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Montrez moi un enfant de 7 ans et je vous dirai quel adulte il deviendra

Blog - Sidney Ribaux

(Ok, je vais vous parler de plein de choses, mais suivez-moi jusqu’au bout, tout cela se tient!)

La semaine passée, Gabriel Nadeau-Dubois a remporté le prix littéraire du Gouverneur général pour son livre « Tenir tête ». Dimanche soir, il a annoncé à l’émission Tout le monde en parle qu’il verserait la bourse de 25 000 $ aux citoyens qui se battent contre le pipeline des sables bitumineux Énergie Est de TransCanada. Il a aussi invité les citoyens à doubler la mise, ce qu’ils ont fait en quelques minutes et refait, si bien que le montant qui sera remis aux citoyens de Stop Oléoduc est, au moment d’écrire ces lignes, de plus de 145 000 $.

Bravo Gabriel!

Puisque le militant d’un système d’éducation publique et accessible parle des pipelines, je me suis dit que je vous parlerais d’éducation aujourd’hui.

Avez-vous déjà visionné le film 7 Up produit pour la télévision de BBC en 1964? Il s’agit d’une série d’entrevues avec des enfants de sept ans. La théorie de ce documentaire est la suivante : montrez-moi un enfant de cet âge et je vous dirai quel adulte il deviendra. Le premier film a été suivi de sept épisodes. Les réalisateurs sont ainsi retournés voir les mêmes enfants de 7 ans à 14 ans, 21 ans, 28 ans, etc. Dans le dernier documentaire de cette série, ils ont 56 ans!

Évidemment, le contexte britannique du film est important : les classes sociales y jouent un rôle beaucoup plus déterminant qu’en Amérique. Cela étant dit, pour l’essentiel, le film est universel : les premières années de la vie sont cruciales au développement du cerveau, des valeurs, du langage et de toutes les habiletés nécessaires à la survie et à la réussite.

Il y a quelques années, j’ai visité une école dans le Centre-Sud de Montréal. Avec l’aide de la communauté et de Gaz Métro, l’école s’était dotée d’équipements et d’animateurs pour offrir à ces enfants des cours de cuisine et autres activités parascolaires. L’objectif était de donner le goût aux enfants d’aimer l’école. Un projet essentiel qui connait du succès. Ce jour-là, je faisais part à une enseignante de première année de ma consternation à apprendre que le taux de réussite à l’école secondaire du quartier était de seulement 50 % (oui, oui, vous avez bien lu, donc moins d’un adolescent sur deux obtient son diplôme d’étude secondaire à 17 ans dans ce quartier! Et c’est une énorme amélioration puisqu’il a déjà été aussi faible que 20 %!). Et elle, de me répondre : je peux vous dire dès la première année quels enfants réussiront et lesquels auront des difficultés.

Ce constat m’a été répété par plusieurs enseignants; il est d’ailleurs le même que la prémisse du documentaire 7 Up : montrez-moi un enfant de 7 ans et je vous dirai quel adulte il deviendra.

Mon garçon qui a 5 ans est à la maternelle et il a reçu son premier bulletin. Sur quoi est-il évalué: son comportement, ses habilités sociales et ses interactions avec les autres. Il est facile de réussir selon ces critères lorsqu’on passe nos journées en groupe depuis l’âge de 18 mois. Plus difficile par contre lorsqu’on est en groupe pour la première fois. Mon fils a débuté l’école avec des habilités de communications, une dextérité (pour le dessin et l’écriture) et une curiosité qu’il n’aurait peut-être pas s’il avait passé les cinq premières années de sa vie à la maison. Imaginez maintenant un enfant qui passe ces premières années avec une mère monoparentale, sans emploi, qui souffre d’une dépendance, d’une maladie mentale ou des deux et qui est régulièrement témoin de violence physique. Il arriverait en maternelle avec deux prises.

Évidemment, tout n’est pas joué à 5, 6 ou 7 ans, même pour ceux issus de ménages à faible revenu. Il est possible de se rattraper. Mais plus on attend, plus c’est difficile. Et plus cela coûte cher, tant pour l’enfant que pour la société.

Sur ce point, la Banque TD est d’accord avec moi. En 2012, elle publiait une étude sur l’éducation préscolaire. Son constat : même si le programme des centres de la petite enfance (CPE) coûte cher, il est rentable puisqu’il procure énormément de bénéfices à la société. Le seul impact économique de sortir des femmes monoparentales de la pauvreté (et cesser de leur verser des allocations de la sécurité du revenu), de remettre ces femmes sur le marché du travail, excède le coût du programme. Ajoutons à cela que ce programme contribue à réduire le décrochage scolaire et il devient très clair qu’un réseau de CPE n’est pas une dépense, mais bien un excellent investissement qui contribuera à stimuler l’économie, réduire les coûts du système d’éducation et du système de santé.

Selon une autre étude, celle-ci de l’économiste Pierre Fortin, un décrocheur coûterait 460 000 $ à la société lorsqu’on considère l’ensemble des coûts (chômage plus fréquent, revenu et impôt plus faible, coût plus élevé au système de santé, etc.).

Devant ces constats, difficile de comprendre pourquoi on coupe dans les budgets des CPE et qu’on freine leur développement en augmentant le prix payé par les parents. À mon humble avis, chaque enfant devrait avoir une place garantie dans un CPE, gratuitement. C’est aussi important (sinon plus) que d’offrir une place pour chaque enfant à l’école.

Un citoyen éduqué sera aussi plus impliqué dans sa communauté, pour protéger l’environnement et pour défendre les droits humains.

D’ailleurs, si la liberté d’expression vous intéresse, Amnistie Internationale organise en décembre prochain son marathon d’écriture, Écrire, ça libère

Pour signer la pétition qui demande de préserver notre système de garderies et de Centres de la petite enfance

P.S. – Le temps d’écrire cette chronique, (une heure), la collecte de fonds lancée par M. Nadeau-Dubois a augmenté de 5000 $ à 150 000 $ : doublonslamise.com