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#ManifEnCours

Blog - Sidney Ribaux

Dimanche, un petit groupe manifestait contre la couverture médiatique des manifs… Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers à se poser des questions à ce sujet. Tout citoyen intéressé par le changement social, quel qu’il soit, devrait savoir que les médias ont des biais. Une fois ces biais connus, on arrive, en règle générale, à tout de même faire passer nos messages. Mais il faut user de stratégie.

Le mouvement d’émancipation des Noirs dirigé par Martin Luther King avait compris comment utiliser les médias. Lors des manifestations, ils savaient où seraient postés les policiers et s’organisaient pour les rencontrer. La violence policière qui suivait jouait systématiquement en leur faveur.

C’était aux États-Unis, à une autre époque.

Dans les années 1980 et 1990, certains groupes écologistes ont utilisé des moyens radicaux – comme s’attacher à des arbres – pour protester contre des coupes forestières. Ils ont gagné certaines batailles, mais leurs tactiques ont eu des conséquences dont le mouvement écologiste dans son ensemble peine encore à se relever aujourd’hui. De ces batailles, plusieurs avaient retenu erronément que la protection de l’environnement amène nécessairement un impact négatif sur l’économie et les emplois.

À mon humble avis, au Québec, en 2015, la violence lors de manifs, est presque systématiquement contreproductive. Bien que je ne pense pas qu’elle soit souvent planifiée, le simple fait que la manif soit déclarée illégale, donne déjà le ton. La question qui se pose est la suivante : les organisateurs de ces manifs ont-ils une stratégie? Et si oui, laquelle? Chose certaine, le fait d’organiser des manifs illégales qui dégénèrent souvent en violence ne fait avancer ni la lutte contre l’austérité, ni celle pour le climat et contre le pétrole sale. Au contraire, cela donne des munitions à nos adversaires!

En 2003, j’ai bravé un froid sibérien pour marcher contre la guerre en Irak. Le soir même, j’avais été sidéré par la couverture médiatique. Nous avions été 200 000 à marcher contre la guerre. Le reportage accordait pourtant 50% du maigre deux minutes à quelques idiots qui cognaient sur des voitures de police. Pas fort, quand on marche pour la paix!

Dans ce cas, le message avait tout de même passé, et le Canada n’avait pas participé à cette guerre.

Aujourd’hui, une grande proportion des manifestations étudiantes débutent avec l’annonce par les forces policières que la marche est illégale parce qu’on ne leur a pas fourni l’itinéraire. Que l’on soit pour ou contre cette mesure, force est de constater que le fait de marcher illégalement vient teinter l’action. Est-ce la faute des médias? Bien sûr que non. Ils ne font que rapporter un fait.

Lorsqu’on pose un geste illégal pour protester que des humains se font tuer ou torturer, on peut parfois gagner l’opinion publique. Le citoyen moyen peut comprendre que la cause est tellement importante, qu’elle exige des moyens exceptionnels de manifester: grève de la faim, action illégale, etc. Lorsque l’enjeu est moins urgent ou que le danger est moins imminent (comme l’austérité budgétaire ou les changements climatiques), l’opinion publique a moins tendance à soutenir des gestes illégaux.

Le 11 avril dernier, 25 000 personnes ont marché dans les rues de Québec pour soutenir le leadership de certaines provinces sur le climat (en l’absence d’un leadership du fédéral) et pour dire haut et fort qu’on ne peut pas protéger le climat et développer davantage les sables bitumineux et les pipelines. La marche était festive, familiale et inclusive : fermiers, gens d’affaires, autochtones, syndicalistes, scientifiques, parents et enfants ont tous marché ensemble. Une marche légale sans violence qui s’est terminée par la formation d’un thermomètre géant composé par les milliers de manifestants avec des cartons rouges.

Notre message, «Oui au climat = non au sables bitumineux», a été repris textuellement par des médias partout au Canada.

Le succès de cette manif n’est pas un hasard. Un travail énorme a été fait par les organisateurs pour planifier dans les moindres détails les messages, le trajet, la sécurité et les relations avec les policiers. Rien n’a été laissé au hasard.

Est-ce possible de faire passer son message dans les médias? Oui. Est-ce facile? Pas du tout. Mais qui a dit que changer le monde de façon pacifique était facile?