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Retour sur ma 1ère COP, ou humble plaidoyer pour nos enfants

par : 
Julie Tremblay

 Par Julie Tremblay, équipe des communications, Équiterre

C’était ma première COP. Imaginez les représentants de plus de 190 pays, leurs équipes et autant de délégations, tous réunis dans deux immenses pavillons aux multiples salles et kiosques d’exposition. Bien que j’aie essayé de me préparer le plus possible, j’ai réalisé qu’on ne peut jamais être 100 % prêt pour une COP. Il y a tant d’activités à couvrir, de gens à rencontrer, d’enjeux à suivre. Et encore plus quand on accompagne Sidney Ribaux et Steven Guilbeault (qui en est à sa 17e COP)! :o)

Même si j’étais accompagnée de ces grands optimistes, des acteurs de changement qui ont tellement fait avancer la cause environnementale depuis 25 ans, je n’ai pu m’empêcher, les premiers jours, d’être alarmée par les constats inquiétants sur l’état notre planète. Les scientifiques du monde entier le disent depuis des années et le crient littéralement depuis quelques jours : nous sommes engagés sur la voie des changements irréversibles. Extinction massive d’espèces, dégradation des océans, destruction généralisée des milieux naturels, concentrations de CO2 dans l’atmosphère à un niveau jamais atteint depuis 800 000 ans…

On m’a parlé pendant ces quelques jours de projections de réchauffement global de la température de plus 3 degrés d’ici 2100 si nous gardons le même rythme, si nous continuons de piller ces ressources qui ne sont pas infinies. Si plus de 2 degrés de réchauffement entraînerait des changements catastrophiques et irréversibles, je n’ose même pas imaginer ce qui se produirait à 3 ou 3,5. Je me suis sentie affligée et honteuse devant le monde que nous sommes en train de laisser à nos enfants et petits-enfants.

La COP c’est comme les Canadiens de Montréal

Suivre la COP est étrange… On aborde des enjeux planétaires à 20 000 pieds de distance, en même temps que des enjeux nationaux et locaux très pointus. Beaucoup de gens disent beaucoup de choses sur beaucoup de plateformes, formelles et informelles.

Ça me fait penser aux matchs du Canadien; on en parle beaucoup, avant, pendant et après. On peut entendre d’innombrables analyses d’amateurs et de professionnels à l’Antichambre, dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans l’ascenseur, aux amateurs de sport, « bonsoèère », la ligne est ouverte, on va en jaser toute la nuit. Et le lendemain on recommence.

À la différence près qu’ici, on « jase » du sort de l’humanité.

Les relations publiques

Le discours du président Français Emmanuel Macron mercredi, alors que les chefs d’États et de gouvernement s’adressaient au monde entier, m’a quand même soufflée. Bon, c’est connu, les Français sont de beaux parleurs. Reste à voir si ça se traduira en actions par la suite…

N’empêche : la France a fait une sortie forte, qui m’a interpellée. Elle est le 2e pays à dire (après le Costa Rica) : « on met fin à la production et l’exploitation des hydrocarbures d’ici 2040 ». C’est la 1ère fois qu’un pays développé décide d’une telle politique pour son propre territoire. Et la France a proposé de prendre la place des États-Unis pour financer le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), alors que les États-Unis retirent leur financement (qui compte pour plus du tiers) à ces importants chercheurs qui étudient l’état de notre planète.

Pendant cette COP, la ministre canadienne de l’Environnement et du Changement climatique, Mme McKenna, comme la plupart des chefs d’États, a fait de beaux discours et dit tous les bons mots. Mais en général, nous restons dans la sphère du discours… Jusqu’à ce que le Canada fasse tout de même figure de leader avec la Grande-Bretagne pour la mise sur pied d’une vaste coalition pour mettre fin au charbon.

Personnellement, je trouve un peu louche, voire inquiétant, que pas un mot n’ait été dit sur les hydrocarbures, alors que les GES issus de l’extraction des sables bitumineux ont plus que quadruplé au cours des dernières décennies. D’autant plus que le gouvernement canadien verse au même moment 3 milliards de dollars par année, l’argent des contribuables, aux pauvres pétrolières et gazières qui font déjà d’énormes profits par année. Je comprends que l’économie de l’Alberta dépend à 25 % des énergies fossiles, contrairement à la France qui a des coudées plus franches à cet égard. Mais la France fait partie d’une « fédération », comme nous au Québec, et sa position envoie un message fort et clair au reste de l’Union européenne.

L’équipe du Québec excelle aussi en relations publiques. D’un côté, M. Couillard déclare qu’il ne veut pas qu’on se rappelle de son gouvernement comme celui qui a ouvert la voie aux hydrocarbures. À ses côtés, M. Moreau dit que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous pour ouvrir les lacs et rivières aux forages (en ne pipant mot sur la fracturation hydraulique). Et du même souffle, ce même gouvernement publie quatre règlements pour pomper, forer, fracturer près de nos lacs, rivières, hôpitaux, maisons, écoles, parcs nationaux. Il donne des permis aux pétrolières et gazières pour forer et fracturer sur plus de 53 000 km de notre territoire!

Des relations publiques, toujours. Je comprends ça, je suis une fille de RP.

La fin du temps des bouffons

Quoiqu’il en soit, nous arrivons à la fin des dommages que nous pouvons causer. Le temps des RP est révolu. Désolée, je vais encore citer Macron (je l’ai dit : les Français savent parler) : « Les pays riches ont une double responsabilité : nous avons participé au changement climatique, nous devons donc participer activement à la transition climatique. Nous avons imposé au monde notre universel, il nous est interdit d'imposer au monde notre tragédie ».

Pensez-vous parfois à vos enfants, Mme McKenna, M. Couillard, M. Moreau? Parce que les autres citoyens comme moi, qui ont suivi cette COP et les engagements du Canada et du Québec dans la lutte aux changements climatiques, nous y pensons, souvent. Nous aimerions pouvoir regarder nos enfants et petits-enfants dans les yeux, en se disant que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir.

Place à l’action!

En attendant que nos élus délaissent la parole pour l’action, vous, chers citoyens comme moi, pouvez faire deux choses importantes. Oui, pas une, mais deux! C’est bien peu d’efforts, pour souligner à nos élus des actions qui peuvent concrètement nous aider à atteindre nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre.

C’est tout simple : signez, et partagez autant de fois que possible, ces deux pétitions :

Cessons les subventions canadiennes aux énergies fossiles

Non aux forages sur le territoire québécois

Cessons de parler d’acceptabilité sociale et disons-nous le : personne n’accepte de voir sa planète saccagée sous ses yeux. Comme le disait le secrétaire général des Nations Unies à Paris en 2015 : « Il n’y a pas de plan b car il n’y pas de planète b ».

Comme le disent les Allemands : «Hören wir zu sprechen auf und handeln wir » (Cessons de parler et agissons).