Skip to Content

Tout ce que vous devez savoir sur Énergie Est, mais qu’on ne vous dit pas

Chargée de projets, Équiterre

 1. Qu’est-ce que le projet Énergie Est de TransCanada?

Le projet Oléoduc Énergie Est de TransCanada transporterait 1,1 million de barils par jour de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au port de Saint John (NB) d’où le pétrole serait exporté. L'entreprise prévoit ainsi convertir un gazoduc existant dans l'ouest et en Ontario et construire un tout nouveau pipeline qui traverserait 9 régions administratives au Québec ainsi que 600 cours d’eau. D’une longueur de 4 400 km, ce pipeline est le plus important de tous les projets de pipelines en Amérique du Nord.

2. Ce projet créera-t-il beaucoup d'emplois au Québec?

Le secteur pétrolier est très peu créateur d’emplois. L'étude de TransCanada atteste que seulement 537 emplois au Québec seraient reliés à la phase d’exploitation qui durerait 40 ans. Pour chaque million de subvention accordée à l’industrie pétrolière, 2 emplois sont créés. En comparaison, pour le même montant investi dans les énergies vertes, 15 emplois sont créés dans ce secteur . Le secteur du pétrole brut ne représente que 0,3 % des emplois au Québec et 0,5 % du PIB. En comparaison, le secteur du tourisme représente 2,5 % du PIB .

3. Quelles seront les autres retombées économiques pour le Québec?

La majorité des retombées économiques de l’exploitation des sables bitumineux restera en Alberta. L’Alberta bénéficie de 70 % des bénéfices dus aux investissements dans les sables bitumineux et elle conserve 74 % des emplois créés par rapport au reste du pays.

En plus, la très grande majorité du pétrole d'Énergie Est serait exportée et destinée aux marchés internationaux. En effet, seulement 7 % du pétrole transporté par l’oléoduc Énergie Est servirait à desservir le Québec.

Les compagnies pétrolières pourront ainsi bénéficier d'un meilleur prix par baril lorsque que le pétrole sera transigé sur les marchés internationaux. En ce moment, le baril de pétrole issu des sables bitumineux est vendu avec le WTI alors que les marchés internationaux permettraient de transiger avec l'index du Brent, plus lucratif.

Pour toutes ces raisons, le prix à la pompe ne baissera pas pour les Québécois.

4. Notre approvisionnement en énergie est-elle menacé? Nous sommes de grands consommateurs de pétrole, après tout…

L’oléoduc Énergie Est est un projet dédié majoritairement à l’exportation. Le Québec consomme 300 000 barils de pétrole par jour et s'approvisionne en pétrole de manière diversifié en ce moment. La ligne 9B d’Enbridge, dont la production passera de 240 000 à 300 000 barils par jour en 2015, permettrait de répondre à elle seule à la demande québécoise.

Les raffineries de l'est du Canada ont déjà des sources diversifiées pour demeurer compétitives et n'ont donc pas besoin de plus de pétrole. Elles n'ont pas non plus les installations nécessaires pour raffiner le pétrole lourd pour l'instant.

5. N’est-il pas mieux de nous approvisionner à partir du pétrole canadien où nous contrôlons les lois environnementales et les conditions de travail?

Le Canada n'a pas une feuille de route immaculée sur le plan du respect des droits humains dans l’industrie des sables bitumineux. Un rapport de l'ONU fait état d’une crise au Canada à l'égard des peuples autochtones. La nation crie de Beaver Lake dans le nord de l’Alberta a subi 20 000 cas de violation des droits issus des traités en raison de l’expansion des sables bitumineux .

6. Est-ce que ce n’est pas plus sécuritaire de transporter le pétrole par pipeline plutôt que par train?

Tout transport du pétrole comporte des risques. Le nombre de fuites dans les pipelines au Canada a doublé depuis 10 ans. La production de pétrole issu des sables bitumineux prévoit doubler en 2020 et tripler d’ici 2030. De 2009 à 2013, le transport de pétrole par train est passé de 500 wagons-citernes à 160 000, c’est-à-dire 300 fois plus de pétrole transporté en 4 ans seulement. Aux États-Unis, les quantités de pétrole brut déversé seraient trois fois plus grandes par pipeline que par voie ferroviaire entre 2002 à 2012. Tout ceci en oubliant que le fleuve Saint-Laurent est une zone maritime représentant le risque le plus élevé de déversements d'hydrocarbures importants au Canada.

7. Comment les projets de pipelines contribuent-ils à la crise climatique?

L’exploitation des sables bitumineux est l’une des industries les plus polluantes sur la planète. Elle représente la source d’émissions de gaz à effet de serre qui connaît la croissance la plus rapide au Canada. À lui seul, le projet d’oléoduc Énergie Est engendrerait l’émission supplémentaire de 30 à 32 millions de tonnes de GES par année (soit l’équivalent d’ajouter 7 millions de voitures sur nos routes).

