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Systèmes alimentaires territorialisés au Québec : portrait de 100 initiatives locales (1ère partie)

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La libéralisation croissante des échanges alimentaires et l’intensification de l’agriculture dont nous avons été témoins au cours des dernières années entraînent leur lot d’externalités négatives : appauvrissement des sols, pollution, réduction de la diversité alimentaire et difficultés économiques pour plusieurs agriculteurs n’en sont que quelques exemples. Représentant une solution de rechange à la mondialisation des marchés en agroalimentaire, les systèmes alimentaires territorialisés (SAT) suscitent toutefois de plus en plus d’intérêt. Un SAT se définit comme un « ensemble de filières agroalimentaires interactives répondant aux critères du développement durable, localisées dans un espace géographique de dimension régionale et coordonnées par une gouvernance territoriale ».

Dans le but de contribuer à la réflexion sur les SAT, l’association RESOLIS, qui a été fondée en France en 2010, a lancé le programme 100 IARD, qui vise à analyser 100 initiatives d’alimentation responsable et durable (IARD) sur un territoire donné. Ce sont ces initiatives qui composent les SAT. Puis, chapeauté par la Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaire de l’Université Laval, RESOLIS a décidé d’étendre son programme au Québec et au Costa Rica afin d’exporter le concept de SAT dans les Amériques. Voici la première partie des résultats de l’enquête réalisée dans la Belle Province. Dans le prochain bulletin, la seconde partie des résultats de la vaste enquête de RESOLIS vous sera présentée. Elle se penchera notamment sur les externalités positives des initiatives québécoises.

La localisation géographique des initiatives québécoises
Bien que l’enquête de RESOLIS révèle la présence d’IARD sur l’ensemble du territoire québécois, celles-ci se concentrent surtout le long du fleuve Saint-Laurent. Ainsi, la moitié des initiatives étudiées se trouvent dans les régions de Montréal (17 %), de la Montérégie (12 %), de Chaudière-Appalaches (11 %) et de la Capitale-Nationale (10 %).

Les acteurs à l’origine des initiatives québécoises
Les acteurs à l’origine des différentes initiatives répertoriées par RESOLIS sont caractérisés par leur grande diversité. Par ailleurs, ceux-ci s’organisent selon des formes très variées. Les producteurs agricoles et de semences, qui forment la catégorie d’acteurs la plus nombreuse (40 %), sont organisés sous forme d’entreprises privées (17 %), d’associations (11 %), de coopératives (8 %) ou d’OSBL (3 %). Les acteurs de la distribution en circuits courts représentent la deuxième catégorie d’acteurs la plus nombreuse (29 %). Concernant les producteurs de services, le secteur de la transformation et les consommateurs, ils représentent respectivement 15 %, 13 % et 2 % des acteurs répertoriés. Ces résultats indiquent donc que ce ne sont pas uniquement les producteurs agricoles qui mènent les initiatives, puisque 60 % de celles-ci sont conduites par les maillons subséquents de la chaîne alimentaire.

Les types d’actions menées
D’une part, l’enquête révèle qu’une importante proportion des IARD répertoriées, soit 20 %, sont des entreprises certifiées biologiques ou qui mènent des activités qui ont pour objet de transformer ou de commercialiser des produits certifiés biologiques, ou encore de soutenir des filières certifiées biologiques. Cette proportion augmente à 42 % lorsqu’on y ajoute les initiatives qui promeuvent l’agriculture raisonnée . Ainsi, les SAT semblent favoriser l’essor de la production biologique au Québec.

D’autre part, les 100 IARD à l’étude présentent une pluralité de champs d’action. Elles sont regroupées en six catégories, comme l’illustre le graphique ci-contre créé par RESOLIS. La production agricole représente la principale catégorie, rassemblant 32 % des initiatives. La production de services arrive en seconde place (24 %). Cette catégorie est suivie par la commercialisation (20 %), dont les activités sont surtout consacrées à la mise sur pied de marchés publics et en ligne. Le cybercommerce Terroirs Québec en est un bon exemple. Cette épicerie en ligne, lancée en 2005, met en valeur les produits du terroir québécois en établissant un lien direct entre les producteurs et les consommateurs.

Enfin, le reste des initiatives se répartissent dans les catégories de la consommation (12 %), de la transformation (11 %) et de la valorisation non alimentaire de la biomasse (1 %). L’IARD faisant de la valorisation non alimentaire est Craque-Bitume, qui promeut des actions écoresponsables par la création de neuf sites de compostage communautaire à Québec.

L’enquête de RESOLIS démontre à quel point les IARD occupent tous les maillons de la chaîne alimentaire. S’il n’est pas surprenant que les producteurs forment la catégorie la plus nombreuse, il est plutôt inspirant de constater que des citoyens peuvent renforcer l’instauration de SAT sans nécessairement posséder les moyens de production nécessaires.


Sources

Geneviève Parent (Université Laval), Marlen Leon (Université du Costa Rica), Jean-Louis Rastoin (Chaire UNESCO - Alimentations du monde), et Henri Rouillé d’Orfeuil (Association RESOLIS). Systèmes alimentaires territorialisés au Québec : 100 initiatives locales pour une alimentation responsable et durable. Journal RESOLIS no 7 (février 2016).