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Claude Béchard

par : 
Hugo Séguin
Blog - Claude Bechard

La chose qui m'a frappé la première fois, ce sont ses yeux de p'tit gars espiègle, deux billes bleues qui plongent sur toi, te « size » d'un coup.

Des yeux de petit garçon hyper curieux qui veut jouer.

C'était la même chose chaque fois qu'on le rencontrait. Il aimait les gens, se souvenait de nos dernières conversations, reprenait le fil et te faisait sentir à l'aise par sa très grande simplicité.

Manipulateur, probablement, mais pas consciemment je pense. Plutôt le type séducteur à qui un sourire ravageur ouvre toutes les portes. Brillant, certainement. Très brillant.

Et intense, le gars. Il faut avoir essayé de parler intelligemment de réforme de l'aide sociale en urinant à côté de lui dans une toilette d'hôtel à Nairobi pour comprendre.

Je me rappelle du gars qui avait eu tant de plaisir cette fois-là à jouer son rôle de pourfendeur de la position canadienne sur le climat, défendue alors par la nouvelle ministre fédérale Rona Ambrose. Il faut dire que nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs qu'il était, Béchard venait de sortir le premier plan d'action sur les changements climatiques de son gouvernement, que nous avions, avec raison, salué. Tout fier, il était de toutes les tribunes pour expliquer que le Québec, lui, croyait au Protocole de Kyoto et prenait ses responsabilités. Du bonbon pour sa visibilité comme ministre.

Claude Béchard te donnait l'impression de t'écouter attentivement, de chercher à comprendre ta position, à trouver le « fit » avec les siennes et celles de son gouvernement et de proposer des solutions, des points de consensus, des actions. Du moins, c'est l'expérience que nous en avons eu. C'est à la suite d'une conversation de ce genre dans son bureau à Québec qu'il avait accepté de nous donner un coup de main pour la rédaction de notre document sur la réduction de la dépendance au pétrole. « J'aime ça. J'embarque. » Nous n'avions jamais pensé que le ministre était pleinement d'accord avec nous, mais on avait compris qu'il était ouvert, curieux et stimulé par la réflexion autour de cet enjeu. Parce qu'il aimait beaucoup débattre, pour confronter ses idées, sans doute, mais aussi par jeu.

Toujours le p'tit gars espiègle qui veut jouer.

Je l'avais revu l'été dernier, à Regina, lors d'un Conseil de la fédération. Il accompagnait le premier ministre à titre de ministre des affaires intergouvernementales canadiennes. Il était déjà amaigri et commençait à flotter un peu dans son veston. Mais toujours les mêmes deux billes bleues qui te souriaient, intenses. Le même p'tit gars qui veut jouer encore.

Comme tout le monde, on le savait combattant la maladie. On en parlait souvent au bureau. Comme plusieurs, je pense, nous lui avons envoyé des messages d'encouragement par l'entremise de son personnel de cabinet. Plus rarement, indirectement, par périphrase, quand on le voyait en personne.

On voulait, comme tout le monde, qu'il passe à travers et qu'il s'en sorte. Tellement que lorsqu'il a annoncé sa démission, avant-hier, nous avons émis un communiqué de presse lui souhaitant... prompt rétablissement.

Mais la Cour des miracles était fermée ce jour là.

Salut, Claude.