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Pérenniser l’alimentation de proximité en région dévitalisée : l’exemple de Produire la santé ensemble (Gaspésie)

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Produire la santé ensemble (PSE) est une initiative gaspésienne ayant vu le jour dans la MRC du Rocher-Percé, un vaste territoire aux prises avec des enjeux de dévitalisation sociale, culturelle et matérielle. En effet, accusant une forte décroissance, la population de la MRC du Rocher-Percé a diminué de 39 % depuis 1971. Le revenu disponible par habitant est 24 % plus bas que la moyenne québécoise. Ayant bénéficié du soutien du MAMOT entre 2008 et 2014 dans le cadre des Laboratoires ruraux, PSE visait à améliorer la santé de sa communauté en l’amenant à prendre en charge son alimentation par trois principaux moyens : en favorisant l’accès aux aliments locaux, en sensibilisant la population, et en misant sur l’action communautaire. Afin d’atteindre ces objectifs, PSE a mis en place trois volets, qui donnent vie à autant de « logiques », illustrées dans la figure ci-haut :

  • Un volet appliquant une logique éducative, visant à renforcer le savoir-faire et les connaissances des citoyens en matière de saine alimentation. PSE a implanté au sein d’écoles de la MRC du Rocher-Percé des ateliers de cuisine (les Petits cuistots) et d’horticulture (ateliers de jardinage), de même que des potagers éducatifs avec l’aide des parents. En tout, 540 élèves provenant de 9 écoles ont pu participer aux ateliers pour renforcer leurs habiletés culinaires et horticoles.
  • Un volet appliquant une logique nourricière, visant à amener la communauté vers une prise en charge collective de l’alimentation. Des jardins communautaires ont été implantés sur des terres agricoles et forestières de Val-d’Espoir et de Gascons, qui sont louées par la coopérative de solidarité Bio-Jardins. Outre la part sociale de 25 $ que devait verser chaque jardinier à Bio-Jardins, la location annuelle d’une parcelle coûtait 30 $. Un grand four à pain a également été construit. D’après certains citoyens impliqués, ce four constitue un élément unificateur au sein de la communauté.
  • Un volet appliquant une logique marchande, visant à soutenir les producteurs de bœufs, de poissons et de légumes d’hiver afin de rendre leurs produits plus accessibles aux établissements et aux individus par la création de circuits courts de mise en marché. PSE a mis en place à Val-d’Espoir une épicerie sous forme d’une entreprise d’économie sociale, où des produits locaux et en vrac sont vendus. Cette initiative visait également l’autofinancement et, par conséquent, la pérennisation de ce volet. Selon le rapport 2015-2016 de PSE, l’épicerie, qui comprend également un espace café, a enregistré des ventes de 60 759 $ pour l’année 2015-2016, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente. L’épicerie a par ailleurs innové en proposant un service de mouture pour la farine et en vendant des légumes provenant d’une serre rachetée par le projet PSE.

Ces six années d’engagement de la part de PSE dans le cadre du laboratoire rural ont porté leurs fruits. Parmi les résultats observés, relevons notamment : une réduction importante des écarts entre les classes sociales, et la création de liens intergénérationnels (tel qu’observé par la Direction de santé publique de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine); un rapprochement entre producteurs et consommateurs, et une réduction de la distance parcourue par les aliments et de leurs coûts; et enfin, la substitution de 10 000 livres d’aliments provenant de l’extérieur de la région par des aliments locaux dans les assiettes de 75 familles.

Malgré la réussite de ce laboratoire rural sur bon nombre d’aspects, certains obstacles et certaines difficultés ont été rencontrés. La distance géographique entre les établissements publics tels que les écoles, les municipalités et les citoyens a rendu difficile l’établissement de liens. De plus, en raison du contexte économique précaire de la région, trouver des leaders et des bénévoles s’est également avéré un défi. Parallèlement, il est difficile pour les producteurs de prendre en charge leurs projets de commercialisation, faute de temps.

PSE dispose d’équipements et d’infrastructures en bon état, mais le manque de ressources humaines compromet la poursuite du projet. Depuis la fin du projet de laboratoire rural, un organisme communautaire a été créé par un groupe de citoyens afin de mener à terme les projets déjà initiés, mais les coupures budgétaires rendent difficile leur poursuite. Entre autres, la dissolution de Québec en Forme, qui a soutenu financièrement PSE au cours des trois dernières années (2013-2016), de même que la disparition des Centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ), ont grandement fragilisé l’organisme. PSE tente maintenant de rallier plusieurs organisations pour mettre en place des structures fortes et poursuivre ce qui a été commencé. La pérennisation de l’épicerie est un enjeu névralgique. Bien que celle-ci soit rentable durant l’été en raison de l’affluence touristique, elle doit fermer en hiver, faute de clientèle. Deux possibilités sont envisagées : fermer l’épicerie et conserver le groupe d’achats, ou n’ouvrir celle-ci que durant la saison estivale.

En conclusion, après huit années d’efforts et de dévouement, PSE semble avoir bien réussi à laisser son empreinte dans la région. Des liens forts ont été tissés entre les différentes communautés de la MRC. Malgré les divers obstacles rencontrés — budget, bénévoles, distance physique entre les différents acteurs impliqués —, la pérennisation du projet semble être sur la bonne voie, grâce d’une part au projet d’épicerie et d’autre part, aux initiatives éducatives mises en place dans les écoles et la communauté.

Sources :