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Lettre au Premier Ministre : Un demi-million de citoyen-nes inquièt-es exigent l’interdiction immédiate au Canada des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles

Montréal, le 17 mai 2019

Le très honorable Justin Trudeau
Premier Ministre du Canada
1100, Crémazie Est
Bureau 220
Montréal (Québec)
H2P 2X2

Objet : Un demi-million de Canadiens et Canadiennes exigent l’interdiction immédiate au Canada des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles

Monsieur le Premier Ministre,

Puisque notre survie dépend des pollinisateurs, le 20 mai est désignée par les Nations Unies comme Journée mondiale des abeilles. À quelques heures de cette journée, nos organisations, appuyées par près d’un demi-million de Canadien-nes**, demandent au gouvernement canadien de suivre l'exemple européeen et de mettre un terme immédiatement à l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes au Canada.

L’importance des abeilles pour notre survie

Les pollinisateurs contribuent à 35% de la production végétale mondiale, en faisant augmenter de 75 % la production des principales cultures alimentaires du monde. Un monde sans pollinisateurs équivaudrait à un monde sans diversité alimentaire avec des conséquences désastreuses sur l'équilibre de l'alimentation humaine. Il faudrait dire adieu aux pommes, aux fraises, aux tomates, au café, au chocolat, et bien plus... soit l’équivalent d’une bouchée sur trois dans nos assiettes!

Les néonicotinoïdes, une menace sérieuse pour les abeilles

Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus vendus dans le monde. Ils se sont d’abord fait connaître pour leur funeste mise en cause dans le déclin mondial des populations d’abeilles. Peu après, les scientifiques indépendants leur ont découvert une vaste palette d’effets néfastes et concluent qu’ils représentent une menace sérieuse pour la biodiversité, les écosystèmes et la sécurité alimentaire sur la planète.

Le Canada a tardé et tarde toujours à agir. Il a publié des évaluations incomplètes sur ces insecticides et a multiplié les retards dans son processus de réévaluation déjà très lent et fragmenté.

Le Canada multiplie les délais dans les évaluations et la gestion des risques

Alors que la France interdit l’utilisation des néonicotinoïdes depuis septembre 2018 et que l’Europe a emboîté le pas depuis décembre 2018, le Canada a pris 7 ans pour annoncer ses décisions finales de réévaluation des risques de trois principaux néonicotinoïdes (imadaclorpide, thiaméthomaxe et clothianidine) pour les pollinisateurs.

L’évaluation de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada minimise l’impact des semences enrobées qui représentent pourtant l’utilisation la plus répandue de néonicotinoïdes au Canada et qui sont une source majeure de contamination. Ses conclusions minimisantes vont à l’encontre des évaluations semblables de l’Union européenne qui confirment les risques pour les abeilles dans toute forme d’utilisation des néonicotinoïdes.

L’ARLA a conclu qu’avec certaines mesures d'atténuation des risques, le maintien de l’homologation des produits contenant ces néonicotinoïdes est acceptable. Toutefois, les mesures d’atténuation des risques proposées ne seront requises de figurer sur les produits seulement en 2021 au plus tôt, soit dans 2 ans.

Cette décision s’apparente à permettre immédiatement la vente d’un médicament causant des effets secondaires graves, mais d’attendre deux ans avant d’aviser les professionnels de la santé des contre-indications dans l’ordonnance de ce médicament.

En 2016, l’ARLA avait par ailleurs conclu qu’un néonicotinoïdes, l’imidaclopride, présente des risques inacceptables pour les organismes aquatiques, ce qui justifiait une interdiction complète de son utilisation en agriculture sur une période de 3 à 5 ans à compter de la décision finale. Or, deux ans et demi après avoir terminé l’évaluation scientifique de cet insecticide, l’ARLA remet toujours sa décision finale à 2020. Même scénario pour deux autres insecticides largement utilisés au Canada : le clothianidine et du thiaméthoxame.

Il est pour le moins fort inquiétant que malgré le consensus scientifique international et les conclusions probantes de nos agences canadiennes, nous devions attendre jusqu’en 2023, voir même en 2025, pour mettre en oeuvre l’interdiction justifiée de ces pesticides dangereux au Canada.

Les Canadien-nes inquiet-Es

Les citoyen-nes canadien-nes sont très préoccupés par les effets néfastes des néonicotinoïdes sur les écosystèmes : ils sont plus de 460 000 à avoir demandé à Santé Canada d'interdire les néonicotinoïdes depuis 2013. Comment le public peut-il avoir confiance en la capacité de l’ARLA de protéger notre santé, notre sécurité alimentaire et notre environnement en étant témoin des délais et de la faiblesse des restrictions proposées?

Notre DEMANDE

L'ARLA a conclu que les néonicotinoïdes posent des risques inacceptables pour l'environnement et que leur élimination graduelle s'impose. Nous vous exhortons d'exiger que la Ministre de la Santé interdise immédiatement les néonicotinoïdes.

Annie Bérubé
Directrice des relations gouvernementales d'Équiterre

** Depuis 2013, plus de 460 000 personnes au Canada ont pris part à des campagnes, signé des pétitions et adressé des lettres au gouvernement fédéral afin d’appuyer l’interdiction rapide des néonicotinoïdes. La Fédération des apiculteurs du Québec et l’Ontario Beekeepers’ Association militent également pour l’interdiction des néonicotinoïdes au Canada. Le chiffre 460 000 reflète le nombre de signatures uniques en provenance du Canada (une fois les doublons éliminés) reçues par les campagnes de lettres et de pétitions menées par les organisations suivantes :

Avaaz
Fondation David Suzuki
Environmental Defence
Équiterre
Leadnow
Nature Canada
SumOfUS
Wilderness Committee
Fédération canadienne de la faune
Les Amis de la Terre Canada Ontario Nature

Pj Liste des noms des signataires des pétitions et lettres.


Cc
Madame Ginette C. Petitpas Taylor, ministre de la Santé
Madame Catherine McKenna, ministre de l'Environnement et du Changement climatique

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