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Systèmes alimentaires territorialisés au Québec : portrait de 100 initiatives locales (2e partie)

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Dans notre dernier bulletin (septembre 2016), nous avons discuté de l’enquête de l’association RESOLIS, qui visait à répertorier et à analyser, sur le territoire du Québec, 100 initiatives d’alimentation responsable et durable (IARD). Ces dernières composent les systèmes alimentaires territorialisés (SAT), qui se veulent une solution de rechange à la mondialisation des marchés en agroalimentaire. Un SAT est un ensemble régional de filières agroalimentaires qui respectent les critères du développement durable. Nous avons alors résumé les résultats de l’enquête se rapportant à la localisation géographique des IARD, à leurs acteurs et aux types d’actions qu’elles mènent. Dans ce second article, nous vous proposons d’explorer les externalités positives découlant du travail des 100 IARD à l’étude, en illustrant notre propos à l’aide d’exemples d’initiatives.

L’équipe de RESOLIS a d’abord identifié quatre catégories d’externalités positives, celles-ci étant divisées en différentes sous-catégories, comme le montre la figure ci-haut.

Parmi ces quatre catégories, ce sont les externalités sociales qui dominent (40 %). Un exemple d’IARD qui permet la création et le renforcement du lien social, première sous-catégorie d’externalités sociales en importance, est celui des Villages nourriciers. Ce projet innovateur de parrainage par les citoyens vise à accroître l’autonomie alimentaire de la communauté, et à promouvoir la transmission des savoirs agricoles grâce à la plantation de 180 arbres fruitiers et arbres à noix sur des terrains publics dans cinq municipalités de l’Outaouais, à leur entretien et à la récolte de leurs fruits. De leur côté, les Serres Kuujjuaq illustrent bien ce qu’un organisme peut faire en matière d’amélioration de la santé par l’entremise d’une saine alimentation, qui constitue la deuxième sous-catégorie d’externalités sociales en importance. En effet, lancé par la communauté de Kuujjuaq, ce projet a conduit à l’implantation d’une serre communautaire, facilitant ainsi l’accès d’une population isolée à une alimentation nutritive.

Situés en Montérégie, les Moulins de Soulanges constituent un bon exemple de contribution aux patrimoines alimentaires, soit la plus importante sous-catégorie d’externalités culturelles. Il s’agit d’une coopérative écoresponsable d’artisans-meuniers qui assure l’approvisionnement des boulangers en blé québécois. Pour sa part, Morille Québec est une entreprise qui se consacre à la valorisation de produits de la forêt boréale par l’entremise de leur cueillette, de leur transformation et de leur vente aux restaurants et aux épiceries du Québec et d’ailleurs. Il s’agit donc d’un exemple inspirant d’IARD qui valorise le patrimoine naturel, troisième sous-catégorie d’externalités culturelles en importance.

Le populaire Marché public de la Mitis, quant à lui, illustre bien comment une initiative peut contribuer à la décarbonisation des systèmes alimentaires, qui constitue la principale sous-catégorie d’externalités environnementales. Grâce à un réseau de 19 producteurs, transformateurs et artisans de la région du Bas-Saint-Laurent, ce marché regroupe des produits locaux pour les vendre dans une ambiance champêtre. Cette forme de mise en marché de proximité semble d’ailleurs de plus en plus répandue. Le Marché urbain Pierre-De Saurel, les Bio Locaux, le Marché de solidarité régionale de l’Estrie, l’Écomarché de solidarité régionale, le Marché de proximité de Québec et le Marché fermier de l’UQAM sont autant d’autres exemples d’IARD de marché public de proximité.

Un dernier exemple d’IARD illustrant la sous-catégorie « information tous publics » au sein des externalités pédagogiques est celui de Savoir-faire Île d’Orléans; il s’agit d’une certification garantissant aux consommateurs la provenance et la qualité des produits qu’ils achètent.

Pour conclure, l’enquête de RESOLIS permet de constater la richesse, la créativité, la diversité et la vitalité des SAT de la Belle Province. Le souci de protéger l’environnement et la volonté d’offrir des produits locaux de qualité, tout en resserrant le tissu social, semblent guider de nombreux acteurs de la chaîne agroalimentaire québécoise. Les chercheurs soulignent aussi les bénéfices économiques de ces pratiques pour les producteurs. Tout porte à croire que le désir de s’associer et de coopérer est bien ancré, alors que la popularité de l’agriculture urbaine ne cesse de croître.

En dernière analyse, si la conscientisation de plusieurs Québécois quant à la nécessité de développer des systèmes alimentaires en guise de solution de rechange à la mondialisation n’est plus à démontrer, RESOLIS souligne qu’il reste encore beaucoup à faire pour promouvoir, protéger et encadrer juridiquement les initiatives qui composent les SAT. En effet, les cadres juridiques actuels, autant au niveau national qu’international — celui offert par l’Organisation mondiale du commerce, par exemple —, tendent à favoriser les systèmes alimentaires mondialisés. Les valeurs économiques ont ainsi préséance sur les valeurs sociales, culturelles et environnementales. La prépondérance des intérêts économiques exerce donc une grande pression en vue d’ouvrir les marchés, créant une concurrence qui ralentit l’implantation des SAT. La réflexion internationale sur le sujet doit être poursuivie.

Source :

Geneviève Parent, Marlen Leon, Jean-Louis Rastoin, et Henri Rouillé d’Orfeuil. Systèmes alimentaires territorialisés au Québec : 100 initiatives locales pour une alimentation responsable et durable. Journal RESOLIS no. 7 (février 2016).