8. Pourquoi demander une évaluation provinciale si c’est le fédéral qui est responsable?

Les projets de pipelines traversant plusieurs provinces sont de juridiction fédérale. Le Québec, en vertu de la Loi québécoise sur l’environnement (LQE), a un pouvoir réel. TransCanada voulait débuter la construction d’un port pétrolier à Cacouna, relié à l’oléoduc. Des groupes environnementaux ont poursuivi l’entreprise en justice et celle-ci s’est vue à deux reprises forcer d’interrompre ses travaux.

9. Quels seraient les impacts d'un déversement?

L’oléoduc Énergie Est de TransCanada longe et traverse le fleuve Saint-Laurent, qui approvisionne environ la moitié de la population québécoise en eau potable. En cas de déversement, c’est l’approvisionnement en eau de millions de personnes qui serait compromis. Un déversement mettrait également en péril d’autres secteurs économiques comme l’agriculture, la pêche et le tourisme. L’industrie de la pêche et du tourisme dans le golfe représente 2 milliards de dollars par année pour le Québec.

Le pétrole des sables bitumineux est aussi un pétrole plus lourd qui coule au fond en cas de déversement. Très peu d’études existent sur le nettoyage de ce pétrole. Le diluant utilisé pour transporter les sables bitumineux contient du benzène et du toluène, des produits cancérigènes selon l’Organisation mondiale de la Santé. En cas de déversement, les diluants s’évaporeraient et causeraient des problèmes respiratoires.

Sources :

Deloitte & Touche LLP. Analyse économique de l’oléoduc Énergie Est. www.oleoducenergieest.com/wp-content/uploads/2013/09/Energie-Est-Documen...

BlueGreen Canada, 2012. More bang for our buck. How Canada can create more energy jobs and less pollution.

The GoodmanGroup, Équiterre et Greenpeace, 2014. Economics of Transporting and Processing Tar Sands Crudes in Quebec.  www.greenpeace.org/canada/Global/canada/report/2014/06/Goodman%20report.pdf

Ministère du Tourisme du Québec, 2011. L’impact économique du tourisme au Québec en 2010.

Équiterre et Institut Pembina (2013). Risques bitumineux : les conséquences de l’exploitation des sables bitumineux au Canada. www.equiterre.org/sites/fichiers/risques_bitumineux_final.pdf

Équiterre et al. 2014. L’oléoduc Énergie Est de TransCanada : un projet voué à l’exportation qui n’apporte rien à l’économie nationale. www.equiterre.org/publication/loleoduc-dexportation-energie-est-de-trans...

Energy and Capital. Brent vs WTI. www.energyandcapital.com/resources/brent-vs-wti

Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec. « Importations et exportations de pétrole et de produits pétroliers ». www.mern.gouv.qc.ca/scripts/isapi_srun.dll/energie/statistiques/statisti...

UN report on Canada’s treatment of aboriginal people in spotlight Mon, 11 may 2014. www.cbc.ca/news/politics/un-report-on-canada-s-treatment-of-aboriginal-p...

Amber Hildebrandt, « Pipeline safety incident rate doubled in past decade », 28 octobre 2013, CBC. Via l’Office national de l’énergie. www.cbc.ca/news/pipeline-safety-incident-rate-doubled-in-past-decade-1.2...

Association des chemins de fer du Canada, « Sans frontières : Les chemins de fer du Canada et des États-Unis pressent les gouvernements d’exiger de meilleurs wagons-citernes », dans Interchange, Hiver 2014, p.32. www.railcan.ca/assets/images/interchange/Winter_2013/RACQ0114.pdf

Département des transports américains, www.aar.org/keyissues/Documents/Background-Papers/Crude-oil-by-rail.pdf

Carl Thériault. « Projets de superports pétroliers : le Saint-Laurent vulnérable aux déversements », dans La Presse, le 30juin 2014.
www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201406/29/01-4779869-pro...

Pembina Institute (2014). Climate implications of the proposed Energy East pipelines. www.pembina.org/pub/2519

« TransCanada : le début des travaux retardé à Cacouna »,  Radio-Canada, le 23 mai 2014

Équiterre, 2012. « À contre-courant : l’Est du Canada et la Nouvelle-Angleterre dans la mire de l’industrie des sables bitumineux » www.equiterre.org/sites/fichiers/a_contre_courant-rapport_trailbreaker.pdf

Fondation David Suzuki. « Le fleuve St-Laurent, c’est notre fleuve » www.davidsuzuki.org/fr/champs-dintervention/oceans-et-eau-douce/le-saint...

National Resources Defense Council, «À contre-courant : l’Est du Canada et la Nouvelle-Angleterre dans la mire de l’industrie des sables bitumineux », 2012. www.equiterre.org/sites/fichiers/a_contre_courant-rapport_trailbreaker.pdf