiatives ayant des visées similaires. C’est le cas du Hudson Food Collective (HFC), un organisme à but non lucratif de la Montérégie qui souhaite créer un système alimentaire juste et sain. Encore à la phase de conception, le projet Land Trust entend soutenir les nouveaux agriculteurs, et constituer un système de fiducie foncière agricole pour protéger les terres arables contre la spéculation. En effet, la valeur moyenne des terres en culture a augmenté de 26 % depuis 2014, et l’un des plus gros défis pour la relève agricole non apparentée consiste à trouver la terre idéale auprès d’un agriculteur enclin à transférer sa ferme et ses connaissances. D’autres initiatives voient donc le jour pour favoriser cette relève. L’une d’elles est la Banque de terres. Il s’agit d’un projet du MAPAQ et de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) qui permet de jumeler les agriculteurs en devenir à des propriétaires fonciers selon des ententes adaptées : la location avec ou sans option d’achat, le partenariat, le transfert, le démarrage, ou le mentorat. La Banque de terres vise à la fois à augmenter l’accessibilité des terres et à maintenir le dynamisme agricole de nos régions. Un autre programme semblable est le Fonds d’investissement pour la relève agricole (FIRA). Le FIRA fait l’acquisition d’une terre, et la loue à un agriculteur selon un bail de quinze ans, en plus de lui offrir la possibilité d’acquérir la terre au terme de celui-ci. Les initiatives agricoles non conventionnelles ont décidément le vent en poupe!

Sources:

Entretien avec Benoit Girard, coordinateur de la Ferme Bord-du-lac.
Rapport de Benoit Girard sur l’incubateur d’entreprises agricoles la Ferme Bord-du-lac.
Site web de la Ferme Bord-du-lac.
Jean Philippe Perrier et Stéfanie Cantin. 2012. Analyse et évaluation d’impact des incubateurs d’entreprises agricoles au Québec. Québec : Université Laval.
Bulletin Transac-Terres. 2016.
Arnaud, Le Chatelier. 2017. L’agriculture maraîchère sur petites surfaces au Québec : portrait et impact environnemental. Sherbrooke : Université de Sherbrooke.
Site web de la Banque de terres.