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L’agriculture à vocation sociale

Actu - Portrait agriculteur D-Trois-Pierres

La ferme écologique D-Trois-Pierres a été fondée par les Sœurs de Sainte-Croix. « Elles avaient vraiment à cœur d’aider les jeunes en difficulté ; à l’époque, il y avait de l’hébergement sur place et elles souhaitaient leur donner un moment de repos, un jardin et des activités de ressourcement. », explique Judith Colombo, conseillère en recherche/développement et mise en marché des produits, qui en est à sa 9e saison chez D-Trois-Pierres.

Cette agronome de formation, qui a étudié à l’université McGill en sciences agricoles, semblait prédestinée à se poser dans cette ferme écologique du parc-nature du Cap-Saint-Jacques. « Beaucoup d’expériences de travail ou de vie m’ont amenée à utiliser l’agriculture à d’autres fins, sociales et thérapeutiques, et c’est ce que je recherchais au niveau professionnel ». Notamment, une expérience à l’association La Branche, oeuvrant auprès d’enfants, adolescents et adultes en situation de handicap et située sur un domaine en Suisse, avec une ferme maraîchère et sa propre production de pain et de fromage. « Je me suis rendue compte que c’était un milieu de vie très sain, où ces personnes pouvaient atteindre un certain épanouissement. Elles avaient chacun un métier qu’elles exerçaient chaque jour, en plus d’une expérience de groupe et spirituelle riche. C’était aussi un milieu de production biodynamique, au-delà de l’agriculture biologique. Cela a ouvert mes horizons et été la première étincelle qui m’a certainement influencée pour mon choix de carrière », explique-t-elle.

Prendre racine

Après ses études, alors en recherche d’emploi, elle se voit offrir la possibilité de s’impliquer comme conseillère en agronomie pour accompagner les fermes à être plus durables au niveau environnemental. « Je ne savais pas que des fermes comme D-Trois-Pierres, qui vivaient de l’agriculture en ville, existaient. Pendant mes études, je me suis spécialisée sur la question de l’agriculture urbaine. Je venais de la ville : avant d’avoir la prétention de donner des conseils, je voulais approfondir mes connaissances ! Et finalement, après 9 ans, je suis encore là ! » dit-elle, visiblement fière de contribuer à la mouvance de l’agriculture urbaine à Montréal.

Il est vrai que la mission de D-Trois-Pierres est unique : cet OBNL et ferme en agrotourisme, qui se veut une vitrine sur le monde agricole, offre un volet d’insertion sociale et professionnelle destiné aux jeunes de 18 à 30 ans. « Travailler la terre, cultiver un jardin, ça a un côté très thérapeutique : ça ancre dans la réalité et donne des résultats rapides et positifs ; tu plantes, tu arroses et ça pousse. C’est bon pour la confiance et l’estime de soi et aussi pour les préparer au marché du travail. On développe leurs compétences et piliers pour trouver un emploi et le conserver : persévérance, assiduité, ponctualité, éthique de travail », explique-t-elle. Ce volet vient également en aide à la clientèle immigrante, en recherche d’une expérience de travail au Québec. « Ils en ressortent mieux outillés et avec une expérience plus accrocheuse pour le marché du travail ».

Réduire le fossé entre le monde rural et urbain

Partis d’une production modeste, avec de petits jardins, en 1986, ils se sont joints au réseau d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC) d’Équiterre dès 1996. Jusqu’en 2009, la mise en marché de leurs produits provient ainsi essentiellement de l’ASC et du magasin général de la ferme. Toutefois, la formule a ses limites, car leur capacité de production excède depuis quelques années la demande pour les paniers.

Avec l’aide d’Équiterre, ils trouvent un intéressant débouché : desservir en légumes frais et bio les hôpitaux, comme l’Hôpital Jean-Talon, précurseur en la matière, qui a choisi d’encourager l’achat local. « Nous livrons également à certains CPE sur notre route et il y a beaucoup de place pour d’autres partenariats entre agriculteurs et institutions sur l’île de Montréal. C’est une simple question de volonté de la part des responsables de l’approvisionnement, et aussi, de priorités dans l’allocation de ressources », explique Judith.

« L’ASC, c’est pour nous une relation d’affaires exceptionnelle, qui prend une dimension humaine à la puissance 4 ! On est en contact avec les gens tout le temps, travailleurs et visiteurs. L’aspect communautaire de ce type d’agriculture et de mise en marché permet de rapprocher les gens : le consommateur sait d’où vient son produit, l’agriculteur sait comment s’ajuster aux gens et à ce qui leur plaît, et c’est un modèle d’agriculture équitable : le producteur a un juste retour pour sa production. Ça dynamise nos communautés rurales », conclut-elle.

Pour en savoir plus sur la ferme agrotouristique D-Trois-Pierres et sa mission unique : www.d3pierres.com/

Judith Colombo - Conseillère en recherche/développement et mise en marché